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Le Louvre à Lens a dynamisé la région du Nord-Pas de Calais. Son parc dessiné par la paysagiste Catherine Mosbach présente un dialogue inédit entre le musée et l’écrin paysager qui l’accueille.

Sur un ancien carreau de mine

Le 4 décembre 2012, jour de la Sainte-Barbe, patronne des mineurs, le Louvre a inauguré son deuxième musée français à Lens. Le parc du Louvre-Lens met en valeur la mémoire d’un ancien site minier aujourd’hui inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.  De forme oblongue, il prend place sur un terril plat, une friche de 22 ha qui abritait un important site d’extraction de charbon colonisé par la nature, suite à sa fermeture en 1960. Le terrain est légèrement surélevé, jusqu’à 4 mètres au dessus des cités jardins mitoyennes, résultat de l’accumulation des remblais de la mine. L’entrée historique du site et le puits de mine d’extraction qui descendait à 630m de profondeur ont été préservés et intégrés comme des éléments référentiels du projet.

Louvre-Lens

Musée de verre et de lumière

Sur cet horizon de briques et de terrils, le musée est un bâtiment minimaliste de verre et de lumière dessiné par les architectes japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishazawa. Les façades en aluminium poli, dans lesquelles se reflète le parc, induisent une porosité et une continuité entre le musée et son environnement. Il s’intègre de façon subtile et délicate dans le site, un magnifique écrin de verdure pensé et réalisé par la paysagiste Catherine Mosbach.

parc du Louvre-Lens

Un mur d’enceinte végétalisé

Sur plusieurs kilomètres, le parc est articulé aux quatre points cardinaux par ce qui reste des «cavaliers», les voies ferrées créées pour le transport du charbon et des matériaux vers les gares et les ports. De ce fait, le musée-parc irrigue le pays en profondeur, de même que les cités jardins sont tout naturellement amenées par ces liaisons douces aux seuils des galeries d’exposition du Louvre-Lens. Au nord, un pan de mur d’enceinte a été dressé, en pierre de grès et briques de limon provenant des déblais de la construction du musée. Mélangées à de la chaux et du ciment, ces briques ont été compactées par couche de 30cm végétalisées sur le flanc nord de mousses et de lichen.

parc du Louvre-Lens
parc du Louvre-Lens
parc du Louvre-Lens
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Un faisceau de sentiers

Le bâtiment aux lignes longitudinales déploie ses cinq ailes pour se fondre dans le paysage sans l’écraser de sa présence. La visite au musée se fait selon des parcours. Au nord et au sud, ce sont des accès immédiats, avec un contact rapproché au bâtiment. A l’est et à l’ouest, ce sont de grandes promenades linéaires d’une part vers la ville et la gare, et de l’autre vers le grand parking Jean Jaurès. Aux côtés de ces parcours prioritaires, un faisceau de sentiers invite aux déambulations et aux flâneries, de jardins en plateformes événementielles.

parc du Louvre-Lens

Le clair-obscur des lisières

Le parc du Louvre-Lens dessiné par Catherine Mosbach réactive la mémoire du cycle des matériaux de la plante à la houille valorisé en ressources économiques, puis, en symétrie inverse, de la houille à la plante valorisée en ressource patrimoniale. Ainsi, à l’ouest, la paysagiste a préservé une forêt pionnière, peuplée de Robinia pseudoacacia, Prunus avium, Tilia tomentosa, Sorbus aucuparia, Elaeagnus angustifolia, Acer pseudoplatanus. On trouve aussi de nombreux arbres fruitiers qui ont poussé tout seul, provenant des trognons jetés par les mineurs. Les essences de lisières sont complétées d’espèces à feuillages fins et légers avec des particularités défensives comme Hippophae rhamnoides et Elaeagnus angustifolia.

parc du Louvre-Lens
parc du Louvre-Lens
parc du Louvre-Lens
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Des bancs organiques et un éclairage aérien

