Au tournant du XXe siècle, l’Ecole de Nancy fondée par Emile Gallé fut un des principaux foyers de l’Art nouveau.
La Belle Epoque
L’Art nouveau est indissociable de la Belle Epoque. C’est le temps de l’insouciance et la prospérité, des ombrelles et des canotiers. Claude Monet peint les Nymphéas tandis qu’Auguste Rodin sculpte les Bourgeois de Calais. La mode urbaine est à l’Art nouveau. A Paris, l’architecte Guimard conçoit les entrées en fonte des stations du métro parisien. Gaudi dessine ses mosaïques colorées à Barcelone et Victor Horta sculpte ses volutes à Bruxelles.

Musée de l’Ecole de Nancy
Art nouveau nancéien
A Nancy, l’Art nouveau prend le nom d’Ecole de Nancy. Les chefs de files viennent des arts appliqués. Ils s’appellent Emile Gallé, Louis Majorelle et les frères Daum. Verrerie, mobilier, vitrail, céramique, cuir, ferronnerie, architecture… toutes les techniques participent à ce vaste mouvement artistique des arts décoratifs qui s’inspire de l’observation de la nature. (voir mon reportage sur Nancy)

Musée de l’Ecole de Nancy
Musée de l’Ecole de Nancy
Installé dans l’ancienne propriété du collectionneur Eugène Corbin, riche commerçant et mécène de l’Ecole de Nancy, le musée rassemble des meubles, objets d’art, verrerie, céramiques, vitraux et peintures, des pièces uniques témoignant de la virtuosité technique des artistes de l’Ecole de Nancy au tournant du 20e siècle.

Salle à manger Masson en acajou blond, Eugène Vallin en collaboration avec Victor Prouvé, 1903-1906
Cette salle à manger a a été conçue par Eugène Vallin pour la villa des époux Masson en 1903-1906. C’est le seul ensemble mobilier reconstitué presque intégralement dans le musée de l’Ecole de Nancy. L’harmonie des couleurs chaudes du mobilier en bois et des panneaux en cuir repoussé, les courbes et les volutes offrent un aperçu du mouvement Art nouveau français.

Fauteuil gondole aux pommes de pin, vers 1902, Louis Majorelle
L’ébéniste et décorateur Louis Majorelle va décliner le motif de la pomme de pin sur de nombreux meubles et éléments d’architecture. Ces sièges à décor de pomme de pin en hêtre sculpté et doré, velours gaufré et brodé, figurent parmi les grands succès de la maison Majorelle. Ils reprennent le style du mobilier français du 18e siècle en bois doré avec un décor plus moderne inspiré par la nature. Ils furent reproduits en de nombreux exemplaires dans les catalogues de la manufacture jusqu’en 1914.

La Mort du Cygne, piano à queue en acajou et loupe de frêne, 1905, Louis Majorelle
Ce piano à queue en acajou a été réalisé par Louis Majorelle d’après un dessin naturaliste de Victor Prouvé. Les iris d’eau, sagittaires et nénuphars servent de décor à une scène représentant l’agonie d’un cygne blessé par un flèche. Les nénuphars stylisés sur la table d’harmonie témoigne de l’influence du Japon dans le décor marqueté. La ligne ondoyante du piétement du piano fait écho au milieu aquatique du décor.

Bureau et fauteuil aux ombelles, acajou blond, cuir ciselé, bronzes dorés et ciselés, 1902, Eugène Vallin (1856-1922)
La Nuit de Victor Prouvé fait partie des sculptures emblématiques du mouvement Art nouveau teinté de symbolisme. Un visage de femme aux yeux clos se dresse, telle la figure de proue d’un navire. Sa chevelure se déploie, cachant de nombreuses figures évoquant l’amour et la douleur, le conscient et l’inconscient, le rêve et le cauchemar.

La Nuit, bronze patiné, 1894, Victor Prouvé (1858-1943)
Surnommé Le Mineur, ce meuble de salon de billard fut créé pour un négociant en charbon. Au centre du meuble banquette et bibliothèque a été sculpté en bas relief l’image d’un corps nu et courbé avec une lampe devant lui. Orné d’ombellifères, ce salon de billard de Monsieur Kronberg était loin des réalités ouvrières, mais l’hommage rendu par Eugène Vallin aux mineurs qui firent la fortune du négociant permet de ne pas les oublier.

Le mineur, Banquette au mineur, acajou blond, vitraux, bronzes, laiton, velours, 1902, Eugène Vallin (1856-1922)
Associant acajou et bronze doré, cet ensemble de mobilier aux nénuphars a été présenté en partie à l’Exposition Universelle de 1900. La ligne dynamique de la structure du meuble donne l’impression qu’il surgit du sol. La forme des encorbellements et des feuilles de nénuphars participent à l’harmonie de ce mobilier.

