Le Château de Portabéraud et ses jardins témoignent de l’art de vivre raffiné de la fin du 18e siècle.

 

«Folie Mercier»

Au pied des volcans d’Auvergne, à deux pas de l’abbaye royale et clunisienne de Mozac, le Château de Portabéraud fut construit par le gentilhomme Gabriel Mercier dans la seconde moitié du 18e siècle. Je suis accueillie par Véronique Bouët-Willaumez et son fils dans la «Folie Mercier», une belle demeure dans la famille depuis plus de 200 ans.

D’élégantes ferronneries en fer forgé typiques de l’art auvergnat du 18e siècle ornent le porche d’entrée, un portail monumental dans le parc et le garde-corps de l’escalier.

Les pots à feux sculptés dans la pierre de Volvic assurent le couronnement des piliers de chaque portail. Elles offrent aux invités des compositions florales, guirlandes festonnées de feuilles de chêne, de fleurs et de fruits.

Maison des champs

Le château de Portabéraud est une ‘maison des champs’, une «folie» qui, dans la tradition française, correspond à une villa de campagne raffinée, complément d’un hôtel particulier en ville. La maison des champs est entourée d’un parc enjolivé de fabriques et de statues, un écrin de verdure conçu pour servir de décor aux fêtes et divertissements d’un seigneur.

Gabriel Mercier

Originaire de Montaigut en Combrailles, la famille Mercier s’établit à Riom vers 1580. De génération en génération, la famille devient l’une des plus riches et des plus influentes de la région. Le fief de Portabéraud acheté en 1615 ne cessa de s’embellir aux cours des 17e et 18e siècles. La famille fut anoblie en 1725. Le baron Gabriel Mercier, cinquième du nom, est né à Riom en 1716. Au décès de son père en 1744, il hérite d’une fortune considérable avec notamment un hôtel particulier à Riom et le domaine de Portabéraud à Mozac. La même année, il assassine de deux coups d’épée un garde du corps du Roi à Riom. Un arrangement habilement conclu avec la famille de la victime lui évite de graves ennuis. En 1790, Gabriel Mercier sera le premier maire de Mozac. Au début de la Révolution, les assemblées du corps communal se déroulent d’ailleurs au château de Portabéraud. Les délibérations communales montrent un noble respecté, au rôle modérateur. Son mandat de maire prend fin en 1791 et Gabriel Mercier meurt à Portabéraud en 1793. Se retrouvant sans héritier, il fait donation de ses biens à son neveu Jean-Marie de Fretat.

Une gentilhommière

Dans la mouvance de l’esprit du Siècle des Lumières, Gabriel Mercier fait construire vers les années 1760 une gentilhommière, sans doute d’après les plans de l’architecte Claude-François Legay. Edifié pour le plaisir, le Château de Portabéraud abrite une enfilade de hall, salon, bibliothèque et un cabinet Louis XVI, éléments protégés par les Monuments Historiques tout comme la chapelle, l’orangerie et un pavillon du 17e siècle.

La chapelle

La petite chapelle a conservé son décor d’origine marqué par le style rocaille et le courant néo-classique. Sur une petite estrade parquetée, l’autel en bois en forme de tombeau a été peint en trompe l’oeil pour simuler un assemblage polychrome de plusieurs marbres. Les murs sont garnis de médaillons peints et de stucs. Une tribune fermée par un garde-corps en ferronnerie relie la chapelle au château.

Les jardins de Portabéraud

Gabriel Mercier a fait de son domaine de Portabéraud un refuge paradisiaque, reflet des mentalités d’une époque qui redécouvre les joies de la nature. Dans un désordre végétal organisé, il joue sur la prolifération des arbres, la luxuriance de la végétation, bosquet de tilleuls, allée de charmille, des cabinets de verdure, orangerie, pièces d’eau, serre, verger et potager.

Cabinets de verdure

La façade d’honneur du Château de Portabéraud est ouverte par sept larges portes fenêtres sur une terrasse en pierre de Volvic qui domine une longue perspective vers les jardins. Le premier parterre au pied de la terrasse assemble des buis centenaires taillés en nuage. Une allée principale ou promenoir, bordée d’une longue charmille est rythmée par vingt vases d’Anduze.

Les statues en terre cuite

Le jardin met en scène une remarquable collection de statues en terre cuite du 18e siècle. Quatre charmantes petites statues qui représentent la jardinière, la joueuse de vielle, la négrillonne et l’abbé restent, quelques siècles plus tard, les hôtes du jardin de La «Folie Mercier».

Jardins Portabéraud (34)
Jardins Portabéraud (26)
Jardins de Portabéraud (1)
Jardins de Portabéraud (4)
Jardins de Portabéraud (3)
Jardins de Portabéraud (2)

La statue principale inaugurée en 1781 représente Gabriel Mercier lui-même. Il était à l’origine accompagné par son neveu Jean-Marie Fretat enfant, qu’il tenait par la main. Gabriel Mercier se présente vêtu d’un costume aristocratique à trois pièces, culotte et justaucorps recouvrant un gilet. Les basques du justaucorps flottent au vent, d’où l’allure presque dansante du maître des lieux.

Jardin potager et fruitier

Grand amateur de jardinage, Gabriel Mercier s’intéressait aux plantes potagères et aux arbres fruitiers, poiriers, orangers, ainsi que la culture du chanvre et de la vigne. A Portabéraud, on expérimentait la culture des melons et l’on faisait des compotes, confitures et de l’eau de vie.

Une serre est mentionnée dans un rapport datant de 1797. Au 18e siècle, les serres sont encore rares dans les jardins car les techniques du verre et de l’armature en fer en plein cintre ne sont pas encore à leur apogée.

Le jardin potager et fruitier de près d’un hectare était encadré par une longue charmille taillée en berceau et par des murs servant à la culture en espalier. Un système hydraulique longe cette parcelle.

Aujourd’hui transformé en prairie, l’espace est ordonné de façon très classique avec des cyprès et des ifs taillés en topiaires. Des allées tondues très rases ou en herbe plus haute se croisent à l’emplacement d’un ancien bassin aujourd’hui disparu, conformément au dessin du potager en étoile du 18e siècle.

Ce dégradé de verts est ponctué de taches de couleurs données par des rosiers, des cosmos, des dahlias et des pivoines rassemblées dans un long mixed-border. Partout, des bancs en pierre de Volvic ponctuent la promenade, invitant à la flânerie et à la rêverie. Poésie et enchantement sont au rendez-vous!

Château de Portabéraud, Classé Maison Historique, Vieille Maison Française, 6 rue Saint Calmin, Mozac, au nord de le Clermont Ferrand, à l’ouest de Riom, Département du Puy-de-Dôme, Auverne-Rhône-Alpes. https://www.chateaudeportaberaud.com/

Rendez-vous dans la rubrique Jardins, France, centre de la France, pour découvrir mes reportages sur les jardins d’Auvergne:

 

 

Pin It on Pinterest