Considéré comme une sorte de «Champollion belge», Jean Capart fut une figure-clé de l’égyptologie belge durant la première moitié du 20e siècle.

 

L’égyptologie belge

Jean Capart naît à Bruxelles le 21 février 1877. A cette époque, la Belgique ne témoigne qu’un intérêt modéré pour l’Egypte. La séparation entre les provinces du nord et du sud de l’ancien Royaume Uni des Pays-Bas en 1830 a privé le pays des collections égyptiennes de l’Université de Leyde. Le roi Léopold II s’intéresse plus au Congo qu’à l’Egypte. «L’homme, explique-t-il lui-même, doit choisir. Nos facultés sont restreintes. Nous ne pouvons tout embrasser. Je jette volontiers un coup d’oeil sur le passé, mais j’appartiens par goût, devoir et position au siècle présent. La culture du coton, du café, du tabac, du sucre m’intéresse plus que les hauts faits de Sésostris ou Ramsès».

Hatchepsout transformé en Thoutmosis II, calcaire peint, Deir el-Bahari, Nouvel Empire, 18e dynastie, vers 1472-1457 av. J.-C.

La naissance d’une vocation

La passion pour l’Egypte apparaît chez Jean Capart à l’âge de dix ans au retour d’un voyage effectué dans ce pays par son oncle et sa tante maternels. A 15 ans, son professeur d’histoire lui prête «Les Lectures historiques» de Gaston Maspero. Lorsqu’il termine ses études secondaires en 1893, Capart sait déjà qu’il consacrera sa vie à l’Egypte ancienne. A la fin de son doctorat en droit, Capart étudie la langue copte. Il fréquente assidûment le musée du Cinquantenaire où il met de l’ordre dans la petite collection égyptienne. Joseph Destrée, conservateur de la section des antiquités du musée dira de lui: «J’ai pu constater que ce jeune homme avait des aptitudes remarquables. Quoique débutant en égyptologie, il possède déjà un certain fonds de connaissance. Il a du discernement, de la perspicacité et un grand zèle. Il est donc de notre devoir d’encourager ses efforts. Bien secondé, M. Capart serait à même de tirer de l’obscurité notre modeste collection égyptienne. Il fera mieux, il l’enrichira.»

Jean Capart dans la Galerie courbe du Musée du Cinquantenaire à Bruxelles en 1897 derrière les cercueils de la ‘Deuxième Cachette’ de Deir el-Bahari.

Gaston Maspero, son mentor

Capart correspond avec Gaston Maspero, directeur général du Service des Antiquités de l’Egypte et du Musée égyptien du Caire et figure emblématique de l’égyptologie française et mondiale. «J’ai dû, au début de mes études, travailler absolument seul et sans guide. Ce sont les livres de Gaston Maspero qui ont éveillé mon enthousiasme et qui ont été ma direction constante.» Au printemps 1897, Capart participe au Congrès des Orientalistes de Paris. Il y crée un véritable réseau de relations. Après la parution de ses ‘Notes sur les origines de l’Egypte, d’après les fouilles récentes’, Maspero lui écrit: «Tout cela passionne et il y a là un champ d’histoire nouveau qui s’ouvre devant nous. Que de choses il nous reste à découvrir et que ceux qui ont vingt ans, comme vous, sont heureux! Ils verront un monde que nous aurons à peine entrevu de loin.»

Statue de lion assis, en calcaire, probablement Basse Epoque ou Epoque Ptolémaïque, vers 515-30 av. J.-C.

Un Champollion belge

Jean Capart est très tôt perçu par les égyptologues étrangers comme une sorte de Champollion belge. «M. Capart, écrit Maspero dans la ‘Revue critique de Paris’, est un jeune homme qui, tout en finissant ses études à l’Université de Bruxelles, s’est adonné aux hiéroglyphes avec une passion tenace. Il n’a pas encore eu le loisir d’achever des mémoires originaux, mais dans les résumés qu’il a écrits de doctrines courantes en égyptologie, il a déployé une facilité d’exposition, une netteté de critique et d’une science qui font bien augurer de lui pour l’avenir.»

