Le parc du château de Court-St-Etienne sert d’écrin à une collection de plus de 150 variétés de Buxus sempervirens et Buxus microphylla.
Au pied de l’église de Court-St-Etienne
Le domaine de Court-St-Etienne est un des plus beaux parcs paysagers du Brabant Wallon en Belgique. Le château s’élève au coeur du village, derrière le chevet de l’église Saint Etienne. La structure du village n’a guère changé depuis l’époque médiévale qui réunissait déjà l’église romane et le château-fort, ancien fief du comté de Namur. Le domaine est très ancien. Il dépendait au 13e siècle de l’Abbaye de Villers-la-Ville. De l’ancien château castral que l’on découvre sur une gravure d’Harrewyn vers 1664, seuls subsistent une cave qui possède une voûte en berceau et une descente d’escalier couverte d’une succession d’arcs en plein cintre en pierre.

Le château XVIIIe siècle
Après avoir franchi la grille d’entrée, une allée bordée de tilleuls Tillia x europaea me conduit à la cour du château, une imposante bâtisse en L. La cour s’ouvre sur un extraordinaire potager agrémenté de serres. C’est dans ce jardin traversé en son milieu par une belle allée de poiriers et de pommiers palissés que je rencontre la châtelaine, la Comtesse Véronique Goblet d’Alviella. «Le château actuel qui appartient à la famille mon époux depuis six générations est une construction classique qui date de la fin du 18e siècle. Entouré de dépendances et d’une conciergerie, il s’élève sur deux niveaux de briques recouverte d’un badigeon jaune ocre et chaînage d’angles en pierre bleue sous une toiture mansardée. Grâce aux grandes fenêtres, la maison est très lumineuse.»

Une collection de Buxus
Nous sommes au coeur du village et pourtant en pleine nature car le château domine un parc paysager de trente hectares. Avec l’aide d’une équipe de jardiniers, la comtesse consacre toute son énergie à l’entretien de ce site classé avec de nouvelles plantations autour du château, au bord des étangs et dans le jardin potager. Sa passion pour les buis l’a amenée à réunir une collection de Buxus que l’on découvre un peu partout dans le parc. La Comtesse Véronique Goblet d’Alviella a vécu avec son époux Richard en Angleterre. «Nous sommes revenus en Belgique à la succession de mes beaux-parents. Pour perfectionner mes connaissances en jardinage, j’ai eu la chance de pouvoir suivre pendant un an des cours au Chelsea Physic Garden, un remarquable jardin botanique au coeur de Londres.»

European Boxwood and Topiary Society
C’est lors d’une formation au Langley Boxwood Nursery dans le Hampshire, une pépinière de buis créée par Elizabeth Braimbridge, que Véronique Goblet d’Alviella a découvert le monde fascinant des buis et des topiaires. Cette passion pour les Buxus l’a amenée à co-fonder en 1996 avec Mark Braimbridge l’European Boxwood and Topiary Society. «Cette association encourage la culture et la connaissance des buis et des topiaires et la recherche historique autant que scientifique dans ce domaine. Parmi nos membres, il y a des historiens de l’art des jardins, des écrivains, des pépiniéristes, des propriétaires de parcs et jardins ainsi que de nombreux jardiniers amateurs talentueux qui représentent le pilier de l’horticulture.»

Le potager du château
Enclos de murs, le potager du château figure déjà sur des plans du 18e siècle. Il couvre un hectare entre le château et le village et assemble des légumes, fleurs à couper, fruits rouges et fruitiers palissés. La croisée des chemins est marquée par une structure métallique couronnée de roses. D’anciens arbres fruitiers palissés tapissent les murs tandis que d’autres sont conduits en contre-espalier sur des fils tendus le long des allées. Les anciennes serres à raisin ont fait l’objet de rénovations et des couches froides accueillent les semis de légumes, de fleurs annuelles et les jeunes boutures de buis.




Jeux de topiaires
Le potager est devenu aujourd’hui un véritable jardin qui fait la part belle aux topiaires, bordures et entrelacs de buis. Un massif fleuri de rosiers assemble des Buxus sempervirens ‘Elegantissima’, un buis au feuillage très dense vert foncé marginé de blanc et des Buxus microphylla ‘Faulkner’ au feuillage un peu plus clair. Un coin du potager est consacré à des végétaux qui se laissent tailler en topiaires comme les buis, ifs, houx et ligustrum qui sont conduits pour former des boules, des pyramides et d’autres formes taillées.

Broderie de Buxus
Une gigantesque broderie de buis en forme de papillon a été réalisée par le paysagiste Alexandre Vaxelaire. Il fait la joie des passagers en montgolfières qui ne manquent pas de le survoler. Cette broderie regroupe des Buxus sempervirens ‘Blauer Heinz’, un buis compact au feuillage bleuté, des buis dorés Buxus sempervirens ‘Aurea’ et des Buxus sinica var. insularis ‘Tide Hill’ à petites feuilles. Sa croissance très lente a la forme d’un coussin, très proche du Buxus microphylla ‘Rococco’. Ce papillon végétal accueille au printemps des tulipes et narcisses, suivis en été de sauges et autres plantes annuelles mellifères.

