20 ans de journalisme,
la passion du voyage et des jardins.

Dans le refuge de son atelier, le décorateur Thierry Bosquet vit comme à Venise. Son jardin secret et mystérieux est peuplé de topiaires, de grotesques et de bustes antiques.

L’amour du beau

Scénographe, décorateur, costumier, peintre, illustrateur…, Thierry Bosquet a décoré les plus grandes scènes de théâtre du monde. Issu d’une famille d’artistes, il a grandit dans les coulisses du Théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles où son grand-père était directeur. Excellent musicien et sensible à la beauté des châteaux et des jardins, son père lui a transmis ce sens de l’esthétique, de la grandeur et du faste. «Je me souviens de ma première visite au Château de Versailles quand j’étais tout petit. J’ai été littéralement envoûté. A partir de ce jour, ma vie a littéralement basculé.»

Thierry Bosquet

Le rêve de Poliphile

Thierry Bosquet étudie la scénographie à La Cambre. A 21 ans, il réalise son premier décor à la Monnaie. Il a ensuite beaucoup travaillé comme décorateur de théâtre à Venise, Palerme, Rome et Milan. «Mes parents m’ont élevé en me faisant visiter tous les palais et jardins d’Italie, les plus privés, les plus secrets. A cette époque, ces palais étaient merveilleusement à l’abandon. J’adorais ça. Mon jardin idéal ressemblerait à celui de la Villa Lante, près de Viterbe en Italie. Malgré ses dimensions importantes, Lante suggère la délicatesse, l’intimité et le raffinement.»

Thierry Bosquet

La démesure théâtrale

C’est à Uccle, au sud de Bruxelles, que vit Thierry Bosquet dans un de ces derniers quartiers où la ville semble ne jamais être arrivée. «J’ai acheté cette petite maison de village dans les années 70. J’ai de la chance car elle est toujours entourée de champs et de prairies.» La décoration baroque de la maison est fascinante. Maurice Béjart avec qui il a beaucoup travaillé a dit de lui dans ses mémoires: « Thierry Bosquet est fou d’opéra. Dans une autre vie, il a du être le fils naturel de Mozart. J’admire la façon dont Thierry nous trompe en faisant semblant de vivre au vingtième siècle. Rentré chez lui, je le soupçonne d’avoir accès au dix-huitième par une porte secrète derrière le grand miroir qu’il a installé dans son salon »  

Thierry Bosquet

Artisan plutôt qu’artiste

Depuis plus de cinquante ans, Thierry Bosquet s’adonne à sa passion, la décoration. Des décors de théâtre mais aussi des maquettes et des peintures murales, ces toiles qu’on maroufle sur les murs et les plafonds avec comme thème de prédilection des châteaux, palais, jardins, fruits et natures mortes.  Ce qui le séduit, ce sont les vestiges d’un monde civilisé à l’extrême. l’équilibre d’ensemble et la surcharge ornementale. «Je ne fais pratiquement plus de décor ni de costumes pour le théâtre. A présent, je construit surtout des maquettes avec des décors imaginaires en miniature. Pour créer l’illusion, j’utilise tous les matériaux qui me tombent sous la main: du carton, du papier, des morceaux de ruban que je découpe et que je repeins. Je fais ce que j’aime et ce qui m’amuse…»

Thierry Bosquet
Thierry Bosquet
Thierry Bosquet
Thierry Bosquet

Un labyrinthe de verdure

Situé à l’arrière de la maison, le jardin de dix ares est compartimenté en chambres de verdure. Cloisonné de haies d’ifs et de buis en topiaires, le terrain prend une allure de dédales. «L’atmosphère de mon jardin se situe entre le jardin de curé et le jardin italien. Je n’ai jamais eu la veine jardinière et je ne suis pas un adepte des fleurs et des plantes rares. J’aime que le décor soit installé assez rapidement et que l’effet soit immédiat, que l’on ait l’impression que tout est en place depuis toujours. J’ai voulu que le jardin soit comme un labyrinthe de pièces de verdure, ça l’agrandit. Il fallait qu’il soit mystérieux, un peu abandonné. C’est tout un art de trouver cet équilibre entre un entretien minimum et un certain degré d’abandon.»

Thierry Bosquet
Thierry Bosquet
Thierry Bosquet
Thierry Bosquet

Un décor de théâtre

Pour prolonger l’esprit du décor de sa maison, l’artiste a donné à son jardin un petit caractère théâtral. «J’ai dessiné les éléments en treillage qui ont été réalisés par des artisans du théâtre de La Monnaie. Le jardin est peuplé de bustes, de têtes grotesques et de vases en céramique. Cela m’importe peu que les choses soient ou non authentiques. Je ne suis ni antiquaire, ni collectionneur et je mêle pièces anciennes et éléments de décor sans aucun problème. Ce qui m’importe surtout, c’est l’atmosphère qui se dégage d’un lieu. Les objets doivent avoir un sens et une âme.»

Thierry Bosquet
Thierry Bosquet
Thierry Bosquet
Thierry Bosquet
Thierry Bosquet
Thierry Bosquet

Le sens de la fête

«Je crée des décors qui me font penser aux endroits que j’aime. Versailles m’a toujours fasciné. Je lui ai consacré deux livres. Le premier s’appelait «Versailles disparu», avec de nombreuses recherches historiques sur le décor intérieur du château et des jardins sous Louis XIV. C’était le baroque dans sa période la plus fastueuse. Dans les jardins, il y avait des topiaires, des bosquets avec des statues et des fontaines, des rocailles fantastiques, c’était enchanteur.»

Thierry Bosquet
Thierry Bosquet
Thierry Bosquet
Thierry Bosquet

Le château de Chimay

«J’aurais aimé dessiner un vrai jardin. Il y a longtemps, le Prince et la Princesse de Chimay m’avaient demandé de dessiner un théâtre de verdure dans le parc de Chimay. J’avais dessiné des plans et réalisé des maquettes et des tableaux qui le représente mais il n’a jamais été réalisé.» Par contre, Thierry Bosquet a réalisé un  décor pour le théâtre du Château de Chimay. Et un salon du château lui est consacré de façon permanente en raison des liens étroits de collaboration entre l’artiste et les Princes de Chimay.

Thierry Bosquet

L’atelier et le jardin de Thierry Bosquet à Bruxelles se visitent dans le cadre de l’association Jardins Ouverts de Belgique. www.jardinsouverts.be

Château de Chimay, visite du château, du théâtre et du salon Thierry Bosquet. Exposition temporaire consacrée à Thierry Bosquet du 03.05 au 18.11 2018, rue du Château 14 à Chimay, Belgique. www.chateaudechimay.be

A lire: « Versailles disparu », Thierry Bosquet et Philippe Dasnoy, 2001, éditions Acatos et « Thierry Bosquet », Léa de Belgique, 2014, éditions José-Noël Doumont

Pour découvrir d’autres jardins en Belgique et à travers le monde, rendez-vous dans la rubrique Jardins

Reportage publié en 2013 dans L’Eventail (www.eventail.be)

 

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