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la passion du voyage et des jardins.

Jacques et Francine Mainil ont consacré leur vie aux bonsaïs et aux niwakis. Un univers étonnant à découvrir dans leur pépinière à Ghlin.

 

La passion des bonsaïs

Les passions les plus fortes sont souvent celles que l’on partage à deux. L’amour pour les merveilles inépuisables de la nature et la fascination pour l’esthétisme raffiné du Japon ont conduit Jacques et Francine Mainil sur la route du bonsaï et du niwaki. Le virus de la ‘bonsaïophilie’ s’est emparé de Jacques et Francine il y a près de 40 ans.

Bonsaï Mainil

Pinus parviflora ‘Glauca’

Venant d’une famille d’horticulteurs, Jacques a une formation de paysagiste et de pépiniériste. C’est Francine qui a découvert son premier bonsaï en 1973 dans un Salon du Jardin qui se tenait au Centre Rogier à Bruxelles. Coup de foudre instantané pour un Zelkova serrata en forme de balai.

Pépinière bonsais Mainil

Jacques est perplexe et il ne comprend pas pourquoi sa femme rapetisse les plantes alors qu’il les tente de les faire pousser! Francine fait des recherches sur les bonsaïs. Elle découvre quelques livres en anglais et se lance dans l’aventure. Elle suit des congrès sur les bonsaïs et rencontre de grands maîtres japonais.

Pépinière Jacques Mainil

Juniperus ‘Grey Owl’

Un arbre nanifié

Dans sa traduction littérale, le terme japonais bonsaï signifie arbre dans un pot. Mais au fil des siècles, cette définition a acquis un contenu beaucoup plus riche. Par un patient travail de taille des racines et des branches, de pincement des pousses en croissance et de ligature des branches avec du fil métallique, l’arbre est nanifié.

Pépinière bonsai Jacques Mainil

Pinus sylvestris ‘Nana’

Le plus grand plaisir de la culture des bonsaïs tient dans le «dialogue» que le jardinier instaure avec sa plante. Le travail consiste surtout à accentuer les traits de caractère spécifique à chaque arbre et de magnifier les silhouettes. Certains sont en balai, en forêt, étalé, retombant, à un ou plusieurs troncs, planté sur un rocher, etc.. Il ne s’agit pas de torturer la plante mais de sublimer sa personnalité par des soins qui assurent sa bonne santé.

Pépinière bonsai Jacques Mainil

Pinus parviflora ‘Glauca’

Bonsaï d’extérieur

Les bonsaïs d’extérieur sont des espèces rustiques qui sont adaptées à notre climat tempéré. Ils se distinguent de ceux d’intérieur par leur plus grande résistance au froid. Pour s’épanouir, ils ont besoin de suivre le rythme des saisons auquel ils sont habitués, printemps, été, automne, hiver.

Pépinière bonsais Mainil

Acer dissectum ‘Viridis’

Les bonsaïs rustiques comme les pins ou les érables sont beaucoup plus faciles à cultiver que des espèces tropicales. De plus, ils offrent une grande diversité de formes très travaillées et rappellent plus volontiers les silhouettes de nos arbres familiers. Les espèces les plus recherchées sont les conifères, pin et genévrier, les arbres caducs à beaux feuillages, érable et charme et les arbres à fleurs et à fruits comme les pommiers.

Pépinière bonsais Mainil

Celtis sinensis

Ce n’est pas parce qu’un bonsaï est petit qu’il faut le croire exagérément fragile. Un bonsaï chêne, érable ou pin résistera aussi bien que ses aînés aux rigueurs de l’hiver. En cas de forte gelée, par exemple moins 5°C, il est toutefois conseillé de protéger la motte et le pot ou de placer le bonsaï sous un abri léger. En été, les bonsaïs rustiques sont placés sur une terrasse ou dans une cour abritée du vent et du soleil direct.