Bracelet ou collier en cornaline, faïence, pâte de verre et agathe corallienne, Nouvel Empire, 19-20e dynastie, vers 1298-1069

Leyde, Bonn et Londres

Sans réelle formation en égyptologie, Capart remporte une bourse pour étudier à l’étranger. Son périple le mène au Rijksmuseum van Oudheden de Leyde aux Pays-bas, puis en Allemagne, à Berlin, Dresde, Munich, Francfort. En 1898 à Bonn, il suit les cours du professeur Karl-Alfred Wiedemann qui lui enseigne la langue égyptienne, l’histoire de l’art égyptien, l’histoire de la civilisation égyptienne et l’histoire de l’égyptologie en rapport avec les sciences bibliques. En mai 1899, un séjour à Paris sera l’occasion de suivre les cours de Gaston Maspero à l’Ecole du Louvre et d’approfondir sa connaissance du département égyptien du Louvre.

Affiche annonçant une conférence de Jean Capart au Metropolitan Museum.

Conservateur des antiquités égyptiennes

Capart n’est âgé que de 23 ans lorsqu’il est nommé en janvier 1900 conservateur-adjoint des Musées Royaux des Arts Décoratifs et Industriels de Bruxelles avec pour mission de développer la section égyptienne. En 1901, Capart devient membre honoraire de l’Institut égyptien du Caire. Chargé de cours d’égyptologie à l’Université de l’Etat à Liège à l’âge de 25 ans, Capart ouvre la voie à un enseignement officiel de l’égyptologie en Belgique. Au fil des ans, il va donner des conférences qui attirent des foules de plus en plus nombreuses. Un journaliste dira «Monsieur Capart est un savant qui vous parle ‘humano modo’ sans prendre ses auditeurs pour des sauvages ni pour des érudits. Il a trouvé le juste milieu et il intéresse, ne répugnant d’ailleurs pas à l’anecdote savoureuse et exemplative qui met si bien le public en forme pour comprendre.»

Caisses de transport en bois, fin 19e – début 20e siècle.

Egypt Exploration Fund

Dès 1900, une des premières initiatives de Jean Capart est d’obtenir que les Musées du Cinquantenaire souscrivent financièrement aux fouilles entreprises en Egypte par les archéologues anglais de l’Egypt Exloration Fund (EFF, l’ancêtre de l’actuelle Egypt Exploration Society EES). A cette époque, le Service des Antiquités de l’Egypte permettait aux missions archéologiques d’emporter une part des objets recueillis au cours de leurs fouilles. Ceux-ci étaient ensuite répartis entre les institutions et musées qui avaient contribué au financement de la campagne, en proportion de leur investissement. Cette politique porta ses fruits puisque, jusqu’à la fin des années 30, Jean Capart put acquérir pour la collection égyptienne des lots très importants d’objets provenant de tous les sites archéologiques les plus prestigieux d’Egypte, Abydos, Memphis, Gourob, Meidoum, Deir Rifeh, Deir el-Bahari ou Amarna, la capitale du roi Akhenaton, ainsi que de divers sites de Nubie. La plus grande part des collections égyptiennes des Musées Royaux d’Art et d’Histoire provient ainsi des fouilles anglaises, bien documentées.

 

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webCaisses d'antiquités au Musée du Cinquantenaire (2)
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C’est Jean Capart, alors jeune conservateur-adjoint, qui fait l’acquisition à Paris en 1904-1905 de ces caisses en bois pour transporter vers les Musées une partie des 50.000 fragments de vase en pierre provenant de la nécropole royale d’Abydos, la ville sainte d’Osiris en Haute-Egypte. Les caisses contenaient à l’origine de l’huile pour les lampes, provenant de la Mer Noire.

Bibliothèque de l’Antiquité

Jean Capart consacre toute ses économies à acheter des livres sur l’Egypte, du «Voyage en Haute et Basse Egypte» de Dominique Vivant Denon à la «Grammaire égyptienne» de Jean-François Champollion. En 1901, sa bibliothèque compte un millier d’ouvrages et une dizaine de collections de revues en cours de publication. Il en fait don à l’Etat belge, à charge pour ce dernier de continuer à l’enrichir. Ainsi voit le jour le Bibliothèque du Musée du Cinquantenaire, l’une des plus riches bibliothèques égyptologiques et papyrologiques au monde. En 1907, l’égyptologue français Alexandre Moret la décrit déjà comme «un des meilleurs laboratoires d’égyptologie.»

