20 ans de journalisme,
la passion du voyage et des jardins.

La Rose et Lyon, c’est une histoire d’amour qui se prolonge depuis deux siècles. C’est même une succession de belles histoires, celles de rencontres, de passions et de dynasties d’obtenteurs, Guillot, Pernet-Ducher, Meilland … qui ont rayonné par leur savoir-faire et par leurs créations à travers le monde.

Lyon, capitale des roses

La capitale mondiale des roses se situait au XIXe siècle à Lyon. L’industrie de la soie en faisait une cité active et prospère. Elle attirait des jardiniers et paysans venus pour s’installer à leur compte comme maraîcher ou horticulteur. Le sol fertile et le climat continental avec ses étés chauds et secs et ses hivers rigoureux se prêtaient bien à la culture des rosiers.

Avec l’arrivée de rosiers inconnus en provenance d’Extrême-Orient, une nouvelle génération de rosiéristes lyonnais se prend au jeu du mariage des roses et tente des sélections, par semis puis par hybridation, donnant naissance à des centaines de nouvelles variétés. L’âge d’or de la production et de la création à Lyon se situe entre 1850 et 1914 et il y aura jusqu’à 3000 variétés de roses dévoilées au public et vendues à des millions d’exemplaires à travers le monde.

Parc de la Tête d'Or
Merveilles des Rouges Dubreuil 1911
Parc de la Tête d'Or

Photos: Le Parc de la Tête d’Or à Lyon, en haut la grande roseraie, à droite la roseraie du Jardin Botanique et en bas à gauche ‘Merveilles des Rouges’, Dubreuil 1911.

A la gloire des amateurs de roses

Le bal est ouvert en 1825 par Jacques Plantier (1792-1872) qui crée celle que l’on considère comme la première rose lyonnaise, ‘Gloire des Rosomanes’, baptisée en l’honneur de tous les amateurs de roses. Ce rosier combine le rouge éclatant et la remontance des rosiers de Chine avec le parfum délicat des rosiers galliques. La plupart des auteurs attribuent ce rosier au célèbre rosiériste de Saint-Denis, Jean-Pierre Vibert mais ce dernier l’aurait plus simplement commercialisé.

Gloire des Rosomanes Plantier

S’il ne donna pas naissance à une dynastie de rosiéristes, Plantier fut un vrai précurseur. En 1835 il crée ‘Madame Plantier’, à fleur blanche teintée d’ivoire, qui fut l’un de ses grands succès, suivi par ‘Triomphe de Plantier’. Ses variétés étaient le résultat de semis naturels où les abeilles et le vent tiennent le rôle de pollinisateurs. Fruit du hasard et des caprices de dame nature, les croisements demandaient au rosiériste «semeur» de longues heures d’observation, de recherches, d’astuces et de persévérance. L’autre précurseur lyonnais fut Jean Beluze (1793-1869) qui nous a laissé en 1843 le rosier Bourbon ‘Souvenir de la Malmaison’, célébrant l’idylle entre Lyon et l’Impératrice Joséphine qui avait offert des roses de sa collection de la Malmaison au Jardin des Plantes de Lyon.

Souvenir de la Malmaison Beluze 1843
Docteur Baillon Margottin 1878
Gloire de Ducher Ducher 1866
Bijou des prairies J. Schwartz 1880

Photos: en haut ‘Souvenir de la Malmaison’, Beluze 1843 et ‘Gloire de Ducher’, Ducher 1866, en bas: ‘Docteur Baillon’ Margottin 1878 et ‘Bijou des Prairies’ J Schwartz 1880.

Une histoire de familles

Dans la saga de l’histoire des roses lyonnaises, la famille Guillot est incontournable. Elle donna naissance à cinq générations de rosiéristes qui ont marqué l’histoire de la rose par leurs obtentions mais aussi par leurs découvertes qui firent progresser leur production. En 1842, Jean-Baptiste Guillot père (1803-1882) a la passion des roses anciennes. Il achète la collection de Victor Verdier et commence ses premiers croisements. Ainsi naît ‘Lamartine’. Cet hybride remontant aujourd’hui disparu sera la première d’une lignée d’une centaine de variétés dont certaines connaîtront un grand succès.