Pépinière bonsais Mainil

Abies nobilis ‘Prostata Glauca’

Bonsaï d’intérieur

Les bonsaïs d’intérieur sont des arbres issus des régions tropicales et subtropicales. Ils n’ont pas besoin d’un repos hivernal. Ils peuvent donc passer toute l’année à l’intérieur, auprès d’une fenêtre pour recevoir un maximum de lumière. Les espèces méditerranéennes apprécient de passer l’hiver dans une orangerie, une véranda maintenue hors gel ou la pièce la moins chauffée de la maison.

Pépinière bonsais Mainil

Pinus mugo mughus

Niwaki, l’arbre de jardin japonais

Au Japon, le bonsaï d’intérieur est un concept qui n’existe pas. On considère qu’un arbre est fait pour vivre dehors, qu’il soit grand ou petit. La conception même des habitations traditionnelles reflète cette idée. Les parois sont souvent coulissantes afin que la frontière entre le dedans et le dehors puisse se faire oublier. C’est l’espace intérieur qui va vers le jardin et non l’inverse.

Pépinière bonsais Mainil

Pinus parviflora ‘Glauca’

Contrairement aux bonsaïs qui sont cultivés en pot, les niwakis sont des arbustes destinés à être plantés dans un jardin. Ils sont parfois de grande taille, mais toujours structurés selon les principes des maîtres japonais. C’est un art ancestral guidé par la recherche de l’asymétrie et de la simplicité afin d’exprimer la pureté brute de la nature ramenée, par l’épure, à son essence.

Pépinière bonsais Mainil

Taxus baccata

On découvre ainsi dans la pépinière Mainil de splendides érables du Japon, Acer palmatum, des pins, Pinus sylvestris, P. densiflora umbraculifera, P. parviflora glauca, P. mugo mughus, des Picea pungens globosa et Abies nobilis prostata aux troncs tordus, aux branches étendues, aux frondaisons arrondies.

Pépinière bonsais Mainil

Jacques Mainil dans la pépinière

L’art de la taille

Une des subtilités de la culture des bonsaïs consiste à trouver un compromis entre la nécessité de croissance que manifeste l’arbre et son maintien dans une forme naine et harmonieuse. C’est principalement la taille qui entraîne la miniaturisation de l’arbre. Sa fréquence varie selon l’espèce et l’âge de la plante. Elle dépend aussi de la forme que l’on veut donner à l’arbre.

Pépinière bonsais Mainil

Pinus parviflora ‘Glauca’

Tailler pour épurer

Tailler judicieusement signifie surtout épurer. Cela n’est pas difficile mais cela demande du temps et de la patience. Il faut dégager les lignes directrices de l’arbre. Plus on taille court les branches, plus le tronc prend de l’importance. Lorsqu’on a terminé la taille de structure, le regard doit pouvoir traverser la ramification sans encombre ou presque. Chaque petit rameau doit se détacher nettement de ses voisins. Et le tout doit dégager une impression de perspective et de profondeur. La taille est une question de style mais aussi de talent. Un minimum d’intuition artistique est nécessaire pour se lancer dans l’aventure du bonsaï.

Pépinière bonsais Mainil

Acer buergerianum

Réussir le rempotage

Le rempotage est indispensable, mais à haut risque car il provoque un traumatisme pour la plante. Il ne consiste pas forcément à changer de pot mais à tailler les racines pour les forcer à se ramifier. Le rempotage doit se faire en moyenne tous les ans au printemps chez les jeunes sujets, tous les deux à cinq ans chez les plus âgés.

L’ancienne terre est grattée à l’aide d’une baguette sans toutefois tout enlever. Les racines mal placées, trop longues ou en surnombre sont éliminées mais il faut garder un maximum de fines radicelles. L’arbre est posé sur une couche drainante puis recouvert d’un terreau spécial bonsaï. Avec un bambou, la terre est poussée entre les racines. Il faut obtenir une motte bien compacte. S’il s’agit d’un premier rempotage en terrine, le tronc est maintenu au moyen d’un fil de cuivre attaché à la terrine. La surface est ensuite recouverte partiellement de mousse ou balayée avec soin.

