Le jardinier est aussi un coloriste. Au jardin, la couleur nous permet de créer des jeux d’harmonies et de contrastes.
Les couleurs au jardin
Comment harmoniser les couleurs des fleurs et des feuillages au jardin? Comment jouer avec la lumière pour créer des ambiances dans un jardin? La question est complexe car la couleur n’existe pas en tant que tel. C’est un effet d’optique. Pour comprendre la couleur et son utilisation dans le jardin, on doit se plonger au coeur même de la théorie des couleurs.

Jardin du paysagiste Piet Oudolf à Trentham Garden
Couleur arc-en-ciel
Pour classer les couleurs et analyser les rapports entre elles, la nature nous fournit un outil: le spectre des couleurs tel qu’il apparaît dans l’arc-en-ciel. Quand le soleil brille et qu’il pleut au loin, l’arc-en-ciel forme une courbe colorée dans le ciel. C’est la réfraction des rayons de lumière dans les fines gouttelettes de pluie qui engendre la couleur. Captées par l’oeil et analysées par notre cerveau, les différentes longueurs d’ondes lumineuses provoquent des dégradés de couleurs.

Cercle chromatique
Cercle chromatique des couleurs
Pour organiser les couleurs présentes dans l’arc-en-ciel, on a créé un cercle chromatique en forme de roue. Chaque partie du cercle est consacrée à une nuance, les couleurs se succédant dans l’ordre de celles de l’arc-en-ciel. On distingue trois couleurs primaires, trois couleurs secondaires et une infinité de teintes entre toutes ces couleurs. Dans un jardin, le cercle chromatique permet de comprendre comment les couleurs interagissent entre elles et comment les fleurs et les feuillages peuvent être combinés de manière harmonieuse.

Cambo Garden en Ecosse
Trois couleurs primaires: rouge, bleu, jaune
Le rouge Magenta, le bleu Cyan et le jaune Yellow sont les trois couleurs primaires contenues dans l’arc-en-ciel. Ces couleurs sont dites pures car elles ne peuvent pas être créées en mélangeant d’autres couleurs. Elles sont disposées de manière équidistante sur le cercle chromatique. Le rouge est une couleur chaude et dominante. Dans le jardin, le rouge absorbe les lumières. Il raccourcit les distance et doit être vu de près. Le bleu est une couleur froide et apaisante. Dans le jardin, le bleu s’inscrit facilement dans le paysage car il est proche du vert dans la gamme chromatique. Le jaune est une couleur chaude et intense. Dans le jardin, le jaune évoque une tache de soleil. Il attire le regard avant toutes les autres couleurs. (voir mes reportages sur les Fleurs rouges, les Feurs bleues et les Fleurs jaunes)



En haut, muscari, rose trémière et tournesol
Trois couleurs secondaires: vert, orangé, mauve
Le vert, l’orangé et le mauve sont les trois couleurs secondaires qui sont disposées entre les couleurs primaires. Ces trois couleurs sont nées du mélange des couleurs primaires situées côte à côte sur le cercle chromatique.

Hosta
Le vert est un mélange de jaune et de bleu. Dans un jardin, un fond de feuillages verts tempère la violence des couleurs primaires.

Papaver nudicaule
L’orange est un mélange de rouge et de jaune. Il réchauffe les massifs et apporte de la vitalité au jardin. (voir mon reportage sur les Fleurs orange)

Iris
Le mauve (ou le violet) est un mélange de rouge et de bleu. C’est la couleur la plus sombre et la plus subtile du jardin. (voir mon reportage sur les Fleurs mauves)

Allium et Astrantia
Six couleurs tertiaires
En mélangeant une couleur primaire et une couleur secondaire, on obtient une couleur tertiaire. Ces couleurs assurent la transition entre les couleurs principales. Dans le jardin, ces couleurs intègrent tellement de nuances qu’elles peuvent être utilisées seules ou en mélanges.

Rosier ‘Lady of Shalott’
L’orange clair est né du mélange du jaune et de l’orange.

Rosier ‘Summer Song’
Le rouge orangé est né du mélange du rouge et de l’orange.

Euphorbia cyparissias
Le vert clair est né du mélange du vert et du jaune.

Hosta
Le turquoise est né du bleu et du vert.

Iris spuria
L’indigo est né du bleu et du mauve.

Dianthus barbatus
Le rose pourpré est né du mélange du violet-mauve et du rouge.

