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Le Musée juif de Berlin est une sculpture architecturale étonnante. Il symbolise la marche des Juifs vers l’exil et vers l’extermination.

Kollegienhaus, l’ancienne cour de justice

Je me trouve face au Kollegienhaus, l’ancienne cour de justice royale de la Lindenstrasse. Cet édifice baroque avait été construit par l’architecte du Roi-Sergent, Frédéric-Guillaume Ier. Détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut reconstruit dans les années soixante pour abriter le Berlin Museum.

Musée juif de Berlin

Orné d’une grande verrière, le Collegienhaus sert aujourd’hui de hall d’accueil au Musée juif de Berlin.

Musée juif de Berlin

Dans les années quatre-vingt, la ville de Berlin décide d’agrandir l’ancien bâtiment par un nouvel édifice susceptible d’accueillir le Musée juif. Un concours international est lancé en 1989, attribuant le premier prix à Daniel Libeskind, architecte juif d’origine polonaise vivant aux Etats-Unis.

Musée juif de Berlin

Un endroit sacré

Le Musée juif de Berlin ouvre ses portes en 1999. Les deux édifices sont côte à côte, mais dissociés l’un de l’autre, comme si la seconde partie était l’oppressante continuation de la première.

Musée juif de Berlin

De la rue, la nouvelle construction se perçoit comme un bâtiment aux proportions monumentales, inhabituelles et inquiétantes. Les façades sont couvertes de feuilles de zinc.

Musée juif de Berlin

Pour passer de l’édifice baroque prussien à la partie moderne du musée, il faut descendre sous terre. Une volée d’escalier mène à un long corridor dans le sous-sol. Les murs coulés en béton brut rappellent les bunkers et les bâtiments hitlériens de Nuremberg et de Berlin.

Musée juif de Berlin

Le sol n’est pas horizontal mais légèrement incliné. La différence de niveau qu’il faut gravir est déstabilisante, tout comme les murs aveugles animés par quelques vitrines d’exposition. On n’a pas l’impression d’être dans un musée mais dans un endroit sacré.

Musée juif de Berlin

Daniel Libeskind

Né en 1946 dans une famille juive de la cité industrielle de Lodz en Pologne, Daniel Libeskind appartient aux architectes déconstructivistes, à ces architectes qui se méfient des formes cubiques de l’architecture traditionnelle et tentent de les désagréger. C’est à New-York qu’il commence des études d’architecture qu’il termine en Angleterre. Sa thèse de doctorat avait pour sujet ‘Imagination and Space’, espace et imagination. Il participe à l’Exposition internationale d’architecture de Berlin en 1985. C’est sa première prise de contact avec une ville où son talent allait bientôt être mis à contribution.

Musée juif de Berlin

Une sculpture architecturale

Dès les premières esquisses, le Musée juif de Berlin a l’ambition d’être beaucoup plus qu’une surface d’exposition neutre. Telle une étoile de David dépliée, c’est une sculpture architecturale, un symbole à l’intérieur duquel on peut se déplacer.

Le musée évoque la silhouette d’un gigantesque vaisseau spatial en zigzag qui s’allonge dans la ville. L’édifice trace une ligne double, brisée à neuf reprises. Cet éclair est traversé en cinq points par une ligne droite. Cette figure en zigzag symbolise l’histoire mouvementée des relations judéo-allemandes.

Musée juif de Berlin

Libeskind donne à son projet de Musée juif de Berlin le nom de ‘Between the Lines’, entre les lignes. Il prend pour point de départ deux lignes, c’est-à-dire deux flux de pensée et de relation. «L’une des lignes est droite mais se brise en de nombreux fragments. L’autre ligne se recourbe mais poursuit cependant son trajet à l’infini… Elles se disloquent, se détachent l’une de l’autre et on les perçoit séparément. Elles font ainsi apparaître un vide.»