Pépinière bonsais Mainil

Pinus densiflora ‘Umbraculifera’

L’achat d’un bonsaï: ouvrez l’oeil

Surveillez l’enracinement. Certains bonsaïs ne sont que de jeunes boutures qui viennent à peine d’être mises en pot. Très délicatement, essayez d’ébranler le tronc pour voir si l’arbre est bien installé dans son pot. La présence de mousse au pied de la plante est un bon signe. Le tronc doit être ancré par des racines qui s’étalent et s’enfoncent naturellement dans le sol. Le tronc est dénudé sur un tiers de sa hauteur, sans trace de ligatures.

Pépinière bonsais Mainil

Acer palmatum ‘Arakawa’

 

Conseils de pro pour façonner un bonsaï:

  • Tailler pendant le repos des plantes pour éviter le traumatisme des blessures occasionnées par les coupes.
  • Faire pivoter l’arbre afin de l’observer sous tous ses angles possibles. Chaque position doit offrir des perspectives intéressantes.
  • Tenir compte de la croissance des arbres. Celle d’un conifère est beaucoup plus lente que celle d’un feuillu. Une faute de taille sur un feuillu est plus facile à réparer que sur un conifère.
  • Supprimer les branches qui contournent le tronc, celles qui ont une forme de U et celles qui vont à l’encontre du sens principal de la ramification et qui croisent d’autres branches.
  • Supprimer les bourgeons terminaux pour limiter le développement de l’arbre.
  • Pincer avec l’ongle une partie des jeunes pousses tendres pour réduire leur dimension.
  • Tailler en diagonale, la section orientée vers le haut. C’est là que la cicatrisation sera la plus rapide et la plus discrète.
  • Appliquer un peu de mastic cicatrisant spécial bonsaï à l’endroit de chaque coupe .
  • Ligaturer les branches sans les casser en les gainant de fil d’aluminium recouvert d’une couche de cuivre et les lester de petites pierres pour freiner la croissance en limitant la montée de sève.
  • Choisir un terreau adapté à la plante, spécial feuillus, spécial conifères ou spécial plantes acidophiles et veiller au drainage.
  • Décompacter la terre en remuant superficiellement la surface pour aérer les racines
  • Arroser régulièrement mais sans excès à l’eau de pluie à température ambiante. Vaporiser le feuillage des bonsaïs d’intérieur car ils aiment l’humidité ambiante.
  • Donner de l’engrais avec parcimonie. Utiliser de l’engrais organique solide ou soluble qui se dissout lentement. L’excès peut causer plus de dégâts que le manque.
  • Surveiller le feuillage. Des feuilles jaunies témoignent d’un trop plein ou d’un manque d’arrosage, d’une insuffisance de lumière ou d’une carence en oligo-éléments. Un feuillage qui sèche résulte souvent d’une période de sécheresse ou de courants d’air.

Jacques et Francine Mainil

Jacques et Francine Mainil

Pépinières J. Mainil

Collection de bonsaïs et de niwakis de toutes tailles et façonnés à partir d’arbres japonais ou indigènes. Réalisation de jardins d’inspiration japonaise, taille de niwakis chez les particuliers, cours individuel ou collectif de taille de niwakis et ateliers de bonsaïs. Rue de Douvrain 26 à 7011 Ghlin (près de Mons), Belgique. www.pepinieresmainil.be

Reportage publié en 2018 dans Jardins & Loisirs (www.jardinsetloisirs.be)

Rendez-vous dans la rubrique Jardinage, Travaux de jardinage, pour découvrir mon reportage sur l’art topiaire, ou cliquez sur le lien.

 

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