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la passion du voyage et des jardins.

Dominant la baie de Menton, le domaine des Colombières est l’une des plus belles réalisations de Ferdinand Bac, paysagiste de la Belle-Epoque.

 

Un Palazzino rouge de Venise

Plongeant dans le bleu de la mer, le jardin des Colombières est inséparable de la grande villa couverte d’un badigeon safran et ocre, tous deux conçus par Ferdinand Bac entre 1920 et 1925. Dans ce paysage de montagnes et d’oliviers argentés, l’artiste va y poser un Pallazino rouge de Venise sur fond de cyprès. Son allure, d’une simplicité voulue, s’harmonise parfaitement avec tout ce qui se déploie aux alentours dans une profusion de petits sanctuaires antiques, statues et fontaines.

Colombières
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Ferdinand Bac, mondain de la Belle-Epoque

Aristocrate d’origine allemande, Ferdinand Bac était un mondain de la Belle Epoque. Il était le petit-fils du roi Jérôme de Westphalie, frère de l’empereur Napoléon Ier. Il côtoyait les altesses et les princesses, recevait les confidences des impératrices. Il fréquentait Barrès, Maeterlinck et Paul Valéry. Il déjeunait avec le jeune Jean Cocteau chez son amie Marie-Thérèse de Croisset.

Colombières Ferdinand Bac

Artiste fou d’Italie

Ferdinand Bac jouait avec brio de la peinture, de la caricature et de l’écriture. Fou d’Italie, c’était était un voyageur ébloui qui ajoutait à ses talents d’écrivain celui de voyager avec passion. Il revenait inlassablement à Venise, à Rome, en Toscane, mais aussi à Séville ou Grenade. Il collectionnait dans son théâtre de mémoire la lumière, la couleur et la forme des lieux qu’il avait aimés.

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Jardinier fantasque

Ce n’est qu’assez tardivement, à cinquante ans, que Ferdinand Bac débute son activité de paysagiste, dessinant des jardins inspirés de ses voyages, pour de riches commanditaires sur la Côte d’Azur. Ce jardinier fantasque signait «votre dévot jardinier».

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En 1920, ses amis Emile et Caroline Landan-Bockairy achètent le domaine des Colombières sur les hauteurs de Menton-Garavan pour en faire leur résidence d’hiver. Ils donnent à Ferdinand Bac carte blanche pour aménager la villa et les jardins.

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Une maison qui domine la mer

La mer est visible de la plupart des pièces de la villa. Dans la salle à manger,une loggia vitrée offre la plus belle vue que l’on puisse avoir sur le port et la vieille ville de Menton. Dans le vestibule d’entrée, on admire les peintures et fresques murales exécutées par Ferdinand Bac, soigneusement restaurées, ainsi que des arcades vénitiennes, des vitraux et carreaux en ciment peint de motifs floraux.

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Après avoir franchi une porte en fer finement ouvragé, le visiteur accède à un atrium d’inspiration mauresque. Le Jardin d’Homère est un espace clos agrémenté d’un bassin. Son pourtour est orné de peintures murales tirées de l’Odyssée.

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L’imaginaire méditerranéen

Chargé de symboles, le parc de trois hectares appelle à un voyage initiatique au fil de la Méditerranée. Une oliveraie de deux cents oliviers plusieurs fois centenaires, des arbres rares comme un caroubier millénaire, probablement le plus vieux de France, des chênes verts, des allées d’ifs et des escaliers en pierre accrochés à la montagne… Bac souhaitait rendre sensible la latinité du paysage méditerranéen.

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Il trouvait oppressantes les compositions florales des Anglais installés à Menton. Dans ses jardins, il bannissait le gazon et le palmier, qu’il surnommait le ‘balai des tropiques’ et autres essences exotiques acclimatées sur la Riviera. Il leur préférait les merveilleux cyprès sombres, les pins d’Alep et les oliviers sacrés de Toscane et de l’Ombrie.

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«Faire un bouquet de tous mes souvenirs de voyage (…) les réédifier autour de moi pour mieux les faire revivre». Ferdinand Bac modifie ses souvenirs en ne conservant que ce qu’ils ont de commun, ce qui relie entre elles les grandes civilisations, orientale, grecque, romaine, arabo-andalouse et espagnole, qui se sont épanouies sur les rives de la Méditerranée.

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«Un choix de formes nées de la Méditerranée, dépouillé de ce qui accuse le caractère si précis des temps, des religions et des règnes, en dégager une synthèse suffisamment claire pour retrouver le signe ancestral qui les unifie toutes en une seule famille, baignée par la même mer, le même climat et la même culture originelle.»

