Demeure emblématique de l’Art nouveau nancéien, la Villa Majorelle a été conçue par l’architecte Henri Sauvage pour Louis Majorelle.
Louis Majorelle
Issu d’une famille d’artistes et d’industriels nancéiens, Louis Majorelle (1859-1926), ébéniste, décorateur et ferronnier d’art est vice-président de l’Ecole de Nancy. Au décès de son père, il dirige la fabrique familiale de faïence et de meuble. Initié à l’Art nouveau par Emile Gallé, sa production de meubles prend sa source dans la nature. En 1885, Louis Majorelle épouse Jane Kretz dont il aura un fils, Jacques Majorelle, peintre orientaliste qui vivra à Marrakech.

Villa Majorelle
En 1898, Louis Majorelle confie au jeune architecte Henri Sauvage l’élaboration des plans de sa demeure familiale à Nancy. La Villa Majorelle, ou Villa JiKa d’après les initiales de son épouse, est construite entre 1901 et 1902. C’est la première maison résolument Art nouveau de Nancy. L’architecte rompt avec l’élévation traditionnelle horizontale et symétrique au profit d’une répartition des ouvertures reflétant la logique de la distribution intérieure.

Art nouveau nancéien
La Villa Majorelle offre un incroyable jeu de volumes que déploie chaque façade. La façade principale se compose de trois ensembles asymétriques. La section de gauche est réservée à l’entrée surmonté d’une marquise en ferronnerie. Au centre l’élévation forme un avant-corps abritant le grand escalier. La partie droite accueille les pièces de loisirs et de réception.

La terrasse autrefois ouverte sur le parc sera ensuite fermée par une baie vitrée encastrée dans l’arc en plein cintre de la façade, offrant une pièce supplémentaire à la maison.


Décor de céramique
La masse imposante de la maison est animée par de nombreux éléments décoratifs, carreaux en céramique, ferronneries et par des ouvertures de formes variées. Le grès flammé est à la mode dans les années 1900. On le trouve ici sous forme de carreaux, de frises, de couronnements de cheminées et surtout dans l’imposante rampe de la terrasse à décor végétal réalisée par le céramiste Alexandre Bigot d’après un dessin d’Henri Sauvage. Le céramiste est également l’auteur d’un panneau décoratif sur le thème de la lentille d’eau dans de délicats tons bleutés sur le mur intérieur de la véranda.

Les collections de la Villa Majorelle
Près de cent pièces de mobilier, peintures, bibelots et objets d’art sont présentés dans la Villa Majorelle. Certaines étaient à l’origine dans cette demeure. D’autres ont été choisies dans les collections du musée de l’Ecole de Nancy. Aux côtés d’Henri Sauvage, on retrouve les noms de Jacques Gruber pour les vitraux, d’Alexandre Bigot pour les grès, de Francis Jourdain et Henri Royer pour les peintures. Sans oublier Louis Majorelle pour les ferronneries, les boiseries et le mobilier. Le végétal en est toujours la source d’inspiration essentielle.

Vestibule
Cet espace d’accueil de la Villa Majorelle propose un ensemble décoratif décliné autour de la lunaire, une plante bisannuelle surnommée monnaie-du-pape ou plante aux mille écus. Ce motif récurrent dans toute la Villa Majorelle est un symbole de bonne fortune. La plante est traitée dans des matériaux très variés. La grille de la porte en fer étamé forme un écran paysager à contre jour. Les murs à fond rose offrent une frise réalisée au pochoir. Le meuble porte-manteau et parapluie en fer forgé décline la silhouette de la plante.

Escalier principal
Dessiné par Henri Sauvage, l’architecte de la villa et réalisé dans les ateliers Majorelle, le magnifique escalier de la Villa Majorelle s’élance de façon dynamique et dessert les différents niveaux de la maison. A sa base, des feuilles de lierre sculptées ornent le départ de la main courante. Les balustres aux mouvements torsadés renforcent la ligne végétale et énergique de l’ensemble.

