Comment lutter contre la pyrale du buis, Cydalima perspectalis, une chenille vorace qui s’attaque au buis?
Pyrale du buis
Avec le retour des beaux jours, la pyrale du buis fait son grand retour dans nos jardins. Les chenilles de ce papillon nocturne dévorent le feuillage et les écorces du buis provoquant son dépérissement. Le point sur les différentes méthodes de luttes.

Cydalima perspectalis
La pyrale du buis, Cydalima perspectalis, est un papillon de nuit. Attiré par la lumière, on peut le voir tournoyer autour des réverbères. Introduit accidentellement via des végétaux importés d’Asie, il est arrivé sur le continent européen au début du 21e siècle. Au cours de sa vie le papillon peut voler jusqu’à 10 km de son lieu de naissance. L’espèce s’est montrée invasive car elle n’a que peu de prédateurs naturels.

Pyrale du buis, Cydalima perspectalis
Le cycle du papillon
Pour lutter contre la pyrale du buis, il faut comprendre le cycle de vie du papillon et des chenilles. En Europe du Nord et en Angleterre, l’espèce semble produire deux générations par an mais en Europe centrale et méridionale il peut y avoir jusqu’à trois ou quatre générations par an. Cela se fait en fonction de la température et de la luminosité car le papillon a besoin d’un nombre précis de degrés-jours pour chaque étape de son cycle. Chaque cycle de vie dure environ 45 jours, de mi-mars à fin octobre, la température préférée étant entre 21° et 33°C.

Le papillon de la pyrale
La première génération des papillons prend son envol généralement dès le mois d’avril, en fonction de la chaleur du printemps. De couleur blanche bordé de marron foncé ou de noir, le papillon se reconnaît notamment par les reflets dorés ou irisés de ses ailes qui développent une envergure d’environ 4cm. Il commence à pondre ses œufs 2 à 3 jours après avoir commencé à voler. Il va accomplir son devoir de procréation, par cycles successifs, jusqu’en début d’automne.

Les œufs de la pyrale
Chaque femelle de la pyrale du buis peut pondre jusqu’à 200 œufs en trois secondes! La ponte des oeufs se fait sur la face inférieure des feuilles. Les œufs jaune pâle de 1mm de diamètre se développent et éclosent après trois jours environ lorsque la température dépasse 10°C. Les œufs donnent naissance aux chenilles.

Les chenilles de la pyrale
Les chenilles sont vert clair à bandes noires avec une tête noire luisante. Il leur faut environ 2 semaines pour atteindre la maturité et mesurer 3 à 4cm de long. Elles vivent encore environ 2 semaines après avoir atteint leur maturité. Lorsque les températures atteignent 15°C ou plus, les chenilles dévorent les feuillages et les écorces du buis en produisant une toile d’araignée et une traînée de boulettes dans son sillage.

Les chenilles en hiver
Lorsque l’hiver arrive et que la température descend en dessous d’environ 13,5°C, la dernière génération de chenilles hiverne sagement abritée dans des cocons, sorte de toile tissée entre deux ou trois feuilles de buis. Elle peut rester en dormance et survivre en hiver jusqu’à -30°C. Dès la mi-mars, les chenilles se réveillent. Elles quittent leurs cocons et recommencent à grignoter les feuilles avant de se transformer en chrysalide puis en papillon.

Les chrysalides de la pyrale
Après 4 semaines, les chenilles de la pyrale du buis se transforment en nymphe ou chrysalide. Pendue par la queue, tête vers le bas, la nymphe est protégée par un cocon blanc de 1,5 à 2cm de long tissé entre les feuilles. Une à deux semaines plus tard, si la température dépasse 11°C, la chrysalide se transforme sous la forme d’un papillon de nuit blanc semi-transparent.

Reconnaître une plante infestée
Il faut bien observer ses buis dès le début du mois de mars pour identifier les éventuelles larves qui se trouvent généralement entre deux feuilles collées. Les chenilles tissent des toiles autour des plantes infestées et laissent sur le sol de nombreuses déjections vert foncé ou brunes. Les feuilles deviennent blanches et transparentes ou elles sont carrément grignotées par les chenilles.

Agir avant qu’il ne soit trop tard
Les chenilles de la pyrale du buis sont très voraces et elles peuvent complètement défolier le buisson. Si le buis n’est pas traité, il finit par mourir d’épuisement, faute de pouvoir faire la photosynthèse. En traitant les buis selon un calendrier précis, on stoppe le cycle de reproduction du papillon et le développement des chenilles.

