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Spécialiste des roses anciennes, André Eve a créé à Pithiviers un jardin secret où il a réuni toutes ses muses. Un univers parfumé qui invite à la découverte.

Au coeur du bal

Il fait radieux ce matin du 25 mai 2011. J’ai rendez-vous avec André Eve, célèbre rosiériste. C’est un homme charmant qui va me faire découvrir son éden secret, un fabuleux jardin dédié aux roses anciennes. Le jardin d’André Eve se trouve à l’arrière de sa maison au faubourg d’Orléans à Pithiviers. A cette heure matinale, il est encore ombragé. L’air est calme et embaume déjà le parfum des roses. «C’est mon jardin qui m’a fait redécouvrir les roses anciennes» m’explique André Eve. Pour faire honneur aux roses du jardin, maîtresse des lieux et du jardinier, il faut découvrir le jardin aux premiers jours de juin, lorsque leurs floraisons explosent littéralement, «au coeur du bal» dirait André.

Belle de Rémalard
André Eve
Jardin André Eve
Jardin d'André Eve

Dix ares tout en longueur

Clos de murs et entouré de hauts arbres, le jardin d’André Eve est un espace intime où les roses sont reines. C’est ici qu’André a élu domicile en 1980, pour cultiver son jardin loin de l’agitation du monde. Il veut se faire plaisir, profiter des plantes qu’il aime et en découvrir de nouvelles, se défouler, comme il dit. On pénètre dans ce grand rectangle de 18 mètres de large sur 60 de long depuis la rue par un étroit couloir entre la maison et le mur mitoyen. Les limites du jardin sont effacées grâce à l’étagement des volumes et au foisonnement de la végétation si bien qu’en été, on ne voit plus les murs qui l’entourent. C’est un jardin un peu fouilli à cause de l’abondance des roses anciennes, des buissons et des plantes vivaces, mais très harmonieux et bien entretenu.

Jardin d'André Eve

Des roses en liberté

Tout l’espace est aménagé avec d’étroites allées de gazon qui serpentent et délimitent les îlots fleuris. L’allée centrale conduit tranquillement jusqu’à une cabane couverte des pompons blancs du rosier ‘Gardenia’. Dans les massifs tout en rondeur, André a mêlé des rosiers remontants, qui fleurissent plusieurs fois, et non remontants pour que s’échelonnent les floraisons dès la fin avril jusqu’aux gelées. En leur centre, il place les variétés arbustives les plus élevées, mariant librement rosiers botaniques, anciens et modernes. Une longue pergola ceinture le fond du jardin, à la gloire des grimpants et des rosiers lianes.

Mrs F.W. Flight
Jardin d'André Eve
Mozart et aegopodium
Jardin d'André Eve

La grâce et l’exubérance des rosiers lianes

Depuis le seuil de la maison, côté jardin, le regard tombe sur un vieux tilleul littéralement envahi par les bouquets blancs du rosier liane ‘Seagull’ où se perdent quelques fleurs rouge brique d’une clématite. Un autre rosier liane blanc ‘Bobbie James’ et ‘Red Parfum’, le bien nommé, recouvrent la façade. Au fond du jardin, c’est un peu l’anarchie. Les rosiers lianes escaladent fiévreusement les arbres voisins. Le rosier filipes et sa mutation ‘Kifgsgate’ aux fleurs blanches entrelacent ‘Paul’s Himalayan Musk’ planté contre le mur qui va chercher bien haut la lumière. André les laisse se développer librement, sans soin ni traitement, pour qu’ils prennent toute leur ampleur et leur port naturel.