Lustre Les Algues
Ce lustre remplace le lustre à décor de monnaie-du-pape choisi par Louis Majorelle pour sa cage d’escalier. Ce lustre est le fruit d’une même collaboration artistique qui fait toute l’originalité des créations de l’Ecole de Nancy. La structure en bronze est forgée par les ateliers de ferronnerie de Louis Majorelle. Les vitraux sont dessinés par Jacques Gruber et les globes en verre soufflés sont réalisés par la manufacture Daum.
Vitrail de Jacques Gruber
La cage d’escalier est baignée de lumière par un grand vitrail à décor de monnaie-du-pape créé par Jacques Gruber en 1902. Le maître verrier associe la structure de la baie à sa composition. La forme ovale du vitrail et ses montants en métal suivent les mouvements des branches de la plante.

Salle à manger
Les lignes courbes des boiseries, des encadrements des portes et des fenêtres offrent une grande unité dans la salle à manger. La grande cheminée en grès flammé d’Alexandre Bigot est inspirée par l’épi de blé.

La cheminée partage la pièce en deux parties, la salle à manger et le fumoir éclairé de vitraux de Jacques Gruber.

Conçu par Louis Majorelle, le mobilier de la salle à manger est reproduit dans le catalogue de la Maison Majorelle sous le titre «Les blés, modèle riche». Il rassemble un buffet à deux corps, deux dessertes, une table et six fauteuils en chêne avec un placage de bois de serpent, essence exotique originaire d’Amérique du Sud.

Les belles suspensions qui prolongent les lignes de la salle à manger sont nées d’une collaboration entre Louis Majorelle et la Manufacture Daum. Suspendues à des montants en bronze à patine mordorée, les vasques en verre diffusent une douce lumière teintée d’un vert absinthe irisé de rose, semblant flotter dans l’air.

Salon ‘Pomme de Pin’
Le salon de la Villa Majorelle est décliné sur le thème de la pomme de pin que l’on retrouve sur le meuble-desserte et la cheminée orné d’un vitrail d’inspiration mauresque. Ce vitrail remplace un vitrail au décor bucolique imaginé par Jacques Gruber qui a disparu suite aux bombardements de la ville en 1916.

Le mobilier ‘Pommes de Pin’ est un succès de la maison Majorelle qui le produit en série avec différentes variantes pour sa clientèle. Composé d’une banquette, de deux fauteuils et de deux chaises, le mobilier exposé n’est pas d’origine mais il est identique par son décor sculpté et sa garniture brodée.



Chambre à coucher
Louis Majorelle a conçu pour sa chambre à coucher un mobilier d’exception composé d’un lit, d’une armoire, de deux commodes et d’une table de chevet. Cet ensemble unique n’a jamais été reproduit.

Ces meubles sont réalisés en frêne du Japon, un bois clair et lumineux assez rare en ébénisterie. Ils sont ornés d’incrustations de nacre et de cuivre.




Majorelle y excelle dans l’art de la courbe ininterrompue, de la fluidité et de l’élégance des lignes et des détails.

Broc coloquinte
La région Lorraine est réputée pour ses manufactures de céramique. Louis Majorelle collabore avec plusieurs d’entre elles et produit de nombreux objets décoratifs. Ce petit broc en forme de coloquinte produit vers1895 est un exemple de ses collaborations avec la Manufacture Keller et Guérin de Lunéville. L’objet à forte empreinte naturaliste est traité comme une oeuvre d’art. La faïence fine à décor de petit feu présente sur sa face externe un effet métallescent gris, vert et mauve.

Villa Majorelle à Nancy
La Villa Majorelle est classée Monument Historique et labellisée Maison des Illustres, à deux pas de la gare et du Musée de l’Ecole de Nancy. 1 rue Louis Majorelle, Nancy, France. Port de sur-chaussures disponibles à l’entrée pour protéger les parquets. Billet d’entrée valable uniquement pour l’horaire choisi. Le billet peut être jumelé avec le Musée de l’Ecole de Nancy. https://musee-ecole-de-nancy.nancy.fr/la-villa-majorelle et https://www.nancy-tourisme.fr/decouvrir-nancy/capitale-francaise-de-lart-nouveau/la-villa-majorelle/
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Très belles photos dans ce reportage qui marie éléments techniques et poésie.
J’y ai appris entre autres que le nom de la plante bisannuelle « Monnaie de pape » était « La Lunaire « .
Encore un beau reportage du Site « Laterreestunjardin » …
Pour être encore plus précise, le nom botanique de la Monnaie du Pape est Lunaria annua. C’est une plante bisannuelle qui après sa floraison produit des fruits ronds et plats. Lorsqu’ils sèchent, ils deviennent blancs et translucides laissant apparaître des graines qui se ressèment très facilement.