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La pulmonaire est une superbe plante couvre-sol au feuillage vert uni ou éclaboussé de blanc qui fleurit dès l’arrivée du printemps. La plante vivace idéale pour réaliser des atmosphères subtiles dans les massifs ombragés.

Une floraison printanière

Pourquoi n’emploie-t-on pas plus souvent les pulmonaires en guise de couvre-sol? Leur feuillage ponctué d’argent, semi-persistant, vaut pourtant bien celui de plantes réputées décoratives, comme le lamier par exemple. Je l’ai découverte en visitant un jardin où j’ai reçu quelques éclats de la souche que j’ai plantés au pied d’un buisson.

Pulmonaire

Bleue, rose, rouge, violette, pourpre ou blanche, la floraison des pulmonaires m’enchante car elle annonce le retour du printemps. Elle s’étale de février pour les plus variétés les précoces à mai juin pour les plus tardives. Les boutons dévoilent de petites clochettes rouges ou blanches virant au bleu violet. Elles rappellent celles de la primevère et lui doivent son appellation de ‘Coucou bleu’.

La floraison des pulmonaires se développe avant que les buissons n’aient déployé leurs feuilles, quand le sol est encore bien frais. On peut l’installer en compagnie des hostas, des primevères, des astilbes à petit développement ou encore des astrances pour garnir le pied des arbustes. Dans mon jardin, je l’ai installée entourée de myosotis, de primevères et de bulbes printaniers, la scène est ravissante.

Pulmonaria 'Opal'
Pulmonaria Raspberry Splash
Pulmonaria 'Samourai'
Pulmonaria mollis 'Mrs Kittle'

Un feuillage décoratif

Le second atout des pulmonaires, c’est leur beau feuillage plus ou moins pointillées, tachées, marginées de vert clair ou de blanc argenté. Après la floraison, de nouvelles feuilles se développent pour l’été et restent pour la plupart jusqu’à la fin de l’hiver suivant. Le rhizome s’étale lentement ce qui fait que la plante n’est jamais envahissante.

Très décoratives, les feuilles sont disposées en rosette formant une touffe dense qui ne dépasse guère 20 à 30cm de haut. Selon les cultivars, les feuilles peuvent être larges ou allongées, grandes ou petites, Elles sont rêches et velues et portent parfois des glandes ce qui les rendent poisseuses.

Une légende évoque l’aspect tacheté du feuillage de la pulmonaire. C’est lors de sa fuite en Egypte que la vierge Marie qui allaitait son fils Jésus fit tomber quelques gouttes de lait sur des feuilles de pulmonaire qui sont désormais maculées de blanc.

Pulmonaria Opal
Pulmonaria Rachel Vernie
Pulmonaria 'Diana Clare'
Pulmonaria Pink Dawn

Une surprise tapie dans l’ombre

L’exposition idéale pour la pulmonaire est mi ombragée avec du soleil le matin. La pulmonaire s’accommode cependant d’une petite période de sécheresse à l’ombre des arbres. Elles aiment toutes un sol humifère frais mais bien drainé car elles détestent l’humidité continuelle. Un sol ordinaire ou un peu enrichi de compost fait l’affaire. La plupart ne craignent pas le calcaire et elles se plaisent en particulier sur l’argile.

L’emplacement qu’elles préfèrent se situe sous les arbres et les taillis où elles trouvent l’humidité printanière nécessaire à leur bon développement. Et comme elles fleurissent tôt, elles reçoivent une lumière suffisante avant que les arbres n’aient leurs feuilles.

Pulmonaire

Un entretien limité

A la fin de l’hiver, je supprime les feuilles flétries afin de laisser la place à l’arrivée des jeunes tiges florales. Les nouvelles feuilles arrivent après la floraison. La plante ne demande ensuite aucun entretien mais on peut lui apporter chaque année du compost, des écorces compostées ou d’autres matières organiques.

Les jeunes pousses sont parfois grignotées par les limaces et les escargots. La maladie la plus courante chez la pulmonaire est l’oïdium qui frappe surtout par temps sec et très chaud. Elle se manifeste par des taches de poudre blanche sur les feuilles, taches d’abord isolées qui s’étendent et se rejoignent puis envahissent les tiges et même les inflorescences. La plante est rarement condamnée mais elle est cesse d’être décorative. Sa vigueur et sa floribondité s’en ressentent. La meilleure prévention, c’est de planter à l’ombre et de garder le sol humide.

Pulponaire

Division et semis spontanés

La pulmonaire de mon jardin se ressème volontiers un peu partout!  Beaucoup de nouveaux cultivars sont en fait des semis spontanés repérés par des jardiniers et des pépiniéristes à l’oeil exercé. Les plants obtenus par autosemis ont toutes les chances d’être des hybrides, donc variables. Seuls les espèces cultivées par semis en isolement sont fidèles au type.

