La mare dans le jardin offre un havre de paix, un espace où se donnent rendez-vous les libellules et les grenouilles.

 

Une arche de vie

Remplacer quelques mètres carrés de gazon par une mare animée par le vol des libellules, le chant des grenouilles et la palette multicolore des plantes aquatiques, c’est s’offrir un espace où la nature reprend ses droits. Bien conçue et bien entretenue, une mare est riche en biodiversité. L’intervention de l’homme sur la vie du milieu aquatique est limitée au strict minimum afin de permettre aux espèces sauvages de s’y développer librement.

Un coin au soleil

Prenez votre temps avant de choisir la forme et l’emplacement de la mare. Pensez aussi à l’aménagement des alentours de la pièce d’eau. La lumière est indispensable au bon développement de la végétation aquatique et à l’équilibre biologique de la mare. Choisissez un endroit dégagé et ensoleillé, avec éventuellement une partie du plan d’eau à mi-ombre. Evitez la proximité des grands arbres car leurs racines risquent de transpercer les parois du bassins et l’accumulation des feuilles mortes provoquera un envahissement excessif de la vase.

L’équilibre biologique

Choisissez un endroit tranquille situé en périphérie du jardin, de préférence l’endroit le plus bas. La mare sera idéalement située non loin d’une zone plus sauvage, par exemple à proximité d’une haie libre, d’une prairie fleurie ou d’une zone non tondue. Cet environnement offrira un refuge à la faune qui choisira d’élire domicile dans la mare. Il faudra attendre une ou deux saisons avant que la mare soit au top de sa forme car l’équilibre biologique ne s’obtient qu’avec le développement de la faune et de la flore.

Quelle grandeur?

La dimension idéale d’une mare est de 15 mètres carré mais une surface de 3 ou 4 mètres carré est parfaitement suffisante pour créer un univers aquatique dans son jardin. Plus le volume est grand, plus facilement l’équilibre s’organisera, la dimension optimale se situant entre douze et trente mètres carrés. A moins que vous ne disposiez déjà d’une dépression de terrain existante, le creusement de la mare va déplacer des volumes de terre parfois importants. Cette terre de déblais sera étendue autour de la mare afin de créer des pentes douces et des abords vallonnés.

Attention à la pente!

Imaginez une assiette à soupe trop penchée qui déborde. Pour délimiter l’emplacement de la pièce d’eau, il faut avoir à l’esprit le fait que les bords extérieurs de la mare doivent tous être au même niveau, faute de quoi l’eau s’en échappera. On creuse par paliers successifs. Les rives en pente douce ou en escalier à trois niveaux doivent converger vers une zone plus profonde, allant jusqu’à 80cm, voire 120cm de profondeur mais pas plus. Celle-ci offrira un abri pour les poissons en cas de forte gelée hivernale. L’eau ne s’évaporera et ne se réchauffera pas trop vite en été, la température de l’eau ne devant pas dépasser les 25°C.

Un terrain argileux

Pour conserver l’eau dans la mare, il faut imperméabiliser la cavité. Si votre terrain est argileux et alimenté par une nappe phréatique affleurante ou proche de la surface du sol, vous allez pouvoir tirer parti de ce terrain humide et transformer une eau stagnante en une mare naturelle. Il suffit de creuser une dépression dans le sol pour que l’eau la comble rapidement et forme un petit étang. Vous observerez un peuplement végétal spontané qui peut être complété par la plantation de quelques plantes indigènes.

Bâche en PVC

La forme de la mare doit offrir des courbes irrégulières afin de se fondre avec naturel dans son environnement. Le matériau le plus adapté pour imperméabiliser la cavité d’une mare est une bâche souple en PVC de couleur noire ou verte. Vous la trouverez dans la plupart des jardineries et des pépinières de plantes aquatiques. D’une épaisseur de 1 à 2 mm, ce matériau résistant aux ultraviolets offre une étanchéité parfaite et il est généralement couvert par une garantie de dix ans. Comptez la dimension de la mare plus sa profondeur et 50cm de chaque côté. N’utilisez pas les bâches en polyéthylène utilisées par les agriculteurs qui se percent facilement et vieillissent mal.

Mise en oeuvre

La réalisation d’un plan d’eau n’est pas en soi une aventure très compliquée mais elle vous demandera un peu d’énergie et elle vous occupera certainement quelques week-ends. Le plus dur est de creuser la fosse en retirant tous les éléments saillants, cailloux et racines qui pourraient trouer la bâche. Il faut tasser et lisser la surface entière de la cavité et recouvrir le fond d’un treillis galvanisé aux mailles d’environ 1x1cm en première couche pour protéger la bâche des attaques des rongeurs.