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La photothèque du musée

Maspero accordait une grande importance à la photographie. «On ne saurait trop ni trop tôt publier et photographier les monuments. C’est les sauver contre l’anéantissement.» Armé d’un appareil stéréoscopie Bellieni, Capart prend des milliers de clichés au cours de ses nombreux voyages en Egypte, de la Vallée du Nil jusqu’en Nubie. La photothèque du musée rassemble les clichés de tous les sites archéologiques et des trésors du monde entier. «Laissons ceux qui ont la responsabilité des ruines mettre tout en oeuvre pour les conserver le plus longtemps possible à l’admiration des voyageurs…. Mais en même temps, efforçons-nous par des photographies, des moulages et des publications, d’en assurer un souvenir indestructible.» Les Musées royaux d’art et d’histoire de Bruxelles conservent une collection de 14.000 clichés sur plaques en verre photographiques rassemblées par Jean Capart et ses collaborateurs. Ces documents offrent un regard unique et précieux sur les sites archéologiques en cours de fouille, pendant la première moitié du 20e siècle.

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Des moulages d’objets pharaoniques

Dès son entrée en fonction aux Musées royaux d’Art et d’Histoire, Jean Capart acquiert des reproductions d’objets pharaoniques, notamment de palettes prédynastiques. Ces acquisitions de moulages s’accélèrent dans les années 30 selon le désir de Capart de créer à Bruxelles une grande collection de sculptures égyptiennes. Des moulages sont ainsi commandés aux musées de Berlin, du Caire ou du Louvre. D’autres, exposés dans le pavillon égyptien de l’Exposition Internationale de Liège en 1930, sont offerts au Musée par le gouvernement égyptien. Il acquiert ainsi une importante collection d’objets qui constituent une sorte de musée global des plus belles productions de l’art égyptien.

Moulage de sculpture égyptienne

Les moulages de sculptures amarniennes forment un ensemble très important. En 1933, ils font l’objet d’une exposition temporaire intitulée ‘Quelques aspects de l’art d’Amarnah’ organisée à l’occasion du dixième anniversaire de la Fondation Egyptologique Reine Elisabeth.

Vitrines avec une sélection de moulages de sculptures égyptiennes.

Une question d’éthique

Capart convainc un grand nombre de personnalités, hommes d’affaires, industriels ou rentiers, de l’aider à acquérir des objets pour la collection égyptienne. Il fréquente assidûment les grandes ventes publiques d’antiquités et surtout celles où sont proposées d’importantes collections d’objets égyptiens. Malgré les moyens limités dont il dispose, bien inférieurs à ceux des grands musées, il peut acquérir dans ces ventes, pour le Musée, plusieurs centaines d’objets de nature très diverse. Il ne va jamais acheter ces antiquités en son nom personnel et il refusera tout cadeau. Tout comme pour les livres de sa bibliothèque, il ne veut pas se retrouver un jour en situation déloyale vis-à-vis de son musée. «Le meilleur moyen de résister à la tentation pour un conservateur d’antiquités, c’est de renoncer à se constituer une collection personnelle.» 

Statue d’homme en bois, Moyen-Empire, vers 2066-1650 av. J.-C.

 

Concernant la provenance des antiquités, la législation sur les fouilles et la vente des antiquités étaient à l’époque assez floues. Face à des pièces d’origine douteuse, Capart ne se pose pas plus de questions que ses collègues conservateurs de musées. Mais pour autant, il n’entend pas abuser de la situation, bien au contraire. Les objets issus de fouilles régulières et scientifiques constituent aujourd’hui la majeure partie de la collection des Musées Royaux du Cinquantenaire, une spécificité particulièrement précieuse pour les chercheurs. En effet, un document retrouvé dans son contexte archéologique est bien plus éloquent qu’un objet dont l’origine est inconnue.

