Les jardins du Musée Albert Kahn à Boulogne sont plus qu’un lieu de promenade. C’est la mise en scène d’une philosophie de vie.

 

Musée de l’image

Côté rue, la façade du musée départemental Albert-Kahn se déploie comme un grand origami d’aluminium, une muraille minérale qui marque la distance entre la ville et les merveilleux jardins. Le long bâtiment réalisé par l’architecte Jordi Vinyals de l’agence Kengo Kuma & Associates s’inspire du lien particulier qu’Albert Kahn entretenait avec le Japon. L’enjeu du musée qui a rouvert ses portes en 2022 est la préservation et la transmission du patrimoine considérable créé par Albert Kahn.

Albert Kahn, banquier philanthrope

En 1893, Albert Kahn (1860-1940) s’installe quai du 4 Septembre à Boulogne-sur-Seine. Banquier à la fortune considérable, Albert Kahn est un homme discret mais débordant d’idées. Son projet humaniste est le fruit d’un cheminement intellectuel enraciné à la fois dans la spiritualité juive dont il est imprégné, la philosophie politique où l’éducation tient une grande place et l’attachement aux valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité.

Archives de la Planète

Au retour d’un voyage au tour du monde en 1909, Albert Kahn envisage de constituer les «Archives de la Planète» qui devaient être une somme universelle de tous les faits et de toutes les connaissances avec le désir de partager le monde, la diversité des peuples et des cultures. Il va rassembler 72.000 plaques autochromes, les premières photographies en couleurs sur plaque de verre, 4000 plaques stéréoscopiques en noir et blanc et 180 kilomètres de pellicules cinéma réalisés par une douzaine d’opérateurs envoyés par ses soins autour du monde. «Grâce à ces documents, il est possible d’évoquer à volonté le passé, le présent, de les interroger en toutes circonstances, en tous lieux, à tout moment…»

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Capturer l’essence du monde

Dans une ambiance sombre et sobre, entre le bois fumé et l’anthracite des murs, on accède aux salles du musée dans l’esprit d’une déambulation. La présentation des collections renoue avec l’émerveillement esthétique souhaité par Albert Kahn. Un immense mur aligne plus de 2000 reproductions numériques d’autochromes rétroéclairées au format d’origine 9×12 cm. L’approche est pluridisciplinaire, touchant l’histoire et la géographie, l’ethnologie et l’histoire de la photographie et du cinéma.

Dedans et Dehors

Côté jardin, la façade du musée associe le bois et le bambou pour faire disparaître l’architecture dans son paysage. Le raccordement aux jardins s’effectue au travers d’un espace de transition, l’engawa, un terme japonais qui désigne une circulation autour des maisons traditionnelles. Des lamelles de bois habillent les espaces, laissant entrevoir la lumière et les couleurs changeantes du jardin au fil des saisons.

Le monde en jardins

Les jardins créés par Albert Kahn s’étendent sur près de quatre hectares de terrain acquis à partir de 1895. Reflets de l’intérêt que son créateur portait à la question du vivant, ces îlots assemblés qui finissent par n’en constituer qu’un sont une synthèse poétique qui permet de sensibiliser le promeneur à la coexistence harmonieuse des diversités.

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Parc «à scènes»

Conçus par Albert Kahn et son chef jardinier Louis-Picart durant une quinzaine d’années, les jardins de Boulogne sont un témoignage exceptionnel de l’art horticole au tournant du 20e siècle avec un ensemble de scènes paysagères de styles différents. Cette succession d’ambiances très diverses est le reflet de sa philosophie, «la paix universelle par la connaissance des autres».

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Le chantier fut titanesque avec le creusement de ravins et de rivières, les terrassements et nivellements du terrain, la plantation d’arbres adultes et l’ornementation. Le jardin apparaît comme un lieu initiatique au sein duquel des essences, des fleurs, des règles de compositions, des ambiances aux origines diverses cohabitent, faisant référence à l’art des jardins rencontrés aux quatre coins du monde par l’humaniste Albert Kahn.

Jardin japonais

Si la création du jardin japonais suit sans aucun doute le mouvement du japonisme et la mode de l’art des jardins japonais découverts lors des expositions universelles, elle reflète surtout l’intérêt d’Albert Kahn pour le pays du soleil levant. C’est la partie la plus intéressante des jardins que l’on découvre dès que l’on pénètre dans le jardin.