Placez sur ce treillis une bâche géotextile ou épandez 5 à 10cm d’un mélange pour moitié de sable et d’argile pour protéger la bâche du treillis et des cailloux. On étend ensuite la bâche en épousant la forme des parois de la cavité. Fixez-la provisoirement aux rives avec de la terre et des pierres. Les plis saillants sont éliminés en repliant les pans de la bâche les uns sous les autres. La bâche n’est fixée qu’après le remplissage de l’eau afin de lui permettre de prendre parfaitement sa place. Cela évitera tout risque de tensions et de déchirures au moment du remplissage.

Les cuvettes de plantation

Lors du décaissement du terrain, vous aurez prévu des fosses, replats de bordure, paliers de différentes profondeurs ou corniches de plantation. Le substrat de plantation ne doit pas être trop riche en matières organiques pour éviter la prolifération d’algues. Pas de tourbe, pas de terreau, mais un mélange pour moitié d’argile et de sable. Certaines plantes peuvent être disposées dans une cuvette individuelle. Ce système est utilisé pour les plantes pourvues de puissantes racines qui risqueraient de trouer la bâche et pour les végétaux dont on désire pouvoir contrôler facilement le développement.

La mise en eau

Remplissez la mare avec de préférence de l’eau de source ou de gouttières provenant d’une citerne ou d’un puits. Evitez l’eau du robinet car elle est trop riche en éléments minéraux (chlore, nitratres, carbonates) qui provoquent un envahissement rapide de l’eau par des algues vertes. Laissez reposer une semaine avant de commencer les plantations, afin de permettre à l’eau de trouver son équilibre. Lorsque le bassin est rempli d’eau, les bords extérieurs de la bâche sont découpés en laissant une marge supplémentaire de 50cm tout autour de la pièce d’eau. La bâche est arrimée en enfouissant ses bords dans le sol au-delà des berges. Elle sera dissimulée sous de grosses pierres plates ou sous le gazon. Conservez une petite plage sans plante pour que les oiseaux viennent s’y abreuver.

Les plantations

La rive exposée au sud sera occupée par de petites fosses de plantation à différentes profondeur afin d’accueillir la végétation de plantes de rives et semi-aquatiques que vous trouverez en jardinerie. Privilégiez les plantes indigènes ou horticoles à fleurs simples qui sont adaptées à notre environnement. Les plantes de rives sont plantées au printemps. Elles sont installés dans les paliers sur les abords de la mare. Les plantes aquatiques aux feuilles flottantes comme les nénuphars sont transplantées plus tard, au mois de juin. Elles sont enracinées dans des paniers de plantation ou directement dans la vase jusqu’à 50cm de profondeur. L’idéal est de conserver deux tiers de surface d’eau libre. (voir mon reportage sur les nénuphars)

Une eau claire

Les plantes aquatiques immergées, dites oxygénantes ou filtrantes, participent à l’équilibre biologique de la mare. Elles absorbent des éléments nutritifs et, sous l’influence de la lumière, transforment l’acide carbonique en oxygène qu’elles libèrent dans l’eau. Ces plantes sont particulièrement nécessaire en milieu ensoleillé car une hausse de la température de l’eau s’accompagne toujours d’une diminution de la quantité d’oxygène. Limitez vos plantations à quelques touffes de quatre ou cinq espèces car la plupart des plantes se propage très rapidement.

La colonisation animale

A peine la mare est-elle remplie d’eau que les insectes approchent et s’y installent. Des araignées, des coléoptères, des larves de toutes sortes prennent ainsi possession de leur nouveau lieu de vie.  Bergeronnettes, fauvettes et hirondelles auront vite fait de venir se désaltérer et se nourrir des insectes imprudents. Après quelques semaines, vous aurez la visite de canards. La libellule viendra virevolter avant de se percher sur les bouquets d’iris et de joncs fleuris.

Au bonheur des grenouilles

Sous le tapis de lentilles d’eau, on aperçoit les yeux ronds des prudentes grenouilles vertes. La colonisation des tritons, grenouilles et crapauds se fait généralement naturellement grâce aux oeufs déposés sur les végétaux par les oiseaux ou par les migrations des batraciens au départ d’une zone humide dans les alentours. Les batraciens ont une aire de chasse assez importante s’étendant sur une trentaine de mètres autour de la mare. Il faut y veiller et laisser des espaces non fauchés dans lesquels des tas de brindilles et de branches seront déposés, ces derniers assurant le gîte et le couvert aux insectes et aux batraciens.