Bas-relief en calcaire de la reine Tiyi, Nouvel Empire, 18e dynastie.

Découvert par Howard Carter, ce bas-relief de la reine Tiyi provient de la tombe du directeur du harem royal Ouserhat. Probablement dérobé dans la nécropole thébaine et proposé dans le catalogue de la vente Philip, Jean Capart s’en porte acquéreur en 1905 pour un prix modique. Il représente la reine Tiyi dans une scène où le couple royal reçoit l’hommage du défunt. Le visage juvénile de la reine tout en raffinement, douceur et élégance est caractéristique du règne d’Amenhotep III. C’est une des plus belles acquisitions du musée.

Le baron Empain

Le baron Edouard Empain (1852-1929) fut un important mécène du musée. Il est le concepteur de la cité nouvelle d’Héliopolis, le quartier résidentiel luxueux du Caire, ainsi que du tramways de la ville. Grâce au soutien du baron Empain, Capart peut acquérir de nombreux objets chez les antiquaires du Caire et de Louxor.

Déesse à tête de spatule en calcaire peint, Basse Epoque, vers 525-332 av. J.-C.

Capart a acheté le relief de cette déesse à tête de spatule en 1907 chez Maurice Nahman, grâce à un don du baron Empain. On ignore le nom de cette étrange déesse. Sa tête prolongée par une ample perruque est celle d’un échassier d’Afrique, Platalea alba, qui pouvait être observé par les anciens Egyptiens dans les roselières qui bordaient le Nil.

Mastaba de Neferirtenef

En 1905, Jean Capart se rend à Saqqara dans la nécropole de l’ancienne capitale Memphis. Il procède au désensablement et à l’exhumation du mastaba de Neferirtenef, un haut fonctionnaire de la 5e dynastie. Offert par le baron Empain à l’Etat belge, ce monument qui arrive en blocs démontées en 1906 au Cinquantenaire est une des pièces maîtresses de la collection égyptienne du musée.

Arrivée des caisses contenant les blocs décorés de la chapelle funéraire de Neferirtenef à l’entrée de l’aile sud du Palais du Cinquantenaire à Bruxelles, 1906

 

Les faux scarabées de Néchao

En mai 1908, Capart est contacté par la veuve et le fils de l’égyptologue français Urbain Bouriant qui lui proposent d’acquérir deux scarabés de dimensions exceptionnelles qui portent sur le plat un texte qui semble être de la 26e dynastie. Capart, persuadé d’avoir découvert des documents exceptionnels, pousse les musées à acquérir les scarabées qui entrent dans les collections en juin 1908. Malheureusement, dès le mois d’août, à l’occasion d’un congrès tenu à Berlin, les scarabés s’avèrent être des faux. Leurs textes ont été forgés de toutes pièces par le fils de l’égyptologue Bouriant. Capart est dès lors forcé de reconnaître son erreur. Plus tard, quand on lui parlera de cette mésaventure, il répondra avec humour et modestie: «Memento, homo, quia pulvis es», Rappelle-toi que tu n’es que poussière…

Les faux scarabées de Néchao 1908

L’égyptologue et la reine des Belges

L’avènement en 1909 du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth inaugure une ère nouvelle. La reine des belges se pose elle-même en protectrice des sciences, des arts et de la culture. Sa passion pour l’égyptologie serait apparue dans sa jeunesse alors qu’elle n’était encore que duchesse en Bavière au cours d’une croisière en Méditerranée vers 1891 effectuée en compagnie de sa tante et marraine l’impératrice Elisabeth d’Autriche-Hongrie, la célèbre «Sissi». Sa fascination pour l’Egypte est ravivée lors d’un voyage en Egypte avec son époux en 1911 puis lors de sa visite à l’exposition Champollion organisée par Jean Capart aux Musées Royaux du Cinquantenaire en 1922, l’année du centenaire du déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion.

La reine Elisabeth de Belgique et Jean Capart lors de leur visite de la tombe de Toutankhamon en février 1923. Archives du Royaume de Belgique.

