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Somptueuse comme une orchidée, la fleur de l’iris exerce une fascination par ses formes architecturales et de ses coloris surprenants. Découverte avec Richard Cayeux, le plus grand producteur d’iris d’Europe.

Les iris Cayeux, une histoire de famille

Richard Cayeux a la passion des iris comme d’autres chérissent les roses. Voici près de 40 ans qu’il cultive et crée de nouvelles variétés et il s’amuse toujours comme au premier jour. «Les iris de jardin n’ont jamais existé en tant que tel dans la nature. C’est une création de l’homme.» Richard Cayeux sait de quoi il parle. Les iris Cayeux, c’est une histoire de famille. Cela fait la quatrième génération que la famille Cayeux cultive des iris.

Iris Cayeux

Jean-Baptiste, René, Jean et Richard

Au début, la société Cayeux & Le Clerc produisait des graines, comme Vilmorin. Jean-Baptiste Cayeux (dit Ferdinand) était reconnu comme le meilleur créateur d’iris du début du 20e siècle, réalisant un nombre considérable d’hybridations. Après la seconde guerre mondiale, la collection est sauvée par son fils René qui publie des catalogues illustrés. Avec Jean, la troisième génération reprend l’aventure. En 1960, il installe ses champs de culture sur le site de Poilly-lez-Gien, dans le Loiret. Il transmet sa passion à son fils Richard qui poursuit avec rigueur et poésie l’amélioration de cette fleur au potentiel fabuleux.

Iris Cayeux catalogue ancien
Iris Cayeux catalogue ancien
Iris Cayeux catalogue ancien
Iris Cayeux catalogue ancien
Iris Cayeux catalogue ancien
Iris Cayeux catalogue ancien

L’Iris germanica, la fleur à barbe

L’histoire des iris de nos jardins ou Iris germanica, commence en 1822. Le parisien Marie-Guillaume de Bure obtient par semis l’Iris buriensis, obtention considérée comme le départ d’une nouvelle ère pour les iris barbus (dont les sépales portent une barbe), communément appelés Iris des jardins. Au fil des hybridations, la silhouette de la plante va évoluer, le nombre de boutons augmenter, jusqu’à 14 boutons par tige! La floraison s’allonge et on peut dire adieu à l’idée de l’iris fleur éphémère.

Iris Cayeux Dame de Coeur

Iris Cayeux ‘Dame de Coeur’

La séduction faite fleur

Les fleurs deviennent plus grandes, plus ondulées, plus fermes. Les coloris gagnent en pureté et de nouvelles associations de teintes voient le jour. Les créateurs d’iris décident d’intensifier un coloris existant, comme le rose ou l’orange (Coup de Soleil, Cayeux 2007). Ils peuvent aussi inverser les couleurs ou changer la couleur des barbes, par exemple greffer une barbe rouge sur un iris noir ou sur un amoena jaune (Bonbon Acidulé, Cayeux 2008). Beaucoup de nouveaux motifs sont apparus ces dernières années, des sépales aux bordures de diverses teintes et de largeur variable (Cartouche et Jacques Coeur, Cayeux 2010 et Crème Fouettée et Soufrière, Cayeux 2016)

Richard Cayeux
Iris Cayeux
Iris Cayeux
Iris Cayeux
Iris Cayeux Jacques Coeur
Iris Cayeux Condottiere

Un travail de création

«La création de nouvelles variétés n’est pas le fruit du hasard, explique Richard, mais de tout un travail de réflexion car il faut choisir les plantes à croiser. Les buts sont multiples, accroître la résistance aux maladies, changer la couleur de la barbe, créer de nouveaux motifs, intensifier une couleur existante… L’essentiel est de choisir les bons parents pour tendre le plus rapidement possible vers son objectif » Les trois quart des croisements sont programmés mais il y a aussi des surprises qui proviennent d’oublis ou de fantaisies du moment. C’est le côté poétique de ces recherches qui nécessitent aussi beaucoup de patience. «Ce serait trop simple si nous parvenions dès la première génération à notre objectif. Certaines nouveautés proviennent de vingt ans de recherche, voire plus.»

