La cathédrale Saint-Bavon de Gand expose un véritable trésor, le retable de l’Agneau Mystique des frères Van Eyck.

 

L’Adoration de l’Agneau Mystique

Paris possède La Joconde, la ville de Gand en Belgique détient l’Adoration de l’Agneau Mystique de Van Eyck, un chef-d’oeuvre de la peinture des Primitifs flamands que l’on admire dans la cathédrale Saint-Bavon. Du péché originel au sacrifice de l’agneau, l’oeuvre raconte en plusieurs tableaux toute l’histoire du salut de l’âme.

Dans la cathédrale Saint Bavon

L’Adoration de l’Agneau Mystique, en néerlandais Het Lam Gods, l’Agneau de Dieu, est une oeuvre majeure de la peinture du 15e siècle. Le jour du baptême du fils aîné de Philippe le Bon, Duc de Bourgogne et souverain des Flandres, le 6 mai 1432, le retable est placé sur l’autel de la chapelle Vijd de l’église Saint-Jean, l’actuelle cathédrale Saint Bavon de Gand.

Ce polyptyque monumental fut commandé aux frères Van Eyck par l’échevin Joos Vijd et son épouse Elisabeth Borluut, fille d’une des plus honorables familles de la cité, dont on retrouve les portraits au dos du retable. Ce couple de bourgeois anoblis à la fin du 14e siècle avait trouvé là le moyen de passer à la postérité sans descendance.

Hubert et Jan Van Eyck

Composé de dix panneaux de chêne encadrés recouverts en couches successives de peinture à l’huile, le polyptyque est ébauché par Hubert van Eyck mais celui-ci décède à Gand en 1426. C’est son jeune frère, Jan Van Eyck qui achève le retable en 1432, sans qu’on sache exactement quelle est la part de chacun des deux frères.

Le retable de l’Agneau Mystique

Le registre supérieur de l’intérieur du retable représente le Christ-Roi trônant entre la Vierge Marie et saint Jean-Baptiste. Ils sont encadrés d’anges chantant et jouant de la musique et à l’extrémité, Adam et Eve.

Eclairé par une colombe représentant le Saint-Esprit, l’Adoration de l’Agneau de Dieu occupe le panneau central du registre inférieur. Des anges en prière l’entourent et plusieurs groupes de personnes se dirigent puis se prosternent devant l’Agneau Mystique.

Le souci du détail

Peintre de cour au service de Philippe le Bon, Jan Van Eyck a beaucoup voyagé découvrant une faune et une flore inconnues qu’il reproduit dans ses tableaux. Son souci du détail est phénoménal. Il est l’un des premiers à peindre une lune réaliste avec des cratères lunaires. Sa mémoire est photographique et il reproduit ainsi les rochers qu’il a vu à Liège ou Dinant.

Une restauration spectaculaire

Coordonnée par l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA), une longue restauration de 2012 à 2020 a été nécessaire pour retrouver la peinture originale des frères Van Eyck enfouie sous les repeints et révéler toute la splendeur de ce retable. L’oeuvre a retrouvé son unité, sa cohérence spatiale et lumineuse, sa qualité d’une finesse révolutionnaire.

Après avoir supprimé les couches de vernis oxydés, les restaurateurs ont découvert une surface croûteuse, écaillée et granuleuse qui couvrait 70% de la surface et qui ne correspondait pas du tout à la peinture des Van Eyck. Dès 1550, la peinture est retouchée. Au fil des siècles, on a modifié les tons et les couleurs. Les drapés, les paysages et les visages ont été repeints.

Les radiographies montraient que la couche de peinture initiale des frères Van Eyck était intacte à 95%. La doctrine veut qu’en restauration on conserve les surpeints. Après délibération d’un comité scientifique, il est décidé de retirer au scalpel et à la loupe la croûte grumeleuse pour retrouver la peinture d’origine.

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Au fil des jours, des éléments cachés sont révélés. Dans une explosion de couleurs profondes et lumineuses, des détails ciselés comme une joaillerie réapparaissent. Dans le panneau central, de minuscules sommets enneigés émergent du ciel, des clochers de la ville de Gand ainsi qu’une tour d’Utrecht réapparaissent enfouis sous les retouches. Les drapés ont retrouvé leurs couleurs originales et leurs plis cassés, dévoilant le style unique et révolutionnaire de Jan Van Eyck qui a porté la technique de la peinture à l’huile, le réalisme des détails et le rendu des matières à un sommet jamais atteint avant lui.

Le regard de l’Agneau mystique

La restauration du retable a redonné vie à la lumière apportée par Van Eyck, du feuillage des arbres jusqu’aux reflets des perles de nacre et de verre, mais elle a également donné un sens au regard empreint d’humanité de l’Agneau Mystique, au coeur du retable. Exposé dans la cathédrale, le retable des frères Van Eyck nous délivre la promesse d’un paradis!

Retable de l’Agneau Mystique à Gand

Cathédrale Saint-Bavon, Gand, Belgique. Centre d’accueil dans la crypte rénovée avec des lunettes de réalité augmentée qui permet de retrouver l’époque des frères Van Eyck et de comprendre leur peinture puis visite de la chapelle où est exposé le Retable de l’Agneau Mystique dans une vitrine climatisée et anti-vol. Réservation conseillée sur le site https://visit.gent.be/fr/voir-et-faire/adoration-de-lagneau-mystique

Crédit photos : Dominique Provost et Hugo Maertens https://artinflanders.be/

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