Musée juif de Berlin

L’architecte utilise pour le mot vide son nom anglais, ‘Void’. Pour lui, la fonction première de toute architecture est d’entourer l’espace. Son contenu est d’abord le vide et peut aussi rester le vide. Des cavités polygonales sont réparties dans tout le bâtiment de Libeskind. Elles surgissent des murs aux endroits les plus inattendus, entourées de leur manteau de béton. Elles n’ont d’autre ambition que de symboliser l’absence des Juifs exilés ou exterminés.

Musée juif de Berlin

De longues entailles

Le travail de Libeskind avec les lignes se poursuit partout à l’intérieur du bâtiment. Elles prennent la forme de longues entailles sur les parois extérieures qui leur donnent l’air d’avoir été disloquées comme sous l’effet d’une trop grande tension, d’une secousse insupportable. On les retrouve à l’intérieur sous forme de fenêtres, de perspectives inattendues ou bien d’arêtes qui irritent l’oeil de manière presque douloureuse.

Musée juif de Berlin

Un sujet controversé

Le plan du musée fut l’objet de controverses dès les premières esquisses. Quand on se promène dans le musée, il est presque impossible de reconnaître la figure en zigzag formée par le plan de Libeskind. Si le langage symbolique de l’architecture n’est pas accessible au visiteur du musée, celui-ci est pourtant fasciné par la philosophie esthétique développée par l’auteur du projet. L’agencement des murs et des couloirs donne l’impression d’un complet morcellement, d’une collision, d’un amoncellement de débris.

Musée juif de Berlin

L’escalier menant aux salles d’exposition des étages est étroit et provoque une sensation d’angoisse. Il permet toutefois d’échapper à l’enchevêtrement de couloirs du sous-sol et de sortir des profondeurs et de l’ombre pour un retour à la lumière.

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L’axe de l’Holocauste

Le couloir qui symbolise la marche vers l’extermination mène à la Tour de l’Holocauste. Cette tour de béton brut est ouverte par une maigre entaille à son sommet d’où parvient la lumière extérieure. La salle vide et très haute a une forme triangulaire et se termine par une arrête. Il fait sombre et la porte d’entrée est à peine décelable. Elle semble vouloir s’opposer à ce qu’on la quitte. Cet espace gigantesque mais étroit est dépouillé et coupé du reste du monde.

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Le jardin de l’exil

Au bout du couloir de l’exil, dans le sous-sol, se trouve une porte transparente. Elle mène au jardin de l’exil dominé par une forêt de stèles en béton. De taille imposante, elles sont disposées à égale distance les unes des autres sur un terrain en plan incliné.

Les stèles sont également légèrement inclinées, ce qui désoriente le visiteur en lui donnant l’impression d’être un exilé, un émigrant. A leur sommet poussent des arbustes, des oliviers de Bohême qui symbolisent la paix et l’espoir.

Musée juif de Berlin

L’histoire judeo-allemande

Si le sous-sol du Musée juif de Berlin interpelle par sa symbolique architecturale, les étages accueillent sur plus de 3000 mètres carrés une exposition permanente qui porte sur deux millénaire d’histoire des Juifs en Allemagne.

Des collections d’oeuvres d’art, des archives, des objets de la vie quotidienne, des photos et des expositions temporaires sont consacrées à l’histoire et à la culture du peuple juif. Lorsque j’ai visité le musée, ces salles étaient en cours de rénovation et fermées au public. Leur réouverture est prévue pour le printemps 2020.

Musée juif de Berlin

Musée juif de Berlin. Ouvert tous les jours de 10h à 20h. Accès: Métro U1 ou U6 arrêt Hallesches Tor ou Kochstrasse. Jüdisches Museum Berlin, Lindenstrasse 9-14 à 10969 Berlin, Allemagne. www.jmberlin.de

Crédit photos: Agnès Pirlot et Jüdisches Museum Berlin

Pour découvrir le guide de Berlin, et l’East Side Gallery, rendez-vous dans la rubrique Voyages, Europe, ou cliquez sur les liens.

 

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