Iris Cayeux Faïence de Gien

Iris Cayeux ‘Faïence de Gien’

La naissance d’un iris

C’est durant la période de floraison, au mois de mai, que Richard effectue les croisements. Il se promène entre les rangs d’iris muni de son précieux carnet où il inscrit l’origine et la référence du croisement et des semis obtenus. On obtient de nouvelles variétés par pollinisation. Pour croiser deux iris, on prélève avec une petite pince l’étamine d’une variété et l’on dépose ses grains de pollen sur le stigmate d’une autre fleur. Les sépales sont enlevés pour empêcher la pollinisation par les insectes. Le pollen va descendre vers l’ovule et il y aura fécondation. Le fruit qui porte le numéro du croisement va grossir pour contenir entre 30 et 50 graines.

Iris Cayeux hybridation
Iris Cayeux hybridation
Iris Cayeux hybridation
Iris Cayeux hybridation
Iris Cayeux hybridation
Iris Cayeux hybridation

De la graine à la première floraison

Le fruit est récolté durant l’été et les graines sont mises à sécher pendant deux mois. Elles sont ensuite semées au mois d’octobre sous châssis froids. La germination commence en février. Les plantules sont repiquées en pleine terre début mai. Il faut attendre deux ou trois ans pour avoir une première floraison. Ensuite, il faut encore observer la plante durant trois, quatre ou cinq ans. Sur 350 croisements et 1000 plantules, on choisi en moyenne 60 nouvelles variétés. Il en restera 5 pour mille qui seront multipliées pour pouvoir les proposer à la vente.

Iris Cayeux

1200 variétés d’Iris Cayeux

Les champs de culture des iris Cayeux s’étendent sur 22 hectares consacrés uniquement aux iris, avec plus de 1200 variétés que l’on peut venir contempler durant la floraison dans le jardin d’exposition qui se trouve en bordure des cultures. De nombreux amateurs viennent s’y promener durant le mois de mai pour admirer, comparer et choisir les iris avant de les commander et de les replanter dans leur jardin au début de l’été. Après la floraison, le rhizome qui a fleuri meurt et ce sont les rhizomes latéraux qui se développent et qui fleuriront l’année suivante. C’est le principe de la multiplication végétative, ce qui permet de conserver la plante identique à la plante mère.

Iris Cayeux

L’iris dans le jardin

La période idéale pour diviser et planter les iris dans un jardin se situe entre début juillet et fin septembre. On l’installe en situation bien ensoleillée, en sol neutre à calcaire, très bien drainé. Si la terre est légèrement acide, on doit rajouter de la chaux pour remonter le pH. Le compost améliore la structure des terrains argileux et donc le drainage. L’apport d’engrais peut améliorer la floraison. Mais il faut éviter de choisir un engrais riche en azote qui favorise un grand développement du feuillage et augmente le risque de pourriture. Après la floraison, on coupe la hampe florale mais on peut laisser le feuillage. Tous les trois ou quatre ans, on divise les rhizomes en ne gardant que les plus forts qui se trouvent périphérie. On les replante à fleur de terre, sans les enterrer. C’est une façon de les régénérer, comme on le fait pour certaines vivaces.

Iris Cayeux

Iris Cayeux, La Carcaudière, Route de Coullons à Poilly lez Gien, France. www.iris-cayeux.com

Le catalogue 2018 de la maison Cayeux rassemble 660 variétés d’iris. Plus de 200 variétés de la collection sont des créations maison. Nombre d’entre elles ont déjà été récompensées lors des concours internationaux, à Paris, Londres, Florence, Munich mais aussi à Moscou et aux USA. Au mois de mai, sur le site des champs de culture, on peut admirer les iris en fleurs regroupés dans les carrés de présentation. Les expéditions commencent en juin pour se terminer fin octobre.

A lire : «Iris, choisir, planter et cultiver 350 plantes», Richard Cayeux, Larousse-Expert.

The Americain Iris Society (AIS) www.irises.org

Crédit photos Agnès Pirlot et Iris Cayeux

Reportage publié en 2011 dans Les Jardins d’Eden (www.edenmagazine.be)

 

 

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