Bacille de Thuringe
D’origine naturelle, le Bacillus thuringiensis est une préparation à base de bactéries qui produisent une toxine paralysante qui provoque la mort des chenilles en quelques jours. C’est un produit bio, très efficace et bon marché que l’on pulvérise sur le feuillage. Dans certains pays comme la Belgique, il ne peut être utilisé que par des professionnels mais on le trouve facilement sur des sites en ligne. Il faut éviter de traiter les fleurs pour ne pas intoxiquer les insectes mellifères.

Quand traiter?
Le traitement préventif contre la pyrale du buis n’est pas efficace. Mais si le papillon est déjà dans votre région, il y a de fortes chances qu’il arrive chez vous. Inspectez régulièrement vos buis pour voir si les feuilles ne sont pas grignotées ou blanches et transparentes et si vous voyez des chenilles. Alors il faut traiter immédiatement! Karel Goossens, horticulteur spécialiste du buis et du taxus, conseille de pulvériser le Bacillus thuringiensis sur vos buis selon le calendrier suivant. La première année, une dose en avril-mai permet d’éliminer les chenilles qui ont hiverné dans la plante. Ensuite, il faut procéder à une pulvérisation sur le feuillage du buis du 10 au 15 juillet car les attaques de la pyrale atteignent un pic à cette époque. Puis une pulvérisation du 10 au 15 août, puis du 10 au 15 septembre. Une dernière pulvérisation mi octobre va permettre de détruite les chenilles avant leur stade hivernal. (voir mon reportage sur la pépinière Karel Goosens)

Comment traiter?
Les produits sont pulvérisés sur l’ensemble du feuillage du buisson en commençant par le bas. La chenille est infectée lorsqu’elle dévore les parties de la plante arrosées par le produit. Il est inutile de pulvériser à l’intérieur des buis puisque les chenilles se rendent vers l’extérieur pour manger les feuilles. Il faut toujours traiter par temps sec et il ne doit pas pleuvoir dans le six heures suivant le traitement. Il ne faut pas non plus que la feuille soit humide, donc pas de pulvérisation après une pluie ou le matin tôt lorsqu’il y a de la rosée. L’efficacité du produit sur la feuille est relativement courte, soit 10 jours après la pulvérisation car il se décompose sous la lumière UV et est emporté par la pluie

Des alternatives
Pour les pays où le Bacillus thuringiensis n’est pas en vente libre comme en Belgique, il existe d’autres produits efficaces et écologiques tels l’insecticide Conserve d’Edialux qui contient comme élément actif le Spinosad, une bactérie qui paralyse les chenilles par ingestion du produit pulvérisé sur les feuillages. Il est aussi efficace que le Bacillus thuringiensis mais il est plus cher. Les produits chimiques et les produits à base de pyrèthre sont efficaces mais ils ne sont pas sans danger pour les abeilles.

Les pièges à phéromones
Les phéromones sont des substances chimiques émises par la plupart des animaux et qui agissent comme des messagers entre les individus de la même espèces. D’où l’idée de les utiliser pour attirer les papillons mâles de la pyrale. Les papillons mâles vivent deux fois moins longtemps que les femelles mais ils sont deux fois plus nombreux. Ces pièges à phéromones n’élimineront pas les chenilles ni les papillons femelles mais en attirant les papillons mâles, ces pièges vous aideront surtout comme moyen de détection de ces ravageurs.

Placez à proximité des buis des appâts, des petites boîtes en carton ou en plastique. Comptez un piège tous les 100 mètres carré ou tous les dix mètres linéaires. Dans la boîte, installez une capsule ou une plaque collante imprégnée de phéromones. L’odeur va attirer les papillons mâles. Ceux-ci délaissent alors les femelles qui, non fécondées, ne peuvent alors pas pondre d’oeufs fertiles. Ces pièges dits «à confusion sexuelle» sont assez efficaces pendant environ un mois puis il faut renouveler la capsule à phéromones.

Préserver la biodiversité
Une autre technique est d’attraper les chenilles à la main puis de les éliminer en les ébouillantant ou en les brûlant, mais c’est laborieux et pas vraiment agréable. Enfin, en préservant la biodiversité dans votre jardin, vous serez peut être épargné par la pyrale du buis. Les insectes, nématodes, champignons et bactéries parasitoïdes, les oiseaux, mésanges bleues ou charbonnières, merles, chauves-souris ou lézards, araignées, frelons et guêpes contribuent à éliminer les pyrales ou leurs chenilles.