Ensemble aux Nénuphars, bureau et fauteuil, bibliothèque, guéridon tripode, meuble classeur,1900-1902, Louis Majorelle
Emile Gallé
Une part importante des oeuvres exposées dans le musée de l’Ecole de Nancy concerne Emile Gallé, chef de file du mouvement. On découvre des meubles, des céramiques et une collection de plus de 400 verreries présentées dans des vitrines.

Coupe Il faut aimer, 1903, Emile Gallé
De nombreux objets en verre à plusieurs couches présentent des inclusions métalliques, applications, marqueterie de verre, gravure à la roue et à l’acide.

Coupe Roses de France ou Coupe Simon, 1901, cristal double couche, inclusions, marqueterie de verre, gravure, Emile Gallé
Cette coupe Roses de France a été offerte au pépiniériste Léon Simon, président honoraire de la Société Centrale d’Horticulture de Nancy fondée en 1877 et dont Emile Gallé fut secrétaire en raison de ses connaissances en botanique. A la fin du 19e siècle, l’horticulture est à l’honneur à Nancy avec de célèbres horticulteurs, Victor Lemoine ou Félix Crousse qui créent de nouvelles variétés végétales.

Vase Ancolies, verre à plusieurs couches, 1902, Emile Gallé
Ce vase aux ancolies a fait l’objet de plusieurs éditions dans différentes dimensions avec des formes et des coloris variés. Ces différentes versions témoignent des recherches menées par Emile Gallé pour décliner certains modèles nécessaires à leur édition en série. La forme de la fleur de l’ancolie a également inspiré la forme du vase avec des éperons recourbés.

Lampe-flambeau Magnolia, verre doublé, pied en bronze doré, 1903, Louis Majorelle
Réalisé par la manufacture Daum, ce flambeau Magnolia a été décliné en plusieurs exemplaires et différentes versions. Le verre moulé et ciselé est d’une grande finesse d’exécution, imitant la subtile carnation des fleurs de magnolia.

Main aux algues, verre à plusieurs couches, 1904, Emile Gallé
Cette Main aux algues émerge d’une matière bleutée évoquant la mer. Les algues ocre jaune enlacent la pièce depuis le poignet jusqu’au bout des doigts. Emile Gallé cherchait dans les fonds marins des motifs à la fois inédits, étranges et riches d’invention.

Lit et paire de chevets Ombelles, noyer et marqueterie, 1905, Emile Gallé
Les ombellifères d’Emile Gallé
A partir de 1900, Emile Gallé s’inspira de l’ombellifère pour concevoir une gamme étendue de meubles de salon, salle à manger et chambre à coucher. Les fleurs en ombelles et les tiges nervurées de la berce des prés sont intégrées non seulement dans l’ornementation des meubles mais également dans leur structure.



Les vitraux de Jacques Gruber
Au moyen de verres colorés, gravés et superposés, Jacques Gruber a créé un rideau végétal riche et foisonnant. Le vitrail sert d’espace de transition entre l’intérieur et l’extérieur. Il permet de créer une atmosphère particulière en modulant la lumière tandis que son décor souvent végétal fait entrer la nature dans les intérieurs.

Vitraux de la véranda ‘La Salle’, verre polychrome à plusieurs couches, vers 1904, Jacques Gruber (1870-1936)
Sur un fond de paysage de montagne et de lac, peut être vosgiens, les lianes d’une courge Luffa descendent jusqu’aux nymphéas reposant sur l’eau. La qualité picturale de ce vitrail nous rappelle que Jacques Gruber fut d’abord peintre avant de devenir maître verrier.

Vitrail Luffas et Nymphéas, verre polychromes à plusieurs couches, 1907-1908, Jacques Gruber (1870-1936)
L’amphore du Roi Salomon est une oeuvre maîtresse d’Emile Gallé. Elle a été présentée à l’Exposition universelle de 1900 à Paris. L’artiste s’est inspiré d’une amphore antique du 2e siècle av. J.C. L’étoile de David et la mention du roi Salomon font référence à l’affaire Dreyfus. Emile Gallé avait pris fait et cause pour le capitaine Dreyfus et perdit certains clients pour cette noble cause.

Amphore du Roi Salomon, verre soufflé, inclusions métalliques, gravure à la roue, 1900, Emile Gallé
Dressée sur un élégant piétement en fer forgé qui représente la tige et les feuilles de l’ombellifère, cette vasque en verre aux deux tonalités ocre et verte dessiné par Emile Gallé présente des motifs de fleurs d’ombelles gravées, offrant des effets de matière et de lumière.

Lampe aux Ombelles, verre à plusieurs couches, vers 1902, Emile Gallé

Cabinet de bains, grès flammé, vers 1896, Ernest Chaplet (1835-1909) et Jean Coulon (1853-1923)
Musée de l’Ecole de Nancy, rue du Sergent Blandan 36-38 à Nancy, France. https://musee-ecole-de-nancy.nancy.fr/le-musee
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