La faïence a fait la renommée de la ville de Sarreguemines. Visite du Musée de la Faïence et du célèbre Jardin d’Hiver classé Monument historique.

 

Sarreguemines, cité faïencière

Installé au coeur de la cité de Sarreguemines, la résidence de Paul de Geiger, directeur de la Faïencerie de 1871 à 1913, abrite le Musée de la Faïence depuis 1972. Le parcours retrace l’histoire et les plus belles réalisations de la manufacture, arts de la table, objets décoratifs, poêles et cheminées ou panneaux de faïence qui ont fait la renommée de Sarreguemines.

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Le temps des pionniers

En 1790, trois strasbourgeois négociants en tabac, les frères Jacoby et Joseph Fabry, installent une petite manufacture dans un moulin à huile situé au coeur de Sarreguemines, à la confluence de deux rivières, la Sarre et la Blies. L’endroit est idéal, les rivières permettant de transporter des forêts vosgiennes le bois, unique combustible pour les fours.

Par-delà les frontières

La Faïencerie de Sarreguemines est née. Elle va marquer l’histoire et la mémoire collective de la ville pendant des décennies. En 1800, un jeune bavarois Paul Utzchneider prend la direction de la manufacture, améliorant et diversifiant la production. Il remplace le bois par la houille et introduit des techniques observées en Angleterre. La production remarquée aux expositions reçoit de multiples médailles. Elle commence à être reconnue au-delà des frontières.

Le ‘Wedgwood’ français

Les premières faïences prennent pour modèle la blancheur et la finesse de la porcelaine. Les pâtes couleur crème puis blanches reçoivent un décor peint. Dès 1775, une série de motifs simples de guirlandes inspirées du monde végétal vont permettent des productions en série.

Grès poli comme de la pierre

Certaines pièces en grès poli prennent l’apparence de pierres dures. Les terres colorées et cuites à très hautes températures deviennent très résistantes, prêtes à être polie avec une pierre abrasive sur un tour. En 1809, Napoléon Ier passe une importante commande de vases et de candélabres en grès poli à la manufacture pour décorer les palais impériaux.

Vase en grès poli

De la manufacture à l’usine

Maire de Sarreguemines, député et sénateur proche de l’Empereur Napoléon III, Alexandre de Geiger reprend en 1836 la direction de la faïencerie. Pour développer la manufacture, celui-ci s’associe aux familles Villeroy et Boch qui apportent des capitaux importants. L’industrialisation modifie profondément le paysage urbain avec la création de trois usines dotées de hautes cheminées, les nouvelles usines fonctionnant uniquement à la vapeur.

Fontaine de Sarreguemines, vers 1880

La Moselle allemande

Avec le Traité de Francfort en 1871, la Moselle devient allemande. Alexandre de Geiger cède à son fils Paul de Geiger la direction de la manufacture. Celui-ci crée des succursales à Digoin et à Vitry-le-François pour conserver le marché français. Au début du 20e siècle, le site de Sarreguemines, à l’époque allemand, compte plus de 3000 ouvriers, ce qui en fait l’une des plus importantes faïenceries d’Europe.

Jardin d’Hiver de Sarreguemines

Le Jardin d’Hiver

Le Musée de la Faïence de Sarreguemines a été aménagé dans les anciens appartements du directeur des faïenceries de Sarreguemines. Paul de Geiger fait construire dans cet immeuble entre 1880 et 1882 un jardin d’hiver, sorte de vitrine du savoir-faire de ses ouvriers. Eclairé par deux grandes verrières colorées, ce jardin d’hiver est entièrement recouvert et décoré de faïences. Classé aujourd’hui Monument historique, il forme le coeur du Musée de la Faïence.

Fontaine du Jardin d’Hiver de Sarreguemines

Une fontaine monumentale trône au centre d’un des panneaux du Jardin d’Hiver. Elle a été réalisée en majolique dans le goût de la Renaissance italienne avec des niches en grotte abritant des dauphins. Ils encadrent un panneau central représentant deux nymphes qui évoluent dans un décor floral composé d’iris, d’arums et de roseaux. La fontaine illustre à merveille le brillant savoir-faire de l’entreprise. A Sarreguemines, de nombreux objets de fantaisie ont été produits en majolique, une faïence fine recouverte de glaçures colorées. Cette innovation qui apparaît vers 1870 accroît considérablement la renommée de la manufacture.

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La faïencerie au 20e siècle

En 1919, l’entreprise est administrée par la famille Cazal. Durant la Seconde Guerre mondiale, une partie de la production est commercialisée au profit de la firme allemande Villeroy & Boch. En 1978, la manufacture est rachetée par un groupe dirigé par la famille Fénal qui abandonne la production de la vaisselle au profit des carrelages, murs et sols. La concurrence est rude et l’entreprise dépose son bilan en 2002. Un plan de reprise tente de redresser l’entreprise qui prend le nom de ‘Céramique de Sarreguemines’. La faïencerie ferme définitivement ses portes en 2007.

