20 ans de journalisme,
la passion du voyage et des jardins.

Somptueux en automne, le jardin de Yukiko à Beersel est peuplé d’érables du Japon, d’azalées et d’autres végétaux remarquables originaires du Japon.

Bienvenue au paradis

C’est par ces mots délicieux qu’un voisin accueille Baudouin et Yukiko il y a trente ans lorsqu’ils s’installent dans la banlieue champêtre proche de Bruxelles. Et pourtant, la propriété ressemble à tout sauf au paradis. C’est un grand terrain vague de 3 hectares massacré par un exploitant de sablière qui avait arraché toute la végétation. Seuls restent quelques arbres dans le fond et sur les bords du jardin, des champs de ronces et une couronne de rosier ‘New Dawn’ sur le garage.

Le jardin de Yukiko

La maison un peu à l’abandon est une charmante fermette restaurée avec des matériaux de récupération par un antiquaire bruxellois. Un étonnant champ de lupins sauvages en pleine floraison a pris place à l’emplacement de l’ancien jardin. Ce spectacle bucolique séduit le jeune couple qui décide de prendre racine dans cette région vallonnée du Brabant flamand.

Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko

Mais que faire de ce grand jardin?

Baudouin et Yukiko prennent conseil auprès d’architectes paysagistes mais ne suivent aucun de leurs conseils et le jardin se construit finalement peu à peu. Ils plantent aussitôt un jeune chêne et de beaux rhododendrons qu’ils ramènent de Kapellen, la propriété des parents de Baudouin près d’Anvers. «Nous étions voisins de Robert et Jelena de Belder qui habitaient à l’arboretum de Kalmthout et qui étaient de grands amis. Comme cadeau de mariage, Jelena a offert à mon épouse 8 cerisiers du Japon pour que cela lui rappelle son pays natal.».

Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko

Yukiko, l’âme du jardin

Toute menue et souriante, Yukiko est une grande dame du jardin. «Mon enfance s’est passée à la campagne près de Yamaguchi. Ma famille avait une belle propriété au pied d’une montagne, c’est ce qui m’a donné la passion de la nature et des jardins. Il y avait un étang avec des iris bleus, des Acer palmatum, des pins et des rochers. A l’époque, cela ne m’intéressait pas vraiment. Ce n’est que lorsque j’ai eu mon propre jardin que je me suis intéressée aux plantes. J’ai suivi des cours chez Jelena de Belder à Kalmthout. Nous étions un petit groupe de privilégiés qui suivions avec passion son enseignement. Elle nous montrait des fleurs, des feuilles ou des tiges avec un enthousiasme vraiment communicatif. Je revenais avec des légumes japonais qu’elle cultivait dans son potager.»

Le jardin de Yukiko

Yukiko fait partie d’une association de passionnés de jardins ce qui lui permet de rencontrer des amateurs très éclairés et de découvrir des propriétés privées remarquables. Elle a visité les jardins de Normandie, le célèbre parc Vastérival de la Princesse Sturdza et des jardins outre Manche, avec une préférence pour les jardins du Somerset plus spontanés que ceux du Kent. «Cela a formé mon goût et mon désir d’améliorer sans cesse mon jardin. Ce que j’ai essayé de faire, c’est un jardin qui s’intègre de façon naturelle dans son environnement. Une partie du jardin est ceinturée de haies qui donnent une certaine structure mais l’ensemble est naturel dans le sens où les plantes indigènes et les cultivars s’associent harmonieusement.»

Le jardin de Yukiko

Un ancien cite celte

Le jardin de Yukiko se situe à flanc de colline, avec une dénivellation assez forte qui descend vers la vallée du Molenbeek. D’après le curé du village, le jardin se situe sur un ancien site celte avec trois frontières naturelles, un chemin creux, un grand dénivelé vers la vallée et un ravin sur le côté. Le relief du terrain a été légèrement modifié afin qu’il s’intègre dans cette région très vallonnée. Il y a 15 ans, l’installation d’un terrain de tennis a été l’occasion de déplacer des terres de l’amont vers l’aval de façon à donner plus d’espace vers l’avant de la maison.

Le jardin de Yukiko

Comme dans les jardins de son pays natal, Yukiko a disposé dans les massifs de gros blocs de pierre de sable originaire de la région. Une allée d’herbe guide naturellement les pas vers une petite pièce d’eau et, de part et d’autre, vers des îlots de plantations bordés de haies où se mélangent Acer campestre, Ligustrum, du charme et des hêtres verts et pourpre. Ce n’est pas vraiment un parc paysager mais un jardin promenade qui invite à la découverte et offre différents points de vue vers les prairies et les bois.

Le jardin de Yukiko

Un petit jardin japonais

Un petit jardin japonais a été créé il y 20 ans sur un talus très pendu à l’arrière de la maison. Il est bordé par un escalier de pierres plates et de graviers blancs qui ruissellent comme une cascade. «Il évoque mon pays, ma jeunesse, ma famille. Nous y avons installé des pierres moussues, des bouquets de bambous et des petits conifères. Il faut le voir au printemps, lorsque les azalées du Japon sont en fleurs, c’est un spectacle merveilleux.»