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Comme une pièce de théâtre

Les «fabriques» sont les surprises du jardin. Plusieurs pavillons, colonnades, ponts et même mausolée proposent entre leurs arcatures de merveilleuses échappées sur la vieille ville de Menton, les caps et les crêtes rocheuses. L’effet de cadrage théâtral ayant la capacité de rendre proches les vues éloignées, celles-ci deviennent des ornements pour le jardin.

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«Cette façon de voir débute, autour de la maison, par de menues intimités, par un jardin secret, enfermé dans des grilles et des murs, pour s’amplifier peu à peu, à mesure qu’on s’éloigne du logis, à des dispositions géométriques plus audacieuses jusqu’à s’abriter dans la soumission d’une topographie grandiose, pleine d’accidents, de ravins, de rochers, indociles à toutes discipline, en aboutissant enfin à un promontoire où les dernières chaînes des Alpes plongent dans un horizon infini…»

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Le jardin devient la respiration de la maison avec une fusion parfaite entre les pièces peintes dans ces bleus de l’imaginaire et les chambres de verdure du parc. Effaçant les terrasses, remodelant les pentes, traçant des allées dramatiques, semant des bassins et des statues, le magicien a créé le plus lyrique des jardins habité de mystérieuses présences. Sculptures et céramiques dédiées à des figures de la mythologie antique ou à des artistes de la Renaissance, obélisque, grotte, allée de jarres mettent en scène le ciel, la mer et les arbres.

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Ferdinand Bac vécut vingt ans dans ce jardin devenu le sien. «J’ai suivi ma route au jour le jour comme un écolier qui court après les papillons», écrivait-il beaucoup plus tard en évoquant sa création des Colombières. L’inscription latine qui court le long de la façade de la maison assimile le domaine des Colombières à ce port d’attache enfin trouvé: «Inveni portum, spes et fortuna valete, sat me lusistis, ludite nunc alios» «J’ai trouvé le port, l’espoir et le hasard, au revoir, je vous ai servi de jouet, maintenant, jouez-vous des autres».

Colombières

L’esprit des jardins

Novateur à force d’être passéiste, Ferdinand Bac a toujours gardé ses distances avec la modernité et assume volontiers la posture du créateur nostalgique, voire conservateur, prônant un retour à la sensibilité, à l’histoire et à la tradition. Il rejoint pourtant notre vision contemporaine du jardin méditerranéen dont il a été un précurseur.

Colombières

Trois jardins méditerranéens, évanouis ou malmenés par le temps, portent la trace de Ferdinand Bac. La villa Croisset à Grasse a été détruite dans les années 1970 par des promoteurs immobiliers. De cette somptueuse demeure et de ses jardins, il ne reste que quelques cyprès. La villa Fiorentina, au Cap Ferrat a été remaniée par ses propriétaires successifs et son jardin revu par Russel Page puis par le paysagiste Jean Mus.

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La villa des Colombières, fresques et jardins ont été classés Monuments historiques en 1991. Au décès du dernier héritier de la famille Ladan-Bockairy, la demeure menaçait de tomber en ruines. En 1995, un couple d’anglais, Michael et Margaret Likierman, tombe sous le charme de la propriété. Avec l’aide du Ministère de la Culture et du Conseil Général des Alpes Maritimes, ils entreprennent un chantier de cinq ans qui réhabilite les lieux, la villa et les jardins avec l’aide des paysagistes Eric Ossart et Arnaud Maurières. Ce domaine symbolique de la Riviera française n’est ouvert que quelques jours par an.

Colombières

Les Colombières, 312 route de Super Garavan à 06500 Menton. Visites guidées sur réservation. www.lescolombieres.com et www.tourisme-menton.fr

Sources:

  • «Les Colombières, ses jardins et ses décors, commentés par leur auteur», Ferdinand Bac, Paris, Louis Conard libraire-éditeur, 1925.
  • «Ferdinand Bac, créateur de jardins (1859-1952)», Marie-Claude Létang-Chavoin, Journal d’agriculture traditionnel et de botanique appliquée, 1995. www.persee.fr
  • «Culture et paysage. Le jardin méditerranéen de Ferdinand Bac», Agnès du Vachat, éditions du Petit Génie. Fondation des Parcs et Jardins de France, 2017.
  • «Les Colombières, Ferdinand Bac’s mediterranean masterpiece», Liekerman, photos de Massimo Listri, 2013.

Reportage publié en 2018 dans L’Eventail (www.eventail.be)

 

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