Bordant la mer Méditerranée, les ruines romaines de Tipasa sont un lieu habité par la beauté et la poésie.

Un lieu enchanteur

«La mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines recouvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres, c’est l’essence des absinthes qui prennent à la gorge, le grand libertinage de la nature et de la mer, le mariage des ruines et du printemps.» Ainsi Albert Camus évoque Tipasa, un lieu enchanteur hors du temps et de l’espace habité par la beauté et la poésie.

Sur les rives de l’Algérie

Abritée par les contreforts du mont Chenoua, Tipasa borde le rivage de la mer méditerranée qui lui dispense une fraîcheur marine. Tipasa est un ancien comptoir punique fondé au 6e siècle avant J.C. La cité romaine a gardé son nom phénicien qui signifie ‘escale’ ou ‘lieu de passage’ sans doute en raison de sa situation sur un littoral découpé en criques et plages.

Entre pinèdes et oliviers

Les vestiges antiques de Tipasa sont rassemblés sur un promontoire rocheux, enserrés par des pinèdes et des oliviers qui offrent au visiteur une douceur et une ombre abondante. Seul un tiers des ruines de Tipasa ont été fouillées, le reste de la cité étant enfoui sous une épaisse végétation qui recouvre les ruines et les prémunit contre l’érosion.

Classé par l’Unesco

Tipasa fait partie des sites archéologiques algériens classés par l’Unesco tout comme Cherchell, Djemila et Timgad. La ville de Tipasa commence à se développer à la fin du 1er siècle avant J.C. sous le règne de Juba II, roi de Maurétanie. La cité côtière est le prolongement de la capitale Iol-Caesarea toute proche, devenant un véritable foyer d’art et de culture aux influences gréco-romaines. (voir mes reportages sur Cherchell, Djemila et Timgad)

Amphithéâtre

Peu après l’entrée du site archéologique, je découvre parmi les oliviers et les pins l’amphithéâtre de Tipasa. Il fut édifié au début du 3e siècle après J.C. à l’emplacement d’une ancienne nécropole. L’amphithéâtre était dédié aux spectacles et aux jeux. Les Romains assistaient à des scènes de combats de gladiateurs ou à des scènes de combats entre hommes et fauves.

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L’amphithéâtre était percé de cinq portes qui convergeaient vers le centre de l’arène de forme elliptique. Celle-ci était entourée par des gradins construits sur un haut mur et une série de galeries et de pièces voûtées qui comportaient des magasins pour le décor et les accessoires des jeux, une ménagerie pour les animaux et un cimetière pour les dépouilles des gladiateurs.

Decumanus Maximus

Partant de l’arène de l’amphithéâtre pour rejoindre les temples, je circule dans les rues en m’imaginant ce que pouvait être la vie quotidienne dans une cité antique. Reliant la capitale Iol-Caesarea (Cherchell) et Icosium (Alger), le Decumanus Maximus de Tipasa était une des deux artères principales de la ville antique qui traversait la cité d’Est en Ouest. Large de 14 mètres, la chaussée était dallée de pierre posées en biais pour éviter les ornières. A l’intersection avec le Cardo Maximus, la voie est bordée de deux temples qui se font face.

Temple Anonyme

Il ne reste du Temple anonyme que son soubassement ainsi que les premières marches de l’escalier qui menait à la cella, salle réservée à la statue de la divinité vénérée dans le culte païen. C’est dans cet endroit que fut exhumée une énorme jambe en marbre appartenant probablement à cette statue. Ce sanctuaire construit au 2e siècle après J.C. donnait sur une cour carrée à triple portique dont il subsiste encore les bases de colonnes. Au centre de la cour se dressait l’autel des sacrifices.

Nouveau Temple

Faisant face au Temple Anonyme et mieux conservé, le Nouveau Temple était recouvert de quatre mètres de terre. Il a été construit entre la fin du 2e et le début du 3e siècle après J.C. L’ensemble cour, portique et perron monumental donne une idée de l’immensité de ce temple dont on ne connaît pas la divinité vénérée. Il fut transformé en basilique à l’époque chrétienne puis en marché à l’époque byzantine.

Cardo Maximus

Coupant à l’angle droit le Decumanus Maximus, une seconde artère, le Cardo Maximus, traverse la cité selon un axe nord-sud qui conduit aux rivages de la Méditerranée. Cette voie dallée de pierre était bordée sur chaque côté par un portique dont on peut encore apercevoir les fûts de colonnes. Elle recèle en son centre un Cloaca qui récoltait les eaux usées de la ville. Les côtés du Cardo Maximus étaient bordés d’échoppes et de spacieuses demeures.

Villa des Fresques

Au milieu du 1er siècle après J.C., le royaume de Maurétanie est annexé définitivement à l’empire romain. Un siècle plus tard, tous les habitants de Tipasa obtiennent le droit de citoyenneté romaine. D’une superficie de mille mètres carrés (40 mètres de long sur 25 mètres de large), la Villa des Fresques témoigne de la prospérité que connut Tipasa dans la seconde moitié du 2e siècle après J.C.

La Villa des Fresques est une vaste demeure romaine dont il ne subsiste aujourd’hui que quelques pans de murs. Elle doit son nom aux traces d’enduit peint sur les murs aujourd’hui disparus. La maison s’inscrit dans un vaste quadrilatère bordé par la mer et par le Cardo Maximus. La demeure nous livre un plan classique de la domus de style hellénistique et des maisons romano-africaines.