Azalées à feuillage caduc
Température des couleurs, chaudes ou froides
Le jaune, l’orange et le rouge sont des couleurs chaudes qui semblent proches de nous et plus intimes.



En haut Fritillaria imperialis, Géranium et Camellia japonica
Le bleu, le vert et le mauve sont des couleurs froides. Les fleurs de ces couleurs froides semblent plus éloignées, allongeant la perspective.



En haut Delphiniuim, chou et Aster novae-angliae ‘Jason’
Une couleur chaude trouve son complément dans une couleur froide et inversement. Ainsi l’orange est complémentaire du bleu, le vert du rouge et le violet du jaune. Chaque partie valorise l’autre et la met en lumière.

Trentham Garden par le paysagiste Piet Oudolf
Le contraste des couleurs complémentaires
Dans le cercle chromatique, chaque couleur primaire est opposée à une couleur secondaire. Par exemple, le rouge et le vert sont des couleurs complémentaires tout comme le bleu et l’orangé, le jaune et le mauve. Placées côte à côte, ces couleurs opposées sur le cercle chromatique ont tendance à se renforcer mutuellement pour créer des contrastes. Pour tempérer le contraste dans un jardin, la couleur la plus forte doit être noyée dans une masse de couleurs plus calmes.

Le blanc, couleur de la lumière
Le blanc ne fait pas partie du cercle chromatique. Le blanc est la couleur de la lumière qui éclaircit les autres couleurs. Dans le jardin, les fleurs blanches mettent en valeur les autres couleurs de fleurs hormis les plus pâles. Quelques touches de blanc servent de lien entre toutes fleurs d’un massif très coloré en évitant la cacophonie de couleurs. (voir mon reportage sur les Fleurs blanches)





En haut, Rose ‘Kew Gardens’, Pieris japonica, Iberis sempervirens, Viburnum macrocephalum
Mélangé au noir, le blanc devient gris.

Echeveria
Mélangé au jaune, le blanc devient ivoire ou crème.

Tulipe
Mélangé au rouge, le blanc devient blanc nacré ou rose. (voir mon reportage sur les Fleurs roses)

Papaver somniferum
Mélangé au bleu, le blanc devient lilas.

Geranium ‘Rozanne’
L’harmonie des couleurs voisines
Dans un jardin, les couleurs voisines ou presque voisines sur le disque des couleurs sont en harmonie entre elles. Ainsi le rouge, l’orange et le jaune s’associent en harmonie. Un peu de mauve, un peu de rose doux et une touche de blanc font un pastel harmonieux. On peut aussi introduire deux couleurs complémentaires, le jaune et le mauve par exemple et introduire une troisième couleur proche, le rose violet ou le bleu indigo. Les fleurs jaunes serviront de faire valoir aux autres fleurs et l’ensemble sera harmonieux.

Helenium
Le noir
Sans lumière, c’est le noir total. Le noir correspond à une absence totale de toutes les longueurs d’onde. Pratiquement, on obtient le noir en mélangeant à part égales les trois couleurs primaires, le rouge, le jaune et le bleu. Le noir sert à assombrir les autres couleurs.




En haut Sedum ‘Purple Emperor’, chou, Ophiopogon planiscapus ‘Nigrescens’, Heuchera et Imperata cylindrica
Dans le jardin, il n’existe pas de fleurs ni de feuillages noirs mais certaines plantes s’en approchent comme les fleurs et les feuillages dans les tons gris, pourpres, bronze ou violet foncé. (voir mon reportage sur le Jardin pourpre)

Heuchera
Saturation des couleurs
La couleur se caractérise aussi par sa pureté ou saturation. Les couleurs pures sont saturées, vives, fortes et lumineuses.

Geranium
Lorsque qu’elles sont diluées avec du blanc, du noir ou une couleur complémentaire, les couleurs sont désaturées. Par exemple, le rouge vif est une couleur saturée alors qu’un rouge brique est moins saturé. Les couleurs désaturées comme le rose ou le bleu lilas sont douces, moins intense, moins franches, assourdies, voire parfois un peu terne.

Digitale et géranium
Pour le jardinier, le degré de saturation de la couleur est une donnée importante. Dans un jardin, une couleur intense et pure prend en général du relief sur un fond insaturé. C’est le cas des rouges, jaunes et orangés qui se détachent toujours sur un fond de verdure.

