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la passion du voyage et des jardins.

Le Jardin d’Alice se découvre comme un poème où les plantes s’assemblent et se parlent. En juin, il s’emplit d’un parfum enivrant, source d’inspiration pour deux artistes peintres.

Un poétique abandon

La maison d’enfance de Michèle était abandonnée depuis plusieurs années. Une vieille grille en protégeait l’entrée. De part et d’autre de celle-ci deux vénérables pommiers semblaient veiller tels de bons gardiens sur le repos du lieu. Tout respirait un poétique abandon empreint de la nostalgie d’un passé généreux. Dans un enchevêtrement de lianes sarmenteuses, d’anciens rosiers wichuraiana colonisaient le fond du jardin. Au pied de la maison, grimpant haut et fort comme un arbre, un splendide rosier ‘Papa Meilland’ couvrait la façade sud, offrant de belles roses Thé rouge sang.

Jardin d'Alice
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Une couronne de fleurs et d’épines

Les roses sont aujourd’hui les reines du Jardin d’Alice. Vous les trouverez partout, en buissons énormes, en bordure du chemin, au sommet des arbres ou dans le verger, formant autour de la maison de Michèle Purnal et Alain Thorez une couronne de fleurs et d’épines qui les protège et les ensorcelle. La collection féerique regroupe aujourd’hui dans le jardin plus de cent cinquante rosiers anciens. Michèle et Alain, poètes et artistes peintres, réfutent l’idée de collection, évoquant une image trop botanique. Ils préfèrent parler de fascination pour les roses, source d’inspiration et d’émotion.

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Des rosiers oubliés

Découverts aux détours de la vie et des chemins, les rosiers du jardin ont tous une histoire. Ainsi cette rencontre d’Alain avec une rose merveilleuse surgissant de ronciers, alors qu’il cherchait dans la campagne environnante une paysage pour sa peinture. Sa beauté était telle qu’elle lui fit l’effet d’un coup de foudre. Il s’agissait du rosier ‘Cuisse de Nymphe émue’, un rosier alba qui porte des fleurs joufflues d’un adorable rose carné. L’arbuste s’était marcotté sur un talus, tout au long d’un chemin de rogations menant à une chapelle mariale.

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Au fil de la promenade, on découvre l’élégant rosier mousseux ‘Blanche Moreau’ au feuillage délicat et au parfum suave et ‘Parfum de l’Haÿ’, un généreux rosier rugosa velouté et parfumé, rouge intense aux reflets cramoisis. Plus loin on admire ‘Madame Isaac Pereire’, le plus robuste de tous les rosiers Bourbon, aux grandes fleurs rouge carmin et ‘Souvenir de la Malmaison’, un buisson plein de ramilles couvert de grandes fleurs odorantes, d’un rose très pâle bordé de fauve.

Jardin d'Alice
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Des plantes vagabondes

Dans le Jardin d’Alice, tout est métamorphose. Naissant d’associations inattendues, les fleurs sauvages arrivent comme un cadeau, puis disparaissent. Le colza jaune du printemps, les coquelicots et les marguerites des champs et les bleuets en graines récoltés en graines sur le chemin de Compostelle tapissent le chemin en gravier et se mêlent aux rosiers buissonnants. Les digitales, les cosmos et les ancolies colonisent les massifs par centaines. Il y a même des gerbes de blé qui surgissent à l’endroit où se sont nichés quelques épis à la fin de l’été.

Jardin d'Alice
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Surprises multicolores

Au gré du vent, de la caresse des abeilles ou du pinceau pollinisateur de Michèle, des hybridations de fleurs annuelles offrent chaque année de nouvelles surprises. Les premières ancolies étaient bleues. Elles se sont panachées de violet, de rouge foncé, de rose pâle, de blanc, puis ornées de fleurs bicolores, doubles et même triples… Portées par de longs épis, les fleurs des delphiniums sont tantôt rose lilas, mauves ou bleu azur, réunies en grappes aériennes ou en coupes serrées d’inflorescences largement ouvertes. Le mariage des coquelicots et des pavots donne chaque année une descendance bariolée dans toute la palette des rouges et des roses, à fleurs simples, bordées d’un fin liseré ou joufflues comme des pivoines.

Jardin d'Alice
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La danse de la création

Durant la belle saison, le jardin est peuplé d’insectes. Certains se dressent comme des samouraï, avec des antennes immenses qui forment un ballet ailé autour des érables. A la floraison de la rhubarbe, c’est le grand moment de la copulation de la punaise des bois. Des milliers de couples s’ébattent sur les fleurs. Les abeilles qui surgissent de la terre dès les premiers beaux jours du printemps ne sont pas farouches. Michèle caresse doucement leur fourrure veloutée lorsqu’elles se posent sur une inflorescence.

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Le jardin devient temple

Le Jardin d’Alice se découvre comme un paysage irisé de Monet. C’est une promenade à travers de petites îles de beauté, des chambres de verdure avec chacune leur histoire, des rencontres particulières et précieuses. Nous sommes dans le domaine du sacré où la nature s’exprime dans un langage empli de symboles, tels la rosée, perles précieuses que l’on ne peut posséder, la caresse du vent et du soleil ou le velouté des pétales de roses tombant en neige parfumée. A ce titre, le jardin devient temple, un lieu d’éveil. Y vivre et y jardiner se vit comme un rituel initiatique, une immersion dans l’infinie et merveilleuse poésie du monde.

Jardin d'Alice
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Quand le temps s’arrête

Le jardin a la vertu de suspendre le temps des hommes. On n’est plus dans le siècle, mais on est dans la durée. Le temps s’écoule au rythme de la nature. C’est un temps biologique où sont étroitement liés la vie et la mort, l’animé et l’inanimé, le ciel et la terre s’accordant dans ce corps organique nommé jardin. Pour Michèle et Alain, le jardin est un atelier à ciel ouvert, une source de vitalité mais aussi d’inspiration. Plus tard, il sera bien difficile de quitter ce jardin. Michèle et Alain s’imaginent pourtant ne pas s’envoler tout à fait. Leur âme restera accrochée à la cime d’un arbre, se balançant sous la caresse du vent.

Jardin d’Alice    Pour découvrir l’histoire d’Alice racontée par Michèle Purnal, rendez-vous dans la rubrique Découvertes, Portrait

 

 

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