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Sarreguemines, 200 ans de production

La production de la faïencerie de Sarreguemines reflète l’évolution des goûts et des habitudes de la clientèle aux 19e et 20e siècle. Pendant plus de 200 ans, des centaines de milliers de pièces en faïence, grès ou porcelaine sortent des ateliers, services de table, panneaux en carreaux, cheminées et poêles, vases, pieds de lampe, statuettes ou assiettes décoratives.

Les arts de la table

Le premier quart du 19e siècle est une période faste pour les arts de la table. La bourgeoisie se dote de grand services de table pour ses réceptions. Les services sont répertoriés dans les catalogues sous trois paramètres, la pâte utilisée, la forme du service et son décor. Plusieurs centaines de décors sont proposés.

 

Service de table, décor Rouen, vers 1920

Parmi les plus célèbres services de table figurent les ‘Rouen’ et ‘Papillon’ créés durant le Second Empire, vers 1860-1870. Pour douze couverts, le service peut comprendre plus de cent pièces. 

Autour de la soupière, la pièce la plus importante, on retrouve de multiples accessoires, plats, assiettes, services à café, à thé ou à chocolat et même des couverts de table.

Couverts de table, faïence et acier, Sarreguemines vers 1885

Les assiettes historiées

Les faïenceries de Sarreguemines ont produit plus de 300 séries d’assiettes historiées. Réalisées en faïence fine, ces assiettes sont ornées de décors réalisés grâce au transfert d’impression, technique utilisée à la manufacture dès les années 1830. 

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Le décor historié et légendé diffuse des valeurs patriotiques, religieuses, morales ou rendent compte de l’actualité.

Ces assiettes historiées évoquent des sujets très variés, la vie militaire, la chasse, la société urbaine et rurale, ou des fables, rébus, proverbes et chansons populaires.

Ces assiettes deviennent de véritables objets décoratifs mis en valeur sur les vaisseliers et les buffets.

Assiette Jazz Band, vers 1930

Panneaux en carreaux décoratifs

A la fin du 19e siècle, les panneaux en carreaux de faïence sont utilisés par les architectes pour décorer les murs et façades dans les lieux publics, les commerces, brasseries, boutiques et les établissement thermaux ainsi que dans les maisons bourgeoises.

Panneau Le paon, faïence fine glaçurée vers 1900

 

Arrivée à la gare faïence fine à décor peint vers 1890

La manufacture de Sarreguemines propose dans ses catalogues de panneaux en carreaux décoratifs des frises et des motifs courants. Elle fait parfois appel à des artistes célèbres pour des commandes particulières et des fresques réalisées sur mesure.

La Rue, faïence fine, décor lithographique d’après Théophile Steinlen, vers 1896

Le Boulevard, faïence fine, décor lithographique d’après Théophile Steinlen, vers 1902

 

Poêles et cheminées

Deux catalogues édités au début du 20e siècle sont entièrement consacrés aux poêles et cheminées, un élément important dans la production de la faïencerie. L’offre très diversifiée propose une multitude de formes, de teintes et de décors dont certains s’inspirent des poêles de Nuremberg. A l’époque de l’Art Nouveau, on retrouve des décors floraux stylisés.

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Art religieux

La céramique de Sarreguemines est très présente dans l’art religieux. Les divers objets, bénitiers, statuettes, assiettes, couronnes mortuaires et livres souvenirs témoignent de la piété des français à cette époque.

Livre souvenir, vers 1930

Couronne mortuaire en majolique, vers 1900

Toilettes et ablutions

Avec les progrès de la médecine au 19e siècle, l’hygiène devient une préoccupation majeure. La faïencerie de Sarreguemines développe sa production d’articles sanitaires pour répondre à ces nouveaux besoins.

Des pots de chambre, bidets, crachoirs, aiguières et cuvettes mais aussi des plats à barbe, porte-savons, boites à poudre, porte-peigne ainsi que des pots à pharmacie, à pommade.. sont disponibles en différentes tailles et décors.

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La marque de fabrique de Sarreguemines

Comment reconnaître les productions de la manufacture de Sarreguemines? Dès les premières années de son existence, la manufacture signe sa production. Les marques peuvent être incisées en creux dans la pâte ou imprimées après la cuisson, notamment à l’aide d’un tampon.

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Musée de la Faïence, rue Poincaré 15,17, Sarreguemines, France. Billet couplé avec le Moulin de la Blies. https://www.tourisme-lorraine.fr/  et https://www.sarreguemines-museum.fr/fr/ et https://www.sarreguemines-museum.fr/fr/decouvrir/musee-de-la-faience

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