Pour multiplier la plante, la méthode la plus facile est la division des souches. C’est aussi la bonne manière pour rajeunir une plante âgée. On divise la plante en automne ou après la floraison printanière. Certaines peuvent être partagées en de nombreux éclats, d’autres ne croissent que beaucoup plus lentement. Les petits éclats sont de préférence plantés en pot et gardés à l’abri pour la plantation en automne. Les gros éclats peuvent être mis directement en pleine terre.

La multiplication par boutures de racines peut se pratiquer sur les descendants de P. longifolia et P. saccharata. En automne, on prélève sur de jeunes racines vigoureuses des tronçons de 5cm que l’on installe dans un pot ou un plateau de compost drainant, pour les laisser hiverner dans un endroit frais, hors gel.

Pulmonaria angustifolia 'Blue Ensign'
Pulmonaria 'Milky Way'
Pulmonaria 'Milky Way'
Pulmonaria 'Bubble Gum'

L’Herbe aux poumons

La Pulmonaria officinalis est l’une des plus anciennes herbes médicinales. Cette espèce est un exemple de la pratique médiévale de traitement ‘per signaturam’, c’est à dire en fonction de la similarité. Son nom scientifique dérive du latin ‘pulmo’ qui veut dire poumons, auxquelles les feuilles ressemblent beaucoup par leurs formes. La ressemblance avec des poumons malades est accentuée par les taches blanches à leur surface.

Compte tenu de sa teneur élevée en mucilage, la pulmonaire est en effet adaptée aux pathologies respiratoires, en particulier de la bronchite chronique. On peut aussi l’employer en cas de maux de gorge et de mucosités bronchiques.

Les feuilles récoltées à la fin du printemps sont utilisées sous forme d’infusions et de tisanes. Elles doivent être étalées et séchées rapidement car un séchage lent et en couches les fait virer au brun et perdre de leur pouvoir. Dans les campagnes, on l’appelle aussi herbe au coeur ou herbe de tac, car il suffit, dit-on, de poser un tampon de ses feuilles fraîches écrasées sur la région du coeur pour en apaiser le rythme.

Pulmonaire

Pulmonaria, espèces et variétés

Le genre Pulmonaria fait partie de la famille botanique des Boraginaceae. La plupart, parmi la quinzaine d’espèces, sont des plantes vivaces des montagnes d’Europe orientale et elles sont parfaitement rustiques. On les plante à l’automne ou au printemps en comptant une plante tous les 20cm.

Pierre Lavallée, pépiniériste du Jardin du Beau Pays à Marck, dans le Nord de la France, s’est pris de passion pour les pulmonaires. Avec environ 70 variétés de Pulmonaria rustiques qui poussent sous tous les climats, c’est la plus grande collection de France. Les plantes sont mise en culture afin de comparer le feuillage, la floraison et le comportement de chaque variété. La collection sert d’étude et de mises à l’épreuve avant de sélectionner les plantes que Pierre propose dans sa pépinière. Voici une sélection de ses plus belles variétés.

Collection de pulmonaires

Pulmonaria angustifolia
La plante cultivée sous ce nom a un feuillage velu vert moyen à foncé, uni, qui forme de petites touffes épanouies de feuilles caduques plus ou moins lancéolées ou ovales. Les fleurs, larges, sont d’un bleu vif et viennent de mars à mai. Cette plante préfère une ombre légère sur un sol humide et drainant, acide à neutre. Les sols alcalins lui donnent la chlorose. Elle est facile à diviser. h. 30cm.

‘Diana Clare’ ,  très précoce, feuillage très lumineux blanc marginé de vert, bouton rouge cramoisi suivi de grandes corolles violettes avec trait rouge cramoisi

‘Azurea’, brillante et hâtive, fleurs bleu d’azur foncé issues de boutons roses et feuillage vert sombre sans taches.

‘Munstead Blue’, floraison précoce, petites fleurs bleu clair moins sombres que celles des autres cultivars. Obtenue par Gertrude Jekyll.

‘Dark Vader’, petite végétation près du sol, feuillage ponctué de blanc, belle fleur rouge aux larges corolles bleuissant, très coloré.

‘Lewis Palmer’, feuilles arrondies peu allongées, avec des points réguliers blanc-argenté, floraison en bouton rouge puis en larges corolles bleu-roi.

‘Ice Ballet’,  feuillage vert-sombre taché de blanc, fleur blanche.

‘Bubble Gum’, feuillage arrondi très pointillé de blanc, fleur rose

‘Blue Ensign’,  feuillage vert-sombre uni, floraison très précoce bleu intense en très larges corolles, magnifique.

Pulmonaria longifolia
Bien nommée pour ses longues feuilles caduques fortement maculées d’argent, cette pulmonaire forme une touffe compacte rampante de feuilles lancéolées étroites, vert foncé, portant des taches rondes d’un blanc argenté. De février à mai, les fleurs d’abord violettes deviennent bleu gentiane. Elle préfère un sol jamais sec, mais supporte le plein soleil et une brève période de sécheresse. Elle pousse mal à l’ombre. h. 30cm.