Sommé par un grand Chamaecyparis, le jardin japonais rassemble des arbustes intéressants: Cornus florida rubra, Enkianthus campanulatus, Euonymus japonicus, Osmanthus delavayi, Stephanandra incisa ‘Crispa’ et Nissa sylvatica. En automne, les érables, Acer japonicum ‘Green Cascade’, Acer palmatum ‘Sango Kaku’ et ‘Dissectum’ offrent un véritable feu d’artifice.

Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko

Un jardin de collection

Le jardin de Yukiko est en constante évolution et il s’enrichit chaque année de nouvelles plantes qui viennent de Hollande, d’Angleterre, d’Italie, d’Allemagne et du Japon. «Notre sol est très acide, avec un pH de 4,7, ce qui limite les plantations aux végétaux de plantes acides. Il est sablonneux mais avec des veines d’argile où l’eau stagne, ce que les arbustes détestent. Il faut alors les déplanter et les installer ailleurs dans un mélange de tourbe blonde et de terre de bruyère. Il y a beaucoup de pertes au fil des ans et des expériences. Parfois, je dois déplacer les plantes deux ou trois fois avant de trouver la bonne place.»

Le jardin de Yukiko

La maison est ombragée par un grand Liriodendron tulipifera planté il y a 30 ans, un Tilia cordata à petites feuilles et des Acer platanoïdes. La terrasse en pierre blonde réserve des îlots de plantation avec des boules de buis, des Viburnum tinus, des véroniques arbustives et de nombreuses plantes en pot. Un massif d’arbustes referme le décor avec des Abelia grandiflora et schumannii ‘Edward Goucher’ et un Prunus sargentii qui se colore de rouge profond en automne.

Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko

Une promenade dans le jardin

La promenade dans le jardin de Yukiko est un régal pour les amateurs de plantes rares. Elle débute sous la large couronne d’un érable particulièrement vigoureux et résistant, l’Acer palmatum ‘Iroha’. Petit à petit se dévoilent toutes les merveilles rassemblées par Yukiko parmi lesquelles un Stewartia pseudocamellia, originaire des montagnes boisées du Japon. «Il me fait toujours penser à Jelena de Belder. Il paraît que c’est en admirant ce petit arbre par dessus la haie de l’arboretum de Kalmthout qu’elle a rencontré Robert. Elle l’avait pris pour le jardinier!» Des azalées mollis sont regroupées sur les talus entourées d’un tapis de bruyères qui ont donné leur nom au lieu dit.

Le jardin de Yukiko

Le faste de l’automne

L’automne est une période particulièrement faste dans le jardin avec l’embrasement du feuillage du Cercidiphyllum japonicum, surnommé l’arbre à caramel, des Amelanchier canadensis, Nyssa sylvatica, Fothergilla major, Cornus florida et Parrotia persica. Remarquable également, le Cercis canadensis ‘Forest Pansy’ avec sa floraison très précoce, avant l’arrivée des feuilles en forme de coeur rouge violacé.

Le jardin de Yukiko

Sur les buttes de terre qui entourent le terrain de tennis, un tapis dense de graminées s’illumine au soleil couchant. Il y a près de 3000 plants de Pennisetum alopecuroides. «Avec le temps les souches ont tendance à sortir de terre et les graminées s’épuisent. Dans certains jardins, elles sont déplantées et replantées chaque année pour les installer à la bonne hauteur mais nous préférons les remplacer petit à petit. A la fin de l’hiver, il faut tailler les graminées ce qui nécessite deux jours de travail. Mais une année, nous avons mis le feu à toute la parcelle pour brûler les chaumes. C’était un peu stressant mais très rapide. On a du circonscrire la surface à l’aide de souffleuses qui orientaient les flammes dans le bon sens. Les plantes n’ont pas du tout souffert!»

Le jardin de Yukiko

Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko
Le jardin de Yukiko

Une collection de camélias

Tout en haut du jardin, dans les sous-bois, Yukiko a planté il y a dix ans une nouvelle collection de Camellia japonica dont une trentaine de variétés différentes de Camellia japonica Higo. «Le camélia est une fleur de mon enfance, discrète, à la floraison éphémère. Symbole de la simplicité, on l’utilise dans la cérémonie du thé. Une seule fleur est déposée dans une coupe. Au Japon, il y a des montagnes entières couvertes de camélias sauvages. En revenant de l’école, il y avait des haies fleuries sur le chemin vers la maison. Je cueillais les fleurs et je grignotais les pistils. C’était très sucré et délicieux.»

Le Jardin de Yukiko ‘t Heikehof se visite dans le cadre de l’association Jardins Ouverts de Belgique www.jardinsouverts.be

Reportage publié en 2013 dans Les Jardins d’Eden (www.edenmagazine.be)

 

Si vous avez aimé ce reportage, pourquoi ne pas le partager
Facebook
Twitter
Pinterest
LinkedIn
Follow by Email

Vous aimerez aussi