Le tombeau de Toutankhamon

Considérée comme étant la plus importante révélation archéologique des Temps modernes, la découverte de la tombe de Toutankhamon par Howard Carter en novembre 1922 provoque un engouement sans pareil dans le monde. La reine Elisabeth se rend sur place dès le mois de février 1923, en compagnie de Jean Capart. La reine a le privilège d’être une des premières à pénétrer dans la chambre funéraire de la tombe. Lors de la visite, la reine est bien obligée, comme tout le monde, de se mettre à quatre pattes pour se glisser à l’intérieur de la nécropole. Comme la longue barbe de Jean Capart qui lui ouvre le chemin, traîne par terre l’égyptologue britannique Cecil Mallaby Firth, hilare, fait remarquer que «Monsieur Capart balaye le chemin pour sa reine !»

La reine Elisabeth de Belgique et Jean Capart lors de leur visite de la tombe de Toutankhamon en février 1923. Archives du Royaume de Belgique.

Fondation Egyptologique Reine Elisabeth

Dans son projet de faire de Bruxelles un centre international de l’égyptologie, Capart peut compter sur le soutien de la reine des Belges. C’est lors de la visite du Temple d’Edfou, en mars 1923, que Jean Capart suggère à la reine de créer une fondation égyptologique destinée à promouvoir en Belgique les connaissances scientifiques concernant l’Egypte ancienne. Six mois plus tard, le 1er octobre 1923, la Fondation Egyptologique Reine Elisabeth voit officiellement le jour sous le haut patronage de la reine des Belges et du d’Egypte Fouad Ier. Jean Capart est  nommé en 1925 conservateur en chef  des Musées Royaux du Cinquantenaire. La Fondation (aujourd’hui Association) égyptologique Reine Elisabeth devient rapidement un important centre de recherche et de diffusion de l’égyptologie, grâce à ses nombreuses publications et conférences. La reine contribue occasionnellement à l’enrichissement de la collection égyptienne, en apportant son soutien financier à certaines acquisitions. 

Statuette funéraire en bois peint de Khây, Nouvel Empire, 19e ou 20e dynastie, vers 1298-1069 av. J.-C.

 

Le papyrus de Léopold II

En 1935, le roi Léopold III envoie au musée quelques pièces de la collection royale, dont la statuette de Khây, chef de travaux de Ramses III, une figurine issue de la collection de Léopold II. C’est dans celle-ci que Jean Capart découvre le célèbre Papyrus Léopold II. Ce document reprend les dépositions de voleurs impliqués dans le pillage des tombes royales thébaines sous le règne de Ramsès IX, vers 1125 av. J.-C. Le bas de ce papyrus était conservé depuis 1874 à New-York. Jean Capart découvre la partie supérieure du papyrus. Reconstitué dans son intégralité, ce document passionnant transcrit les aveux d’un des principaux accusés qui raconte le pillage de la tombe, encore intacte, du roi Sebekemsaf, vers 1650 av. J.-C.. Selon ce récit, le roi était inhumé en compagnie de son épouse. Son mobilier funéraire comprenait de nombreux bijoux, armes et amulettes et ses sarcophages étaient recouverts d’or. Ces informations sont d’autant plus précieuses pour les égyptologues que ces tombes royales de la 17e dynastie n’ont laissé que peu de traces archéologiques.

Papyrus Léopold II, découvert par Jean Capart en 1935 dans la statuette de Khay, 20e dynastie.

Fouilles à El Kab

C’est en 1930 que Jean Capart visite pour la première fois El Kab, une cité qui fut longtemps la capitale religieuse de la Haute-Egypte. Il ne reste que les ruines du temple de la déesse Kekhbet et celui de son dieu parèdre Thot. Il dit alors à la reine Elisabeth «Madame, si la Fondation en a un jour les moyens, c’est ici que je voudrais travailler» La Fondation Egyptologique Reine Elisabeth obtient la concession du site six ans plus tard et Capart entame les fouilles grâce au mécénat de l’artiste et milliardaire américain Marius de Zayas. Il découvre de nombreux objets, parmi lesquels une statue de lion consacrée par Séthi Ier à Horus qui repousse le mal, aujourd’hui au Musée du Caire, des sphinx, un torse royal en granit rose figurant Amenhotep II ainsi que de nombreux objets, statues, monnaies, lampes en terre cuite, bas-reliefs et fragments architecturaux.