Joseph Schwartz (1846-1885), l’apprenti de Guillot père qui reprendra en 1871 son établissement, nous laissera également quelques obtentions célèbres, tels ‘La Reine Victoria’, un Bourbon parfumé, ainsi que l’incontournable ‘Mme Alfred Carrière’, un des plus beaux sarmenteux blancs qui aient jamais été créés. Le mariage des roses anciennes d’Occident avec les roses d’Extrême-Orient a donné naissance à des hybrides qui séduisaient par la faculté qu’ils avaient de refleurir jusqu’en automne. En fait, il ne remontaient pas beaucoup mais ils formaient des arbustes vigoureux, au beau feuillage, aux grosses roses intermédiaire entre les roses à odeur de thé et les galliques.

Soleil d'Or 1900
La France Guillot
Souvenir de Catherine Guillot
Jean Pernet
Lyon Rose
rose de Lyon

Illustrations: en haut:  ‘Soleil d’Or’ 1900, ‘La France’ Guillot 1867, ‘Souvenir de Catherine Guillot’ 1897, en bas: ‘jean Pernet’ 1883, ‘Lyon Rose’ 1907, rose de Lyon.

Des Hybrides Remontants aux Hybrides de Thé

Progressivement la mode va changer et les recherches des rosiéristes s’éloignent des hybrides remontants pour se rapprocher de la rose à odeur de thé qui présente une élégante fleur turbinée. On appellera ces nouvelles roses les Hybrides de Thé, appelées plus tard rosiers buissons à grandes fleurs. Jean-Baptiste Guillot fils (1827-1893) est aussi doué que son père. En 1849, ce petit génie met au point une greffe en écusson sur le collet de la racine d’un semis d’églantier. Cette technique va révolutionner la culture du rosier.

La France Guillot JB fils 1867

‘La France’, Guillot JB fils 1867

Au milieu du siècle, le travail du «semeur» va être progressivement remplacé par celui de «l’hybrideur ». La fécondation manuelle commence à se répandre à Lyon, entraînant des progrès sensibles dans la création de nouvelles variétés. Mais Guillot fils semble encore réfractaire à cette nouvelle technique. Son premier grand succès est la rose ‘Madame Falcot’, une ravissante rose couleur ivoire saumoné qui ornera les boutonnières et les corsages des élégantes dans les bals du Second Empire. En 1867, il crée la rose ‘La France’, première rose commercialisée de la famille des Hybrides de Thé. De couleur blanc argenté doublé de rose lilas, elle a la délicatesse, la subtilité, l’élégance des roses thé et la rusticité ainsi qu’une floribondité abondante des hybrides remontants, ouvrant ainsi la voie aux roses modernes.

Souvenir de G. Pernet Ducher 1921
Soleil d'Or Pernet Ducher 1900
Belle Cuivrée Pernet Ducher 1924
Panaché de Lyo Dubreuil 1895

Photos: en haut ‘Souvenir de G. Pernet’ Pernet Ducher 1921, ‘Belle Cuivrée’ Pernet Ducher 1924, en bas: ‘Soleil d’Or’, Pernet Ducher 1900, ‘Panaché de Lyon’, Dubreuil 1895

‘Soleil d’Or’, le premier Hybride de Thé jaune

A cette époque, tous les obtenteurs se connaissaient. Cela créait une véritable émulation pour atteindre la meilleure remontance de la floraison, la rusticité des arbustes, la perfection des formes et le parfum le plus séduisant. Les couleurs ne sortaient alors guère du rose clair au pourpre foncé en passant par le rouge cramoisi. Fils du rosiériste Jean Pernet qui fut apprenti chez Guillot, Joseph Pernet (1859-1928) entre au service de la veuve de Claude Ducher (1820-1874), un rosiériste qui s’honorait d’un palmarès de 80 créations. C’est en épousant la fille de Claude Ducher que l’entreprise prend le nom de Pernet-Ducher.