La grande allée bétonnée qui mène par une promenade paisible au parking parcourt le bois dans toute sa longueur. Elle est rythmée par des bancs de béton aux formes organiques qui épousent la topographie du parc. En ce sens, ils ne s’affichent pas comme design indépendant mais comme une boursouflure ou un plissement du sol. L’éclairage est assuré par des luminaires suspendus à des filins aériens fixé entre des poteaux et sous les arbres. Ce système de mâts et de câbles introduit une structure multifonction de suspension pour divers accessoires d’éclairage, signalétique, haut parleur…

parc du Louvre-Lens

Un musée-parc pionnier

Ouvert aux parcours du public comme au travail du temps, de l’eau et de la plante, les contours du projet produisent en temps réel les oeuvres du paysage et des hommes. Ni parc public, ni forêt péri-urbaine, il s’agit d’un musée-parc pionnier. Des blocs monolithes en béton creusés sont prétextes aux pique-nique des familles qui s’égayent dans des aires de jeux, larges plates-formes rythmées de lames de béton placées en étoile comme des poutres couchées ou buttes dressées tel un terril ceinturé de piquets de bois. Le long des chemins en bordure du terrain est bordé de bandes fleuries de lupins, trèfles, marguerites, Escholzia, colorées comme un tableau impressionniste.

parc du Louvre-Lens
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L’éblouissement des clairières

De larges plaques rondes de béton lissé perforé par des matériaux filtrant dessinent les plages d’accueil et de détente autour du musée. Elles sont bordées «d’assis-debout» et de «poses minutes», ourlets en herbe pris d’assaut par les enfants et les ados à l’heure du déjeuner. Du fait d’une sensibilité accrue aux eaux de ruissellement et au principe exigé de zéro rejet dans le réseau public, tous les sols ont été travaillés comme des mosaïques minérales ou végétales, perméables ou imperméables, reliées par un réseau de drains et de massifs de plantation.

parc du Louvre-Lens

La flore des terrils

Les rails abandonnés, premières niches de recolonisation végétale, ont engagé des corridors riches en faune et en flore. Le terrain de schiste qui absorbe la lumière et la restitue accueille une flore de terril et de milieu rocailleux, le Verbascum Bouillon-blanc, la vipérine commune, Echium vulgare, les pavots qui se ressèment volontiers dans les graviers. Des formations compactes et persistantes se dispersent sur le tapis d’herbe comme les Hebe albicans, pinguifolia, recuva, ou encore le Rhododendron hirsutum ou les Helianthemum ‘The Bride’, ‘Supreme Red’ ou mutabile.

parc du Louvre-Lens

Des saules et des genêts

On y trouve aussi des saules tapissants, Salix alpina très ras, Salix tatrae bas à feuillage vert tendre, Salix repens var. subopposita, bien compact, Salix lapponum ‘Grayii’ à feuillage gris. Enfin, les genêts nains irisent les massifs d’inflorescences blanches et rouges avec les Cytisus praecox ‘albus’ et Cytisus scorparius ‘Boskoop Ruby’. Des plantes rases, Tanacetum argenteum, Thymus serpyllum minor, des légumineuses Lotus corniculatus et le Trifolium nanum, ou encore des vivaces moyennes, Salvia officinale, Veronica spicata incana, rehaussent l’aspect pérenne des coussins de petits événements saisonniers.

parc du Louvre-Lens

Catherine Mosbach, paysagiste du parc du Louvre-Lens

Diplômée de l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles en 1986, Catherine Mosbach possède également un Deug de Sciences de la Nature et de la Vie, section Physique Chimie à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg et un DEA en Histoire et Civilisation à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris. De cette triple formation, elle a développé un style entre design et land art, avec une sensibilité extrême à la richesse et la mise en valeur des éco-systèmes. Le projet du Louvre-Lens a reçu de nombreux prix et distinctions dont l’Iconic award à Munich, The Icon Awards à Londres, l’Equerre d’Argent à Paris et le T+L Design Awards à New-York.

Parc du Louvre-Lens, 99 rue Paul Bert 62300 Lens. France.   Le Louvre à Lens propose 17000 mètres carrés d’oeuvres exposées dans une architecture transparente, un espace de découverte des coulisses du musée, un auditorium, une médiathèque, une librairie, un restaurant tenu par un chef étoilé et des navettes gratuites qui relient le musée à la gare.   www.louvrelens.fr

Crédit photos Agnès Pirlot et Ph. Chancel pour Louvre-Lens

Reportage publié en 2014 dans Les Jardins d’Eden (www.edenmagazine.be)

 

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