El Kab, fouilles de Jean Capart en Haute Egypte

Laboravit et Oravit

En 1938, Capart orchestre dans les locaux du Musée de Bruxelles et de la Fondation Egyptologique Reine Elisabeth le 20e Congrès des Orientalistes qui réunit 540 chercheurs orientalistes, délégués officiels d’académies, universités et instituts de 18 pays. Les fouilles d’El Kab alimenteront la production scientifique de Capart au cours des dix dernières années de sa vie. Elles se poursuivront après la mort de Jean Capart et se poursuivent toujours, trois quart de siècle après le premier coup de pioche. Jean Capart décède en 1947 à l’âge de 70 ans. Il est inhumé dans le paisible cimetière de Stockel à Woluwé-Saint-Pierre. A sa demande, sur sa tombe seront inscrits ces quelques mots : «Jean Capart. 1877-1947. Directeur de la Fondation Egyptologique Reine Elisabeth. Laboravit et Oravit.»

Portrait de Jean Capart, d’Olga Orloff, huile sur toile, 1951

Si la carrière de Jean Capart n’a été marquée par aucune grande découverte archéologique comparable à celle de britannique Howard Carter, Capart fut un grand historien de l’art égyptien et plus généralement de la civilisation égyptienne. Il fut surtout un grand vulgarisateur de l’égyptologie et un «formidable réveilleur d’énergie.» Avec peu de moyen mais avec une énergie débordante, il fit d’un petit musée un grand musée et d’une petite Fondation l’un des instituts scientifiques les plus renommés de son temps.

Tête d’un dignitaire en granodiorite, Nouvel Empire, vers 1388-1298 av. J.-C.

Pendant son long mandat, Jean Capart a fait de Bruxelles une véritable capitale mondiale de l’égyptologie. Des centaines de savants de toutes origines viennent travailler au Musée. Ils étudient la collection, utilisent la bibliothèque ou participent à des colloques d’envergure internationale. «On dit que pour pouvoir se vanter d’avoir eu une belle vie, il faut avoir eu des enfants, écrit un livre et bâti une maison… Et bien, moi j’ai dix enfants, j’ai écrit un rayon de bibliothèque et j’ai bâti un musée» Jean Capart, 1947

Comparution de Jean Capart au Palais Royal, dessin humoristique de Mark Séverin, 1942

Ce dessin de Mark Séverin qui a été réalisé en 1942 a été probablement offert à Capart à l’occasion de sa mise à la retraite. L’égyptologue est représenté à gauche, en tenue de scribe et surmonté de son nom en écriture hiéroglyphie. Il est accueilli au palais par Toutânkhamon et la déesse Nekhbet d’Elkab. Les tables des offrandes couvertes de grappes de raisins évoquent un jour de fête.

Aujourd’hui, pour les conservateurs de la section égyptienne des Musées Royaux d’Art et d’Histoire, la priorité n’est plus d’accroître la collection. Comprenant plus de 12.000 objets, elle illustre de manière satisfaisante tous les aspects de l’histoire et de la civilisation de Egypte ancienne. L’époque où les fouilles alimentaient les collections européennes est révolue. L’Egypte gère désormais son patrimoine archéologique en toute indépendance et plus aucun objet découvert dans la Vallée du Nil ne peut être exporté, selon les règles édictées par l’Unesco en matière de respect et de protection des patrimoines nationaux.

Sources:

Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Afrique, pour découvrir mes reportages sur l’Egypte, la Vallée des Rois à Louxor, la Vallée des Artisans, le Survol en montgolfière de Louxor, la Croisière sur le Nil, le Musée de la Maison de Carter, le Musée des Antiquités de Louxor, le Tombeau de Toutankhamon dans la Vallée des Rois, l’exposition à Bruxelles sur Expéditions d’Egypte et sur Toutankhamon, sa tombe et ses trésors, l’expo à Liège sur la Découverte du Tombeau de Toutankhamon et les expos à Paris sur le Trésor de Toutankhamon, et Ramsès et l’Or des Pharaons, ou cliquez sur les liens.

 

 

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