Choisir ses poissons

Les carpes koï et autres poissons exotiques n’ont pas leur place dans une mare naturelle car ils demandent une alimentation particulière qui pollue l’eau. Par contre, les ablettes, vairons, épinoches et bourrières sont parfaitement adaptés, à condition de ne pas être trop nombreux. On les trouve dans la plupart des cours d’eau non pollués. Evitez la surpopulation des poissons (pas plus de 2 poissons par mètre carré) qui risque de grignoter les plantes oxygénantes, de remuer la vase et qui produisent une masse de matières organique qui trouble l’eau.

Un entretien minimal

Si l’emplacement de la mare est bien choisi, son entretien se limite ensuite à peu de choses. Le travail de filtration se fait naturellement par les plantes de rives et aquatiques qui oxygènent l’eau et la purifient en captant les particules nutritives en suspension. Entre février et septembre, il ne faut rien faire car les animaux sont activité et supporteraient difficilement des changements de biotope.

Caltha palustris

En automne, il faut retirer les feuilles mortes ainsi que la partie aérienne des plantes de berges avant que celle-ci ne se décompose dans la mare. Il faut aussi retirer les plantes immergées excédentaires. Laissez-les quelques jours au bord de l’eau afin que les petits invertébrés s’en libèrent. L’usage de filtres chimiques ou mécaniques ou lampe à ultra-violets pour éclaircir l’eau est à proscrire car ils éliminent les micro-organismes indispensables à l’équilibre biologique de la mare.

Thypha latifolia

Tous les cinq ans, il faudra sans doute dégager une partie de la vase qui tend à s’accumuler au fond de la mare. L’idéal est de planifier ce travail sur trois saisons, en prélevant chaque année un tiers de la surface. En remuant la vase, l’azote est libéré. La mare passera d’office par une période avec une eau trouble due à une trop grande richesse en éléments nutritifs. Il faut aussi surveiller de près le développement de la végétation et éliminer si nécessaire une partie des plantes immergées et flottantes qui deviennent envahissantes. En hiver, les habitants se sont mis à l’abri dans le fond du bassin. Une bûche flottant sur l’eau limitera la pression exercée par la glace sur les côtés.

Carex pendula

Dans les cas extrêmes, eau trouble, envahissement végétal et envasement, on assiste à la mort biologique de la mare provoquée par un appauvrissement de l’eau en oxygène. Il faut alors recourir aux grands moyens, vidange la mare, la laisser quelques jours au sec, ôter le plus possible de vase et enfin remettre la mare en eau. Ensuite, pendre patience avant de retrouver un nouvel équilibre biologique.

Lythrum salicaria

Les plantes qui aiment l’eau

Plantes de rives (profondeur de plantation de 0 à -20cm)

  • Angélique sauvage, Angelica sylvestris
  • Populage des marais, Caltha palustris
  • Epilobe, Epilobium hirsutum
  • Eupatoire, Eupatorium cannabinum
  • Glycine aquatique, Glyceria maxima
  • Jonc épars, Juncus effusus
  • Laîche pendante, Carex pendula
  • Lysimaque vulgaire, Lysimachia vulgaris
  • Menthe aquatique, Mentha aquatica
  • Myosotis des marais, Myosotis palustris
  • Reine des prés, Filipendula ulmaria
  • Salicaire, Lythrum salicaria
  • Scrofulaire ailée, Scrophularia umbrosa
  • Massette, Thypha latifolia
  • Valériane rampante, Valeriana repens
  • Prêle, Equisetum hyemale

Iris pseudoacorus

Plantes semi-aquatiques (profondeur de plantation de -20 à -40cm)

  • Iris jaune, Iris pseudoacorus
  • Jonc fleuri, Butomus umbellatus
  • Pesse d’eau, Hippuris vulgaris
  • Plantain d’eau, Alisma plantago-aquatica
  • Renouée, Polygonum amphibium
  • Roseau commun, Phragmite australis
  • Rubanier rameux, Sparganium erectum
  • Sagittaire flèche d’eau, Sagittaria sagittifolia

Hippuris vulgaris

 

Plantes flottantes (profondeur de plantation de -40 à -60cm)

  • Lentilles d’eau, Lemna minor
  • Nénuphar jaune, Nuphar lutea
  • Potamot, Potamogeton natans
  • Nénuphar, Nymphaea 

Nénuphar Nyphaea

Plantes oxygénante (profondeur de plantation -60cm)

  • Cornifle, Ceratophyllum demersum
  • Elodée du Canada, Elodea canadensis
  • Myriophylle en épis, Myriophyllum spicatum

Myriophyllum spicatum

Plus d’infos: Nature & Progrès, https://www.natpro.be/

Reportage publié en 2000 dans le magazine Femmes d’Aujourd’hui

Crédit photos Agnès Pirlot et Deposit Photos

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