Tailler sévèrement le buis
Les buis peuvent survivre aux attaques de la pyrale du buis tant que les chenilles ne mangent pas l’écorce des tiges principales et que les buissons ne subissent pas d’infestations répétées. En cas de forte attaque de la pyrale du buis, on peut rabattre l’arbuste en mars en ne laissant que les branches charpentières car le buis supporte les tailles sévères. Si la pyrale du buis n’a pas attaqué les écorces de l’arbuste et qu’il y a encore un peu de feuilles vertes, c’est que la plante vit encore. Les jeunes pousses perceront le vieux bois et, après une saison, vous retrouverez un beau feuillage vert.

Des papillons moins virulent?
Née dans les années 1930, la technique de l’insecte stérile, TIS, a été utilisée avec succès en Afrique sur des insectes comme la mouche Tsé-Tsé et les moustiques. C’est une technique de stérilisation des insectes par rayonnement ionisant. Cela permet de stériliser les pyrales femelles et de réduire la fertilité des mâles, avec pour but la diminution des populations.

Des buis plus résistants?
Une récente étude aux USA démontre que ce sont surtout les Buxus sempervirens qui sont le plus attaqués. Les buis qui possèdent un gène asiatique tels les Buxus microphylla ‘Green Mountain’ ou des buis qui ont un feuillage plus coriace comme les Buxus microphylla ‘Trompenburg’, ‘John Baldwin’ ou ‘Faulkner’ sont plus résistants aux attaques de la pyrale du buis. Une nouvelle obtention sélectionnée par la société belge Herplant porte le nom de BetterBuxus ‘Babylon Baby’. Il semblerait beaucoup plus résistant aux maladies et à la pyrale que le Buxus sempervirens.

Buxus microphylla Trompenburg
Plus d’infos sur la pyrale du buis :
- EBTS The European Boxwood and Topiairy Society, https://ebts.org/box-moth-and-caterpillar/
- EBTS France, https://france.ebts.org/2024/04/pyrale-ce-quil-convient-de-faire/
- EBTS Belgique, https://ebts-belgium.be/
- Pépinière Karel Goossens, https://www.buxuskwekerijgoossens.be/fr/
Crédit photos Agnès Pirlot et Depositphotos
Rendez-vous dans la rubrique Végétaux, Arbres et arbustes, pour voir mes reportages sur le Buis, pyrales et champignons et, l‘Ilex crenata, sur les Topiaires qui remplacent le buis et sur la Pépinière Karel Goossens, et dans la rubrique Jardins, Belgique, mon reportage sur les Buis du Jardin du Château de Court-St-Etienne, ou cliquez sur les liens.


Bonjour,
Merci pour cet article intéressant.
Je voudrais vous signaler que le Conserve est loin d’être aussi efficace que le Bacillus thuringiensis et que même en France, il n’est plus possible de le commander comme nous le faisions auparavant. Nous avons heureusement pour l’instant bénéficié d’un reste de ce produit d’une amie qui a supprimé tous ses buis.
Lors de mes visites de jardins en France, le traitement le plus utilisé est le Bacillus thuriengiensis. Les buis des jardins qui sont éloignés des autres jardins semblent moins attaqués par la pyrale.
Chère Agnès, Puis-je me permettre de proposer à l’éradication de la pyrale une alternative que j’ai expérimentée l’été dernier. Je l’ai pensée, préparée et appliquée intuitivement et le résultat est que nos beaux buis tout blanchis d’infestation ont été sauvés et ont repris vigueur. Tout d’abord j’ai taillé toutes les parties malades, tout en prenant bien soin d’évacuer les moindres feuilles qui pouvaient tomber sur la terre. Ensuite j’ai vaporisé généreusement une décoction de romarin, thym et clous de girofle, que j’avais laissé reposer toute une nuit avant de la filtrer. Etonnant, miraculeux. Et Yves a illico mise à l’épreuve la préparation sur ses grands arbres de Sampont, sauvés à leur tour!
Chère Nathalie, merci pour cette information qui sera très précieuse pour tous les amateurs de buis.
Je me demande si le bacille de Thuringe tue aussi les chenilles de tous les autres papillons ?
Merci pour ces informations et conseils.
Joëlle
Seules les chenilles du Cydalima perspectalis semblent intéressées par le feuillage du buis. Le Bacillus thuringiensis pulvérisé sur le feuillage du buis atteint le système digestif des chenilles qui grignotent le feuillage. Les papillons qui butinent les fleurs et dont les larves ne viennent pas manger les feuilles du buis ne seront donc pas impactés par le traitement.