Buxus sempervirens et microphylla
La collection de buis de la comtesse Véronique Goblet d’Alviella rassemble aujourd’hui plus de cent cinquante variétés de Buxus. Ceux qui sont atteints par l’âge ou les maladies ont été remplacés par des variétés plus résistantes. «Les buis m’ont été offerts principalement par des pépiniéristes de Boskoop en Hollande. D’autres proviennent d’Angleterre et de nombreux échanges entre les membres de notre association. »

« Il y a principalement des buis communs, Buxus sempervirens et des Buxus microphylla qui sont très résistants aux maladies. Certains sont particulièrement intéressants, tel le Buxus sempervirens ‘Longifolia’, un buis très sain aux feuilles longues et étroites ou le Buxus sempervirens ‘Rotundifolia’, aux feuilles coriaces presque rondes et très rustique. D’autres sont plus rares tels le Buxus microphylla ‘Filigree’ au port ouvert et élégant, le Buxus sempervirens ‘Greenpeace’ au port érigé tel un cyprès ou le Buxus sempervirens ‘Fiesta’ qui a un joli port et des feuilles allongées.»





Buxus Trial et pyrale du buis
Au fond du parc, le long d’un petit parcours qui serpente dans un sous-bois, on découvre le Buxus Trial. Créé il y a déjà vingt ans, ce jardin expérimental rassemble une soixantaine de buis non taillés dont certains atteignent plus de deux mètres de hauteur. La pyrale du buis reste un problème bien que les attaques semblent moins virulentes ces dernières années. «Il faut agir vite, dès les premiers symptômes, par une pulvérisation de Bacillus thuringiensis, un produit écologique à base de bactéries qui produit une toxine paralysante qui tue les chenilles. Comme fongicide de contact, je préconise de diluer du lactosérum avec du Microferm, des produits qui sont conseillés par le pépiniériste Karel Goossens qui a une très belle pépinière de buis et d’ifs près de Bruges.» (voir mon reportage sur la pyrale du buis)




Le parc paysager
Juché sur un éperon dominant les vallées de l’Orne et de la Thyle, le château domine un parc superbement vallonné qui est l’une des plus belles réalisations paysagères de la fin du 19e siècle. Les plus vieux arbres sont situés tout près du château, notamment un hêtre pourpre Fagus sylvatica ‘Purpurea’ et un tilleul argenté pleureur Tilia petiolaris qui développe sa haute ramure retombante. En contrebas du château, environné de beaux érables, un spectaculaire platane Platanus x hispanica étend une de ses branches charpentières basses à plus de quinze mètres du tronc.

L’amour des arbres
Ces arbres remarquables datent des premières plantations réalisées vers 1850 par le comte Louis-François Goblet d’Alviella et son épouse, Caroline-Anne d’Auxy de Neufvilles qui lui apporta en dot le château. A partir de 1890, le comte Eugène Goblet d’Alviella poursuit les plantations et l’aménagement du parc avec l’architecte de jardins Louis-Léopold Van der Swaelmen. Tirant parti des prairies argileuses et fertiles de la vallée, il met en place un long dispositif paysager dont les centres d’intérêt sont deux étangs étirés, l’un agrémenté d’un îlot planté.




Au début du 20e siècle, la propriété comprenait 375 hectares dont 150 de bois et 35 de parc avec des collines boisées, des rivières au cours sinueux, des pelouses et prairies et deux grands étangs. Vers 1911, Eugène Goblet d’Alviella complète les plantations avec l’aide du paysagiste Jules Buyssens. En 1933, en visite avec la Société royale forestière, Egide Rosseels soulignait la qualité et la vigueur particulière des arbres du parc, rappelant «l’amour pour les arbres et le savoir-faire sylvicole» du propriétaire, le comte Félix Goblet d’Alviella.

La passion de la botanique
Le destin du domaine est désormais entre les mains de Richard et Véronique Goblet d’Alviella. Suite aux tempêtes des années 1990 qui ont en partie saccagé les anciennes plantations, de grands travaux ont permis de dégager le parc des nombreux arbres couchés, de curer le grand étang et de réaménager les espaces alentours. Le parc a fait l’objet de nouvelles plantations d’essences rares suivant des plans originaux et l’aide du paysagiste Benoît Fondu et du dendrologue Philippe de Spoelbergh, de l’Arboretum de Wespelaar.

Collection dendrologique
Le parc arboretum rassemble encore une collection dendrologique dont les plantations s’étalent sur plus de 150 ans. On admire ainsi deux chênes très rares, un chêne pédonculé au port pleureur Quercus robur ‘Pendula’. Dans la vallée, suivant le cours de l’Orne, on rencontre un groupe de platanes, Platanus x hispanica, des cyprès chauves Taxodium distichum, des hêtres pourpres, Fagus sylvatica ‘Purpurea’ et un ensemble de Catalpa bignonioides, un couple de Parrotia persica, un Liquidambar styraciflua isolé, de beaux mélèzes Larix kaempferi et une allée de tulipiers, Liriodendron tulipifera. Une collection remarquable tant par le nombre que par la rareté des variétés représentées.
Château de Court-St-Etienne. Le parc se visite dans le cadre de l’association Jardins Ouverts de Belgique. https://www.jardinsouverts.be/fr/ et European Boxwood and Topiary Society, http://ebts-belgium.be/
Rendez-vous dans la rubrique Jardins, Belgique, pour découvrir d’autres Jardins remarquables en Belgique, dans la rubrique Végétaux, arbres et arbustes, mon reportage sur les Topiaires de Karel Goossens et dans la rubrique Jardinage, Travaux de jardinage, pour découvrir mon reportage sur la Pyrale du Buis et sur le Buis, la pyrale et les champignons ou cliquez sur les liens.


Merci pour ces belles images.
Superbes photos Bravo
Un parc exceptionnel
Bonjour, comment peut on visiter ce bel endroit ?