Il poursuit les recherches entreprises par son beau-père sur les roses thé qui élargissent la palette des couleurs, se focalisant sur la recherche des coloris jaunes. En 1898, il présente ‘Soleil d’Or’, une rose d’un beau jaune orangé lumineux auréolée de rouge capucine. Cette rose originale étonne et ravit de nombreux amateurs mais on ne trouvait pas en elle le coloris jaune pur de l’un de ses géniteurs, ‘Persian Yellow’. Avec ce gain, il signe une nouvelle race de roses, les Pernetiana. Persévérant dans ses croisements, Joseph obtient en 1910 la rose jaune pur dont il rêvait et qu’il nomme ‘Rayon d’Or’ puis, en 1920, ‘Souvenir de Claudius Pernet’, une fleur pleine jaune brillant en hommage à son fils aîné mort au combat en 1914. Celui que l’on surnomme le «Magicien de Lyon» nous a laissé d’autres roses illustres tels ‘Mme Caroline Testout’, ‘Souvenir du Président Carnot’, ‘Lyon Rose’ ou ‘Mme Edouard Herriot’.

Peace Mme Antoine Meilland

‘Peace’, syn. ‘Mme Antoine Meilland’, Francis Meilland 1942

Les «Roses du siècle»

Cette fois, c’en est bien fini des fleurs du type «rose ancienne». Désormais, les rosiers remontants à grandes fleurs auront des corolles turbinées et bien galbées au début de leur épanouissement. Une famille excellera dans la création de ces roses de légendes, la famille Meilland. Leur ancêtre, Joseph Rambaux (1820-1878) est jardinier au parc de la Tête d’Or à Lyon. Comme tant d’autres rosiéristes amateurs, il croise des roses et tente d’obtenir de nouvelles merveilles.

Son gendre Francis Dubreuil (1842-1916) fait imprimer un catalogue où il présente ‘Francis Dubreuil’, une rose thé rouge cramoisi, pourpre et veloutée. Son apprenti, Antoine Meilland (1884-1971), tombe amoureux de sa fille et reprend l’entreprise. Il s’occupera principalement de la production et de la multiplication des roses.

Son fils, Francis Meilland (1912-1958), ne pense lui qu’à la recherche de roses nouvelles. En 1935, il fait son premier voyage aux USA et revient avec des idées révolutionnaires pour l’époque en Europe: le catalogue en couleur et la vente par correspondance, le frigo pour y stocker les rosiers et le brevet pour protéger les obtentions. La même année, un de ses croisements donnera naissance en 1942 à ‘Mme Antoine Meilland’. Cette merveilleuse rose jaune soleil ourlée de rose sera rebaptisée ‘Gioia’, ‘Gloria Dei’ et ‘Peace’. Plus de cent millions de ce rosier ont été plantés dans le monde!  Avec Alain et Michèle, les enfants de Francis, la création variétale explose et nous donne ‘Papa Meilland’, ‘Clair Matin’, ‘Bonica 82’ et ‘Pierre de Ronsard’, surnommé ‘Eden Rose’, que l’on retrouve aujourd’hui dans les plus beaux jardins.

Peace Meilland
Caprice de Meilland Meilland
Carte d'Or Meilland

Photos: à gauche ‘Peace’, F. Meilland 1942, à droite ‘Caprice de Meilland’ Meilland 1999, ‘Carte d’Or’, Meilland 2001.