‘Margery Fish’, feuilles arrondies tachée de beaucoup de blanc, floraison précoce en bouton rose foncé puis large corolle bleu-violet intense. Beau feuillage jusqu’en automne.

ssp Cevennensis, feuilles longues et effilées, irrégulièrement et largement tachées de blanc, fleurs violettes au coloris intense

‘Marry Mottram’ , feuilles large et arrondies largement tachées de blanc avec une bordure vert sombre tachée.Très grandes corolles bleu violacé virant au rose.Plante très poussante qui garde un beau feuillage en automne.

‘Bertram Anderson’ , peu de feuilles en hiver, puis de longues feuilles allongées, petites fleurs bleu intense.

Pulmonaria mollis
Ce très beau couvre-sol, qui est la plus grande des pulmonaires, a besoin de place. Elle forme des touffes spectaculaires de feuilles caduques ovales vert foncé uni, légèrement velues très douces et non tachetées. En avril mai viennent de grandes fleurs en trompette d’un bleu intense virant souvent au rose violacé. On l’installe à la lumière ou à mi-ombre. Elle préfère un sol humide mais tolère mieux la sécheresse que d’autres pulmonaires. h.50cm.

‘Mrs Kittle’ , une belle végétation, étroites feuilles marbrées et mouchetées de blanc argenté, fleurs rose très pâle virant au bleu lavande clair.

Pulmonaria officinalis
Naturalisée dans les bois et les haies, c’est la seule pulmonaire qui tolère le plein soleil. Cette plante en touffe épanouie a des feuilles persistantes, ovales, soyeuses, tachetées de blanc. Les fleurs viennent de mars à mai en grappes roses à l’éclosion et virent au rouge violacé puis enfin bleues. h. 25cm.

‘Sissinghurst White’, variété populaire par son feuillage décoratif tacheté de blanc et ses fleurs blanc pur issues de boutons roses. Cette plante est distribuée par le jardin de Sissinghurst mais son origine est inconnue.

‘Raspberry Splash’, feuillages et tiges florales dressés au-dessus du sol, feuilles allongées vert-sombre tachées d’argent, fleurs rouge framboise-écrasée

‘Opal’, petite végétation arrondie, feuille largement tachée de blanc argenté, floraison tardive bleu-opale, un clin d’œil à notre Côte d’Opale

Pulmonaria rubra
Ce couvre-sol idéal vit spontanément dans les bois de hêtres, très humifères, établis sur un sous-sol généralement calcaire. Elle forme de belles touffes de rosettes persistantes de feuilles veloutées d’un vert tendre uni caractéristique. Très précoce, elle fleurit dès le mois de février à avril avec des fleurs rouge brique à rouge saumon vif. La plante exige un sol humide à l’ombre et ne supporte pas le sol sec. h. 40cm.

‘Red Start’, à fleurs rouge corail très lumineuses, c’est l’une des premières pulmonaires à fleurir.

‘Barfield Pink’, fleurs roses tendre rayées de blanc, variété robuste à feuillage plus large que celui de l’espèce.

Pulmonaria saccharata
Les touffes denses qui s’étalent bien forment des coussins tapissants de feuilles persistantes vert moyen, marbrées et mouchetées de grosses taches blanches parfois presque argentées. Les fleurs viennent de février à mai à partir de boutons roses ou violet rougeâtre et bleuissent progressivement. h. 30cm.

‘Pink Dawn’, un peu plus grande, fleurs roses foncé puis violettes, émet de grandes feuilles pourvues de nombreuses macules presque blanches.

‘Silver Bouquet’, feuilles presque blanches, argentées, bordure pointillé de vert, bouton floral rouge corail, puis fleur violet intense.

‘Victorian Brooch’, feuilles très larges tachées d’argent, floraison tardive mais intense en grandes corolles roses puis violettes

Pulmonaria vallarsae 
Elle forme des touffes de feuilles caduques vert foncé très mouchetées ou complètement blanches à bord ondulé. De mars à mai apparaissent des fleurs violettes devenant pourprées avec l’âge. Elles s’épanouissent sur des hampes tapissées de poils glanduleux et poisseux.

‘Margery Fish’, à feuilles vert argenté, fleurs rose corail à rouge violacé

Pépinières:

– Jardin du Beau Pays, 3091 avenue F. Mitterand, 62730 Marck, Nord Pas de Calais, France. www.jardindubeaupays.fr.

Pour découvrir le Jardin du Beau Pays, rendez-vous dans la rubrique Jardins France du nord.

– Stillingfleet Lodge Gardens & Nurseries, Stewart Lane, Stillingfleet, York YO19 6HP, Angleterre. www.stillingfleetlodgenurseries.co.uk

Crédit photos Agnès Pirlot et Pierre Lavallée

Reportage publié dans Les Jardins d’Eden 2015 (www.edenmagazine.be)

 

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