20 ans de journalisme,
la passion du voyage et des jardins.

Pierre Lavalée est un jeune pépiniériste qui associe avec beaucoup de sensibilité les plantes vivaces. Visite guidée de son Jardin du Beau Pays sur la côte d’Opale où les feuillages jouent les premiers rôles.

Des marais d’eau salée

Le Jardin du Beau Pays est situé à trois kilomètres de la mer. Il y a toujours de l’eau à Marck. «Mon grand-père pêchait ici des crevettes car pendant la guerre 40-45, les marais étaient envahis d’eau salée.»  Depuis trois générations, la famille de Pierre Lavalée exploite cette ferme entourée de 1,5 ha de jardins et d’étangs. Pierre n’a que 30 ans et il a commencé très jeune à collectionner des plantes. «Après des études horticoles et d’aménagement paysager, j’ai fait un stage au Vasterival et à la pépinière Hennebelle avant d’ouvrir en 2009 ma propre pépinière. J’ai développé un assortiment de vivaces sélectionnés pour la beauté de leur feuillage et leur facilité de culture en terrain ombragé ou ensoleillé dont une collection de pulmonaires que j’expose aux fêtes des plantes de Chantilly, Saint-Jean-de-Beauregard, Aywiers et Beervelde

Pierre Lavalée Jardin du Beau Pays

Un jardin protégé des embruns

C’est avec l’aide de ses parents que Pierre s’est lancé dans la création du Jardin du Beau Pays. C’est un étonnant jardin cloisonné de talus et de murets qui protègent les végétaux du vent qui vient de la côte. «J’ai constitué le jardin massif par massif, en les accompagnant de calades et de pavages. Pour structurer le jardin, j’ai dessiné une série de courbes, de cercles, d’ovales, bordés de briques mises sur champ ou de pierre qui soulignent les tracés.»

Le parcours sinueux des sentiers nous fait paraître le jardin beaucoup plus grand qu’il ne l’est et il nous entraîne dans une succession d’ambiances construites avec un grand souci du détail. Jardin ombragé, jardin gris, jardin sec, belvédère, mixed-border, chemin exotique… chaque thème rassemble une multitude de plantes vivaces parfaitement adaptées au terrain et à l’exposition, dans des mises en scènes soigneusement orchestrées.

Jardin du Beau Pays

Les verts tendres des sous bois

Un sentier qui serpente à l’ombre de grands arbres nous accueille dans le premier jardin animé par un petit bassin. «Dans cette parcelle ombragée, j’ai surtout joué sur les feuillages et les floraisons printanières.» Les Brunnera macrophylla, Euphorbia characias, Pulmonaria rubra ‘Redstart’ et Symphytum azureum jouent la vedette avant de céder la place aux fougères et aux multiples hostas.

Bordée de grands pins et de bouleaux, une clairière prolonge le sous-bois et sert d’écran visuel et de protection aux plantes plus sensibles au vent et au froid qui animent le centre du jardin. C’est un massif plein de fraîcheur qui décline la gamme des bleus et des blancs avec les fleurs en grappes dressées du Lysimachia ephemerum, la cardère Dipsacus sylvestris et la Lunaria annua, l’exquise Monnaie-du-Pape qui se ressème à tout vent.

Jardin Beau Pays
Jardin Beau Pays
Jardin Beau Pays
Jardin Beau Pays

La parcelle est enrichie pour l’été de rosiers. On y admire la floraison jaune abricot doux de ‘Ghislaine de Féligonde’ qui remonte jusqu’aux gelées. Et en face, ‘La Feuillerie’, un rosier à petites fleurs jaune très doux de Louis Lens, ou encore le rosier ‘William Morris’ de David Austin, à fleur très double rose abricot délicieusement parfumé.

Plus loin, un jardin rond est planté de vivaces à floraison blanche ou jaune, à feuillage doré ou panaché de blanc. Sous les cerisiers, une collection d’ Helleborus corsica, foetidus, niger, orientalis et torcatus trouve sa place parmi des touffes jaune or du Doronicum caucasicum et du Pastel des teinturiers, le Isatis tinctoria, une plante facile à cultiver qui fleurit au début de l’été en grands bouquets de petites fleurs jaunes. Elles se marient aux grappes blanches du Lysimachia cletroides et aux fleurs étoilées blanches du Gillenia trifoliata.