D’hier et d’aujourd’hui

On ne peut citer la centaine d’obtenteurs qui ont fait de Lyon la capitale de la rose. Mais comment ne pas évoquer la dynastie Laperrière qui en est à la cinquième génération de rosiéristes. On leur doit ‘Mme Louis Laperrière’ qui reste l’une des meilleures roses rouges jamais créées. La famille Gaujard, successeur de Joseph Pernet, nous a offert la ‘Rose Gaujard’, somptueuse fleur rose carmin au revers argenté. Jean et Antoine, les deux fils de Claude Ducher, ont repris également le flambeau et Fabien représente aujourd’hui la sixième génération. On peut encore citer Dominique Croix, Franck et Régis Reuter, Pierre, Jean-Charles et Laurence Orard, François Felix, Georges Dorieux et les entreprises Mathis-Guillot, rosiéristes d’aujourd’hui qui font de Lyon et de sa région le premier site de création de roses en Europe.

A la ‘Gloire des Rosomanes’

Extrait d’un discours de Mgr PLANTIER, Evêque de Nîmes, en 1862, fils de Jacques Plantier, obtenteur de la première rose lyonnaise, ‘Gloire des Rosomanes’.

« Enfant inconnu j’habitais avec ma famille, inconnue comme moi, sur les bords de la Saône. L’humble jardin de mon père eut le bonheur d’inaugurer sur ces rives la grande culture de la rose Thé. Il me souvient encore de l’ivresse ingénue avec laquelle nous nous penchions tour à tour sur sa corolle odorante.
Mais grâce à d’heureux hasards, grâce aussi peut-être à d’ingénieuses combinaisons, les choses ont noblement marché depuis cette époque que je suis tenté d’appeler primitive.
Chaque année nous avons pu sourire à de brillantes découvertes, et dans une circonstance mémorable surtout, j’ai dû, pendant mes vacances de collège, non seulement épuiser ma mémoire d’humaniste, mais encore tourmenter mes dictionnaires historiques pour donner des noms aux fleurs nouvellement écloses dans nos pépinières.
La Gloire ne manque pas en fait de Roses. Ouvrez n’importe quel catalogue marchand… vous n’y trouverez pas toujours la Gloire des Rosomanes. Cela ne veut pas dire que la Rose est médiocre ; loin de là, mais cela signifie qu’elle est déjà ancienne. Or la vieillesse, l’âge adulte même, est un crime qui n’obtient aucune indulgence de la part de certains marchands, pour lesquels il faut du nouveau quand même.
Nous qui parlons tout autrement, nous qui voulons faire une Centurie des plus belles Roses, et non pas des plus nouvelles Roses, ce qui est tout à fait différent, nous avons examiné beaucoup de rosiers à grand développement, nous avons comparé les fleurs, nous avons étudié le mode de croissance de chacun, nous avons pesé les avantages et les inconvénients, puis nous nous sommes dit que jusqu’ici la Gloire des Rosomanes occupait toujours le premier rang..».  Archives de Jean Brun, historien des roses de Lyon

Crédit photos Agnès Pirlot, Jean Brun, Muriel Chaulet, Ville de Lyon, Musée d’imprimerie de la Ville de Lyon

Pour découvrir dans la région de Lyon le jardin de roses anciennes de La Bonne Maison , rendez-vous dans la rubrique Jardins, France Sud

Bibliographie

«Lyon-Rose» et «Guide de la Rose à Lyon», Pierrick Eberhard, Editions Lyonnaises d’Art et d’Histoire.

«Roses Anciennes en France», Bulletin n° 21 spécial 2015 consacré aux obtenteurs lyonnais. Supplément de Jean Brun sur la Chronologie des grandes familles de rosiéristes Lyonnais.

http://www.lyon-roses-2015.org      www.rosesanciennesenfrance.org            www.verticile.com

Reportage publié dans Les Jardins d’Eden 2017 (www.edenmagazine.be)

Si vous avez aimé ce reportage, pourquoi ne pas le partager
Facebook
Twitter
Pinterest
LinkedIn
Follow by Email

Vous aimerez aussi