Coquelicot et euphorbe
Les teintes insaturées, à l’inverse, sont plus fades et semblent se fondre dans l’arrière plan, surtout lorsqu’elles contiennent du bleu.

Rosier et nepeta
L’ombre ou la lumière
La luminosité ou l’ombre affecte le degré de saturation d’une couleur. Dans un jardin, le plein soleil fait ressortir le rouge d’une fleur rouge teintée de noir tandis que dans l’ombre, la même fleur paraît presque noire. Une fleur mauve au soleil devient bleu foncé à l’ombre.

Ail d’ornement et ancolies
De même, l’opposition entre les teintes sombres et les coloris clairs a son importance. C’est pourquoi, au crépuscule dans le jardin, nous pouvons encore distinguer de fleurs claires, blanches ou jaune pâle alors que nous ne distinguons plus les fleurs mauves ou rouge foncé.

Stachys lanata et Lavendula
Les feuillages panachés conviennent mieux aux sites ombragés car ils créent un effet de lumière.

Brunnera macrophylla ‘Sea Heart’
Au fil du jour
La lumière évolue au fil des heures, influençant notre perception des couleurs des fleurs et des feuillages au jardin. Le matin dans le jardin, la lumière est douce et semble bleutée. A midi, la violence du plein soleil et les ombres tranchées écrasent toutes les couleurs. Dans les coins ombragés, le pouvoir réflecteur du ciel bleu magnifie les bleus et les violets ainsi que le blanc qui se teinte alors de bleu pâle. Au soleil couchant, le ciel semble rouge, faisant flamboyer les fleurs rouges, jaunes et orangés.

Au fil des saisons
La lumière varie aussi suivant les saisons. Au printemps, la lumière douce et froide fait briller les tendres feuillages. Elle convient bien aux couleurs vives telles le jaune des jonquilles, le bleu des muscaris ou le rouge des tulipes qu’elle rend fraîches et pimpantes, mais jamais criardes.

Jardin de Ginny en Belgique
L’été, la plus belle lumière se situe au début et en fin de journée alors qu’à midi, elle écrase toutes les couleurs.

Cambo Garden en Ecosse
En automne, la lumière redevient douce et clémente, surtout avec un soupçon de brume. Les ors et les rouges vifs ou mauves des feuillages et des baies dominent. En hiver, le soleil qui est bas joue avec les écorces et la silhouette de arbres et arbustes. La moindre couleur jette une note vive dans la grisaille.

Callicarpa bodinieri ‘Profusion’
Du nord au sud
La lumière en l’Angleterre est différente de celle du sud de la France. Au sud, les couleurs pures supportent l’ardeur du soleil avec des contrastes marqués qui sembleraient provocants plus au nord. Le photographe sait bien que dans les jardins du nord, c’est par un temps légèrement couvert, quand la lumière est diffuse et les ombres à peine marquées, que l’on peut le mieux apprécier la subtilité des couleurs, les teintes douces et pastel.

Cambo Garden en Ecosse
Des goûts et des couleurs
La visite de jardins donne des idées d’associations de couleurs dans un massif mais un terroir n’est pas l’autre. Le cadre joue aussi un rôle, les couleurs du ciel et de l’eau, les couleurs d’un mur peint, les couleurs des pierres, du bois, du gravier ou de la terre. Par ailleurs, les goûts diffèrent et ils évoluent au fil du temps. Il n’y a pas de bons ou de mauvais goûts. Le choix des couleurs est une affaire personnelle et seul le plaisir des yeux compte.




En haut Rose et Lythrum salicaria, Rose ‘Munstead Wood’, Rhododendron et Bruyères, Rose ‘Rhapsody in Blue’
A lire:
- «La couleur au jardin», Andrew Llawson, La Maison Rustique, https://editions.flammarion.com/
- «Les couleurs de votre jardin», Penelope Hobhouse, Nathan, https://www.nathan.fr/
- «Couleurs éclatantes pour un jardin contemporain», Nori et Sandra Pope, Gründ, https://www.editis.com/maisons/grund/
- «Guide de la couleur au jardin», Francis Peeters et Guy Vandersande, Ulmer, https://www.editions-ulmer.fr/
Rendez-vous dans la rubrique Végétaux, Plantes vivaces, pour découvrir mes reportages sur le Jardin pourpre, les Fleurs jaunes, les Fleurs orange, les Fleurs rouges, les Fleurs bleues, les Fleurs roses, les Fleurs mauves, les Fleurs blanches ou cliquez sur les liens.