Pulmonaria Victorian Brooch
Pulmonaria Pink Dawn
Scrophularia auriculata 'Variegata'
Pulmonaria Opale

L’univers des pulmonaires

Le Jardin du Beau Pays est renommé pour sa collection de Pulmonaria, avec environ 70 variétés. Pierre Lavalée a choisi des plantes rustiques qui poussent sous tous les climats, de la France à la Belgique. Le feuillage semi-persistant joue toute la gamme des vert clair ou blanc argenté, pointillé, marginé ou tacheté. La floraison des pulmonaires qui s’étale de début février pour les plus précoces à mai juin pour les plus tardives développe des petites clochettes rouges ou blanches virant au bleu violet.

«Les pulmonaires se plaisent en sol ordinaire de jardin, ou un peu enrichi de compost et qui garde un peu d’humidité. L’exposition idéale est mi ombragée, avec du soleil le matin. Elle s’accommode cependant d’une petite période de sécheresse à l’ombre des arbres. Ces caractères en font une plante très adaptable à un grand nombre de situations.» Mise en culture afin de comparer le feuillage, la floraison et le comportement de chaque variété, la collection sert d’étude et de mise à l’épreuve avant de sélectionner les plantes que Pierre proposera dans la pépinière.

Jardin du Beau Pays

Les gris et argent du plein soleil

Inspiré par les jardins d’outre Manche, une série de jardins secs réunit des plantes vivaces, bisannuelles ou des arbrisseaux amoureux du soleil. Bien abrité par de hauts murs, le jardin gris accueille les touffes laineuses du Stachys byzantina, l’ Ozothamnus rosmarinifolius ‘Silver Jubilee’, un arbrisseau au feuillage gris argenté qui pousse sur les sols rocailleux et les landes ou les Astelia chathamica ‘Silver Spear’ et Astelia nervosa ‘Silver Queen’, des plantes originaires de Nouvelle Zéelande.

Dominée par un belvédère, une grande rocaille installée sur un talus a été aménagée pour protéger le reste du jardin des vents froids et secs du Nord. «Je l’ai créée il y a trois ans. Les plantations s’organisent peu à peu dans ce terrain pauvre et très ensoleillé. Les chemins ont trouvé leur place presque définitive et serpentent entre les arbustes et les vivaces ou les plantes bisannuelles qui s’installent où bon leur semble. La plupart nous viennent des pays chauds.»

Que de belles associations! Disséminés sur les talus avec la plus grande fantaisie, on découvre les épis saumon de l’ Echium boissieri qui s’associent aux fleurs roses pourpré de l ’Armeria juniperifolia, les capitules bleu violacé du chardon laineux Galactites tomentosa, les chandelles dressées du Bouillon-blanc Verbascum thapsus et le feuillage duveteux de la sauge dorée Salvia officinalis ‘Aurea’.

Jardin Beau Pays
Jardin Beau Pays
Jardin Beau Pays

Le jardin gravier

Le dry garden est un jardin de gravier qui entoure une pièce d’eau. On y trouve une collection de vivaces qui redoutent un sol humide, des phlomis, des chardons, des molènes… «J’ai surtout joué sur le thème des feuillages dorés et argentés ou silver and sulfur.» C’est le royaume des molènes, Verbascum album, bombyciferum, expianum, nigrum et olympicum, des origans, Origanum vulgare et rotundifolia et des euphorbes, Euphorbia cyparissias et myrsinites.

Entouré d’if, un jardin ovale est également d’inspiration argenté et pourpre, tant pour les feuillages que pour les floraisons. Bien abrité du froid, il accueille des plantes fragiles tels l’ Echium pininana, une vivace éphémère originaire des Iles Canaries et qui peut monter jusqu’à 4 mètres de haut et le chou-marin, Crambe maritima, une plante qui se plaît particulièrement en bord de mer.

Jardin Beau Pays
Jardin beau Pays
Jardin Beau Pays

Le rond des planètes

L’incroyable diversité végétale du jardin est complétée par une réflexion élaborée sur l’architecture et le décor minéral qui mettent en scène les différentes parties du jardin. «Le rond des planètes est inspiré par le système solaire. Le rond central en pierre et galets évoque le soleil autour duquel gravitent les planètes et leurs satellites. Les feuillages pourpres sont éclairés par les feuillages plus clairs, panachés de blanc, comme le jour et la nuit ou l’ombre et la lumière.»