La maison s’organisait autour d‘une cour intérieure entourée d’un péristyle qui desservait les 22 pièces d’habitation.

Dans l’aile méridionale se tenaient les pièces de réception, Triclinium salle à manger, cuisine, thermes et Oecus, salon couvert d’une belle mosaïque aux motifs géométriques. Dans l’aile septentrionale se tenait un vaste solarium qui donnait sur la mer. La maison a connu une occupation pendant près de quatre siècles.

Théâtre

Un chemin qui serpente dans les bois me mène au Théâtre situé à l’ouest de la ville antique. Construit vers la fin du 2e siècle et début du 3e siècle après J.C. ce théâtre de style classique pouvait contenir 3000 spectateurs. Il est composé d’une Cavea de forme semi-circulaire composée de gradins à ciel ouvert qui enveloppent une cour plate en demi-cercle où l’on représentait des tragédies ou des comédies. L’accès à l’orchestre se faisait par deux larges couloirs dallés. C’est l’un des rares théâtres de l’Afrique romaine qui n’utilise pas un relief naturel pour y installer ses gradins.

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Nymphée

A quelques distance du théâtre, sur le Decumanus Maximus, j’arrive devant l’immense Nymphée de Tipasa. Fontaine publique, source de fraîcheur et lieux de détente, les nymphées faisaient office de lieux de rencontre et de réunions. Le nymphée de Tipasa date du 4e siècle après J.C. L’eau était amenée d’un aqueduc par des canalisations situées à l’arrière d’un mur. L’eau s’écoulait en cascade entre des colonnes de marbre bleu dont il reste quelques vestiges sur un revêtement de marbre polychrome. L’eau arrivait dans le bassin aménagé au niveau inférieur où l’on puisait l’eau.

Les Grands Thermes

Il faut trois heures pour découvrir l’entièreté du site archéologique de Tipasa qui s’étend sur 70 hectares, à l’Est le coeur primitif de la cité avec le Forum, la Basilique civile, le Capitole et la Curie et à l’Ouest le Martyrium circulaire, la grande Basilique chrétienne et la Basilique d’Alexandre. Je termine ma visite par les Grands Thermes dont la superficie était égale à celle de l’amphithéâtre. A présent, la plus grande partie se trouve sous le village moderne. 

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Musée de Tipasa

Un petit musée est  situé au coeur du village de Tipasa, à une trentaine de mètres de l’entrée du site archéologique. Le patio expose une collection lapidaire avec des stèles votives de tradition punique avec le croissant et l’étoile posées contre les murs. Dans un espace vert jonché d’urnes et de poteries se tient une statuette, l’Enfant à l’amphore’, que l’on qualifierait de délicieusement kitch si l’on oubliait son grand âge. L’intérieur du musée expose de nombreuses mosaïques qui décoraient les riches demeures, les édifices civils, les temples, les thermes et les églises paléochrétiennes. (voir mon reportage sur les Mosaïques romaines de l’Algérie)

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Sarcophage des Centaures Marins et des Néréïdes

Très bien conservé, le sarcophage des Centaures Marins et des Néréïdes en marbre blanc date du 3e siècle après J.C. Trouvé dans un caveau de la nécropole de l’Ouest, il présente une décoration allégorique du monde marin. Au centre, une coquille est tenue par deux monstres marins, les Centaures, portant chacun sur sa croupe une Néréïde. Le décor est peuplé d’amours musiciens et de poissons.

Sarcophage de Pélops et Oenomaüs

Un autre sarcophage représente la légende de Pélops et Oenomaüs avec une magnifique représentation de préparatifs d’une course de chars. L’enjeu de la course de chars était Hippodamie, la fille d’Oenomaüs, roi de Pise, convoitée par Pélops, fils de Tantale. Bien que détérioré, ce sarcophage est peut être le meilleur monument de cette série trouvée en Afrique.

 

Céramiques et verrerie

Dans des vitrines du musée sont exposées des poteries puniques et romaines, des céramiques et des lampes en terre et des monnaies en argent. Une riche collection de verrerie rassemble des fioles à parfum ou vases d’incinération datant de la fin du 1er siècle au début du 3e siècle après J.C. Elle est considérée comme étant la plus belle d’Afrique du Nord.

 

Carnet de route de Tipasa

  • Avant de partir: l’Algérie est un pays qui s’ouvre petit à petit au tourisme. Des conseils et recommandations pour voyager en Algérie, les agences, les guides, la sécurité… https://laterreestunjardin.com/algerie-tourisme/
  • Y aller: Tipasa est une ville côtière située à 60 kilomètres à l’ouest d’Alger. Le Mausolée de Maurétanie se situe à 13 km de Tipasa. Le site archéologique de Tipasa est ouvert toute l’année. https://whc.unesco.org/fr/list/193/
  • Climat: étés chauds et secs, hivers doux et humides. Il faut éviter la période de juillet et août où la température peut atteindre 40°C.
  • A lire:  ‘Tipasa’, Collection musées à ciel ouvert, Araja Editions et ‘Universelle Algérie, les sites inscrits au Patrimoine Mondial’, Zaki Bouzid Editions

Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Afrique, pour découvrir mon Guide sur le Tourisme en Algérie, mon Carnet de voyage en Algérie, le city-guide d’Alger, le Jardin botanique d’Alger, les sites archéologiques de Cherchell, Djemila et Timgad, les Mosaïques romaines de l’Algérie, les casbahs de El Hamel, de Ghardaïa, de Beni Isguen et de El Atteuf ou cliquez sur les liens.

 

 

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