20 ans de journalisme,
la passion du voyage et des jardins.

Poète et artiste peintre, Michèle Purnal croit aux fées. Elle m’a emmenée dans son pays imaginaire où le temps semble s’être arrêté aux portes de l’enfance.

Le Jardin d’Alice

C’est en visitant le merveilleux Jardin d’Alice que j’ai rencontré Michèle Purnal, une artiste aux doigts verts. S’ouvrant sur la jolie vallée brabançonne du Pinchart, son jardin empli de roses et de fleurs sauvages porte le nom d’Alice. Michèle à prit sa plume pour nous faire revivre l’histoire de cette petite fille couronnée de fleurs qui se perdit un jour au bord d’un étang. Finalement, on finira par croire aux fées….

Jardin d'Alice par Michèle Purnal

Il était une fois…

« Il était une fois dans ce royaume, en un autre temps, une forêt peuplée de géants, hauts arbres aux cimes couronnées de nuages et d’oiseaux entremêlant leurs branches aux chants joyeux des vents, du tendre souffle printanier à la blanche brise d’hiver. Ces géants protégeaient dans leur coeur une maison claire où grimpaient le lierre et les roses dans les clochetons jusqu’au pied d’une girouette qui s’agitait inquiète, regardant au loin comme soeur Anne la route qui poudroie et l’herbe qui verdoie.

Descendant du ciel en spectateur invisible, nous voyons une fillette, et comme nous sommes hors du temps, nous la voyons à tous les âges de sa vie blonde et fleurie, cueillant gerbes, petits bouquets et couronnes, dansant dans le cercle magique des hauts peupliers, là-bas à droite de la maison, se promenant dans un petit attelage conduit par un gros mouton blanc aux rubans bleus.

Nous la voyons jeune fille avec ses cheveux clairs, ses yeux de mer, son teint de lys et sa vie secrète à l’abri des bois. Au bord du lac, elle se penche vers les nénuphars, corolles blanches, captives et mobiles à la fois, et que le flot guidé par le vent soulève doucement. L’aube naissait, le brouillard se levait lentement, accrochant ses flocons aux branches des saules et aux tiges des roseaux. Les oiseaux se taisaient, le calme triste d’un matin d’automne planait. Voyez ! Elle se penche au dessus de l’eau limpide, les nénuphars semblent fuir, soulevés par les mouvements de l’onde. Elle tend la main, encore un effort, elle va enfin saisir les fleurs tant convoitées, mais soudain elle perd pied et glisse dans le lac qui referme doucement sur elle ses flots.

C’est ainsi qu’il y eut une fleur de moins sur la surface de l’eau redevenue lisse et tranquille alors que la brume qui recouvrait la terre se dissipa. Voici l’histoire d’Alice qui depuis ce jour, dans son éternelle jeunesse, veille et protège ceux qui croient aux fées et aux esprits des bois.

La vieille demeure a été vendue avec ses prés, ses bois et ses forêts. Ses habitants sont partis. Ils mirent longtemps à trouver la maison et y plantèrent des rosiers. Cinquante ans ont passé. Les rosiers se sont mariés et ont eu des enfants qui ont rempli le jardin, envahissant les murs, grimpant aux arbres fruitiers, semant dans l’air pétales et parfums et notre âme. Notre âme n’est-elle pas un air qui nous soutient, un souffle qui enveloppe le monde tout entier. Le vent pousse les nuages qui portent la pluie et sèment les graines pour que fleurissent de nouveaux printemps. Nous-mêmes avant de rendre notre dernier souffle respirons cet air. Quelle coopération merveilleuse, plantes et animaux inhalant chacun ce que les autres exhalent, sorte de réanimation mutuelle par un bouche-à-bouche planétaire, un cycle harmonieux.

Faire un jardin, c’est participer à une cérémonie initiatique. C’est méditer sur le sens des choses, ni naissance, ni mort, la vie confuse en métamorphose sans fin. Voir les jours et les nuits, attendre l’aurore, espérer le retour de la lumière, la délivrance, la résurrection du jour de chaque jour. Vivre, manger pour vivre, manger pas seulement le pain et les fruits, mais se nourrir de ce qu’ils représentent, le grain germé qui voit les saisons, les jours et les nuits, les vents et les pluies. Sentir vivre la terre et l’espace et tout ce qui remue et tout ce qui vit, même tout ce qui paraît mort, jusqu’au tissu des pierres.

Toutes ces pensées au fil des heures et des jours et du temps, la saisie éphémère de ces instants prêts à être oubliés, à jamais inoubliables. Les chants d’oiseaux, les gouttes d’eau qui tombent et qui ne demandent à durer qu’à peine leur temps, bientôt effacées, présents pour toujours. S’il m’était possible de faire un souhait de paix et de bonheur à l’humanité, je souhaiterais à chacun de faire un petit jardin. Les ondes bénéfiques sont partout et les mauvaises énergies qui nous agressent quand on a mal à la vie disparaissent dans la terre.

En écrivant, je vois une rose effeuillée et je pense aux paniers remplis de ces pétales qui couvrent le sol et que je ramasse pour faire la plus magique et la plus délicieuse des confitures. La recette en est simple. Il faut des milliers de pétales parfumés et, par sirops successifs, on arrive à une saturation des parfums. Il reste alors à cuire ce sirop avec du sucre. En ramassant ces pétales, il y a tant de choses à voir ; la lumière qui irise le velouté des fleurs, les pétales tombant mollement en neige rose parfumée pour recouvrir le sol et les souvenirs…

Il y a encore tant à dire, mais en regardant ma pendule en bronze arrêtée depuis bien longtemps, surchargée de bergers et de bergères s’agrippant les uns aux autres pour ne pas tomber dans le temps qui passe, je vois, amis qu’il est l’heure de vous quitter. Permettez-moi un mot encore. Les choses importantes de la vie ne s’achètent pas, aussi riche soit-on. Elles nous sont données et nous les portons tous en nous. Il suffit d’aimer et de le dire avec ses mots et ses gestes à soi et faire un petit jardin, offert comme une déclaration d’amour à l’univers et à l’humanité. Ami d’un moment, je vous dis au revoir et bonne vie. »     Michèle Purnal. Limelette, le 19 juin.

Pour découvrir le Jardin d’Alice, rendez-vous dans la rubrique Jardins, Belgique.

 

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