Au-delà d’un ‘torii’, portique traditionnel, s’étend le village japonais avec ses deux maisons traditionnelles japonaises achetées au cours d’un voyage d’Albert Kahn au Japon en 1897. Livrées en pièces détachées, elles ont été remontées selon un savoir-faire ancestral par des charpentiers nippons. Leurs portes coulissantes mettent en étroite relation l’espace habité et le jardin. S’y ajoutent un pavillon de thé entouré d’un jardin légèrement surélevé qui évoque le calme des ermitages de montagne. C’est un endroit propice à la méditation et aux cérémonies du thé.

Jardin japonais contemporain

Un pont laqué de rouge est le coeur du jardin japonais contemporain conçu dans les années 1990 par le paysagiste Fumiaki Takano à l’emplacement d’un ancien jardin sino-alpin. Le jardin évoque des paysages du Japon avec ses cerisiers en fleurs au printemps, ses rizières en terrasses, ses ponts de bois et sa montagne couverte d’azalées, évocation du Mont Fuji.

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Des sculptures de pierre suggèrent le vent, les nuages, la mer... Les ponts permettent de passer d’une rive à l’autre et de changer de point de vue. Une volée de marches irrégulières rythme la promenade. De grandes pierres plates invitent à marcher sur l’eau parmi les nénuphars.

Le jardin retrace la vie et l’oeuvre d’Albert Kahn. L’eau y joue un élément important. Un cours d’eau, tempétueux ou plus calme, traduit les différents âges de la vie d’Albert Kahn. L’eau jaillit d’un cône de galets qui matérialise sa naissance. Elle s’écoule ensuite joyeuse, rebondit sur les pierres, symbolisant la fougue de l’adolescence.

Le cours d’eau s’élargit en un bassin d’eau calme comme la plénitude de la maturité. Puis il butte sur des murets de galets, les aléas de la vie. Des cônes inversés de granit rose le mène, plus lentement, jusqu’à la spirale de pierres noires pailletée de feuilles d’or, symbole de sa mort.

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Verger-roseraie et Jardin français

En 1895, Albert Kahn fait appel aux paysagistes Henri et Achille Duchêne afin de dessiner un jardin français au tracé formel et un verger mêlé à une roseraie. Il sera restauré en 1990 grâce aux autochromes d’époque. Des arbres fruitiers palissés sont associés à des rosiers anciens. Le jardin français planté de fleurs saisonnières est installé devant un élégant jardin d’hiver, superbe serre de fer et de verre coiffée d’un dôme. (voir mon reportage sur l‘Histoire des serres)

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Jardin anglais

Restauré dans les années 1990, le jardin anglais s’organise autour d’une vaste pelouse vallonnée où fleurissent dès les beaux jours des centaines de jonquilles et narcisses. Au milieu serpente une rivière. De grands arbres, séquoia, ginkgo, palmiers, tulipiers de Virginie, témoignent du goût d’Albert Kahn pour la richesse végétale.

Message de paix

Le nord du domaine est consacré aux forêts. La forêt bleue est peuplée de conifères au feuillage gris bleu, cèdres de l’Atlas et épicéas du Colorado. La forêt dorée plantée de bouleaux borde une prairie de graminées mêlées à des fleurs vivaces. La forêt vosgienne évoque le paysage natal du banquier. L’ensemble est couvert de pins et d’épicéas parsemé de rochers de granit de grès. Le voisinage apaisant de ces forêts prolonge le message de paix qui a guidé la vie d’Albert Kahn.

Musée départemental Albert Kahn, visite du musée et des jardins, expositions temporaires, librairie, boutique, restaurant, café, rue du Port 2, Boulogne-Billancourt, France, accès par le métro sur la ligne 10, terminus de la ligne, station Boulogne/Pont de Saint-Cloud. https://albert-kahn.hauts-de-seine.fr/en/

Crédit photos : Agnès Pirlot et DepositPhotos https://depositphotos.com/fr

Rendez-vous dans la rubrique Jardins, pour découvrir mes reportages sur les Jardins de France. Voir aussi dans la rubrique Voyages, Europe, Belgique, mon reportage sur les Jardins du Monde de Pairi Daiza, ou cliquez sur les liens.

 

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