Plus classique, un long chemin en gazon est bordé par une double plate-bande de vivaces et d’arbustes. Transparent en hiver, il s’éclaire au printemps grâce à de nombreux bulbes puis il s’opacifie peu à peu avec la croissance des rosiers et des vivaces qui fleurissent en été.

Jardin Beau Pays
Jardin Beau Pays

Le jardin anglais

Plus loin, le jardin anglais est dessiné en courbes sinueuses avec des feuillages pourpres et dorés. Il possède en son centre un vieil érable pris d’assaut par une Clematis montana et un rosier grimpant ‘Aviateur Blériot’ qui porte au début de l’été d’abondantes petites fleurs doubles, abricot clair devenant ivoire, délicatement parfumées. Pierre attire notre attention sur un Heptacodium miconioides (syn. jasmoides.). «C’est un des meilleurs arbustes découverts ces quinze dernières années. Très rustique au froid, de croissance rapide, il peut être considéré comme un petit arbre. Il est intéressant de le faire pousser avec plusieurs troncs car le bois est décoratif avec une écorce beige qui s’exfolie en longue lanières. La floraison a lieu à la fin de l’été, avec des fleurs blanches parfumées qui attirent les abeilles et les papillons. Et il reste décoratif jusqu’en novembre par ses calices qui rougissent avec le froid.»

Jardin du Beau Pays

Le chemin exotique

Parcouru par une allée sinueuse en briques roses qui escalade une petite butte, un chemin exotique s’est installé près de la maison. Protégé du vent, de la pluie et du froid par des pins, c’est l’endroit le plus chaud du jardin où se sont installées des plantes en limite de rusticité pour le climat de cette région, des Crambe cordifolia et maritima, Echium russian, Erymgium agaveifolium, Ferula communis.

En été, une série de plantes en pot, des Agapanthus, Agave, Aloe, Cordyline australis, Aeonium arboreum profitent du soleil. Cette parcelle est prolongée par une petite pièce d’eau envahie par le large feuillage d’un Gunnera manicata et de rhubarbes décoratives, Rheum officinalis et Rheum palmatum ‘Atrosanguineum’. Ces plantes volumineuses forment un contraste avec la silhouette élégante d’un Acer palmatum ‘Atropurpureum’ et les écorces décoratives des bouleaux Betula albosinensis ‘Princesse Sturdza’ et Betula utilis ‘Jacquemontii’.

Jardin du Beau Pays

Serre des plantes australes

Passage obligé entre l’Europe et les terres lointaines, un vieux saule têtard monte la garde auprès d’une mare qui servait d’abreuvoir pour le bétail. Dans ce passage sombre et frais, une longue passerelle nous mène vers la dernière partie de notre visite, la serre de plantes d’Australie, de Tasmanie et de Nouvelle-Zélande. «Nous avons utilisé des matériaux recyclés, une structure en métal avec une double parois en plastique gonflée par de l’air pulsé qui est un très bon isolant. L’hiver, la serre est mise hors gel par un petit chauffage.»

Habitée par de joyeuses perruches, la serre du Jardin du Beau Pays est un espace d’une grande richesse botanique qui fait voyager le visiteur dans un autre hémisphère. Une ligne de Cordyline australis partage l’espace en deux écosystèmes. Une zone plutôt sèche plantée de Grevillea, Prostanthera, Callistemon s’installe à côté d’un vallon humide de fougères arborescentes, Dicksonia antartica et fibrosa. On se croirait dans une forêt primaire avec des Wollemia nobilis, Pseudopanax ferox et une cascade couverte d’un tapis d’helxine, Soleirolia soleirolii. Une zone de transition accueille des Phormium, Pittosporum tenuifolium, Olearia, Drymis aromatica, Dodonea purpurea… Protégé du vent et de la pluie, chauffé et éclairé, cet endroit magique permet des visites par tous les temps, été comme hiver, de jour comme nuit. Il est ouvert pour les nocturnes.

Jardin du Beau Pays

Jardin du Beau Pays

Jardin pépinière. Avenue F. Mitterrand 3091, 62730 Marck (entre Calais et Gravelines). Jardin paysager, pépinière de plantes vivaces, serre australe et salon de thé. www.jardindubeaupays.fr

Reportage publié dans les Jardins d’Eden en 2015 (www.edenmagazine.be)

 

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