Mozart
Jardin d'André Eve
Clematite Twilight
Delphinium
Persicaria microcephala Red Dragon
Ail d'ornement

En bonne compagnie

Dans le jardin d’André Eve, les roses sont associées à des plantes vivaces au grand développement, delphinium, iris, scabieuse, thalictrum aux fleurs plumeuses, crambe cordifolia. En bordure, des vivaces au joli feuillage habillent la base des rosiers, aégopodium, géranium rampant, heuchera, hosta, sedum, origan doré, hélianthème. Quelques lignes verticales sont créées par un conifère à port étroit et des pommiers décoratifs. Ailleurs se dégage la silhouette légère d’un groupe d’albizzia, d’une cépée de bouleaux et d’un Cornus controversa aux rameaux étagés. «Je l’ai planté en 1982, lors de la première édition de la foire de Courson qui n’était alors qu’un échange de plantes.»

Sheherazade Mademoiselle des Minuits

La gloire des roses anciennes

Les rosiers anciens sont les vedettes incontestées, les botaniques et leurs hybrides et tous ceux qu’André appelle avec tendresse «les roses de nos grands-mères». Certaines figures de l’histoire des roses font la beauté du jardin et la fierté du jardinier. Tel est Rosa gallica ‘versicolor’ ou Rosa Mundi, mutation bicolore de Rosa gallica ‘officinalis’ placée en bordure pour que l’on puisse admirer ses fleurs mi-doubles roses striées de blanc. Près du banc de pierre se mêlent jusqu’en novembre le rouge violacé, le rose teinté de blanc et l’ivoire de ‘Roseraie de L’Haÿ’, ‘Rush’ et ‘Penelope’, tous les trois délicieusement parfumés. Parmi les rosiers buissons s’épanouissent en bordure l’incontournable ‘Fée des Neiges’ aux bouquets blanc pur ou encore ‘Jardin de Valloires’ et ‘Docile’, des obtentions d’André.

Jardin d'André Eve

Une passion débordante

Pour André, le temps consacré au jardin est une détente, un moyen de s’évader. Pendant les mois d’été, le jardin demande un entretien de chaque jour afin de maintenir la profusion vivable et la promenade aisée. Le désordre apparent des parterres est contrôlé par une taille qui respecte avant tout le port naturel des rosiers. Le plus souvent, il s’agit d’un simple nettoyage. Parfois, André limite le développement des buissons afin qu’ils puissent offrir à portée de nez toute l’ampleur de leurs fragrances. Les rosiers ne sont jamais agressés par des traitements chimiques. Le jardin plaît aux coccinelles qui mangent les pucerons. «Les rosiers sont comme nous. S’ils mangent bien et qu’ils boivent bien, ils sont contents et poussent bien.»

Nathalie

Un jardin ouvert

Modeste mais magique, le jardin d’André Eve a vu défiler en quatre décennies plus de 60.000 visiteurs, et pas des moindres: notre reine Paola, alors princesse de Liège, Catherine Deneuve, Alain Delon, mais aussi des rosiéristes renommés comme l’Anglais Peter Beales et des associations d’amateurs de roses. Cette diversité plaisait à André qui recevait tous ses invités avec le même naturel, parfois déconcertant. Après avoir visité son jardin, André Eve a la gentillesse de m’offrir son livre, avec cette charmante dédicace: «Une promenade dans le jardin avec Agnès, pour y cueillir la plus belle des roses, celle qui porte-bonheur et qui ne fane jamais!»  André Eve nous a quitté le 1er août 2015. Mais son jardin est toujours là. C’est aujourd’hui une association, Les amis d’André Eve, qui veille avec Yvonne, son épouse, sur le jardin afin de maintenir vivant ce lieu exceptionnel créé par un artiste.

Pour découvrir la vie et les roses d’André Eve, rendez-vous dans la rubrique Découvertes Portraits. Pour découvrir la création des roses en compagnie d’André Eve, rendez-vous dans la rubrique Végétaux, Arbres et arbustes

Jardin d’André Eve, 28 Faubourg d’Orléans à 45300 Pithiviers. Visites libres ou guidées organisées par Les Amis d’André Eve. https://amisdandreeve.fr/

A lire : «André Eve, le jardinier des roses», Evelyne Sallandre, Editions du Valhermeil.

Reportage publié en 2013 dans Nest (www.nest.be)

 

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