Rois du bassin, les nénuphars sont des plantes aquatiques aux fleurs en coupe ou étoilées qui vivent les pieds dans l’eau.

 

La belle saison

Les nénuphars, Nymphaea en latin, sont des plantes vivaces de la famille des Nymphaeaceae. Les nénuphars illuminent les bassins de leurs feuilles flottantes arrondies, vertes et brillantes. A la belle saison, elles sont parsemées de fleurs rouges, blanches, jaunes ou rose en forme de coupe simple ou d’étoiles très pleines magnifiques de régularité et d’opulence, qui s’épanouissent sous les rayons du soleil.

Un peu d’histoire

Symbole de paix dans l’Egypte ancienne, le nénuphar fut cultivé dans les jardins royaux en Inde et en Chine. Au Japon, les nénuphars étaient appelés ‘plantes de vie’. Ils ornaient les bassins des jardins de thé, un pont de bois ou de pierre offrant au promeneur le parfum délicat de ces fleurs. Au 19e siècle, les botanistes et pépiniéristes se lancèrent dans l’hybridation des espèces tropicales et rustiques. En France, ce fut Joseph Bory Latour-Marliac qui créa, dès 1875, les premiers hybrides à l’origine de la presque totalité des cultivars européens.

Espèces tropicales

Les nénuphars d’origine tropicale sont trop frileux pour vivre toute l’année dans nos bassins. Ils présentent de grandes feuilles dentées et des fleurs souvent portées nettement au-dessus de la surface de l’eau. Ils fleurissent le jour ou la nuit selon l’espèce, dans de l’eau à une température de 18° à 25°C. Ces nénuphars tropicaux sont assez faciles à apprivoiser car leur souches sont relativement réduites mais il faut les rentrer l’hiver dans une serre ou une véranda hors gel.

Espèces rustiques

Cinq espèces de nénuphars sont rustiques, c’est à dire qu’elles sont adaptées à notre climat. Deux sont des espèces sauvages en Europe. Nymphaea alba est un grand nénuphar à fleurs blanches avec une mutation à fleurs roses. Au fil du temps, ce ‘sport’ (mutation résultant d’un changement génétique) donna par sélection des cultivars à fleurs rouges, Nymphaea alba var. Rubra. La seconde espèce sauvage en Europe est le Nymphaea candida, petit nénuphar à fleurs blanches et étamines jaunes qui fleurit même quand l’été est maussade. Les autres espèces rustiques sont le Nymphaea odorata, nénuphar à grandes fleurs blanches parfumées, le Nymphaea mexicana, un petit nénuphar à fleurs jaunes et le Nymphaea tetragona, un nénuphar nain à fleurs blanches. Par croisements avec des espèces tropicales, ces nénuphars donneront naissance à tous les nénuphars cultivés dans nos bassins.

De la chaleur et du soleil

Les nénuphars sont des plantes plus simples à faire pousser qu’on ne le croit. Leur seule exigence est de la chaleur et une exposition ensoleillée avec au minimum cinq heures de lumière directe. Les nénuphars fleurissent de mai à septembre. Il faut attendre le milieu de la matinée pour que les sépales verts qui maintenaient le bouton fermé commencent à s’écarter, laissant entrevoir la couleur de la fleur. A midi, le nénuphar dévoile une corolle pleine et opulente formant comme une spirale étoilée. En fin d’après-midi, la fleur se referme. Elle se couche tôt pour pouvoir fleurir à nouveau le lendemain et les trois ou quatre jours suivant. Ensuite, cette fleur fugace replonge définitivement dans l’eau pour libérer ses graines.

Une eau dormante

La plantation de nénuphars ne doit pas couvrir plus d’un tiers à la moitié de la surface du bassin. L’eau doit être calme, à l’abri du courant et éloignée d’une source ou d’une cascade. Ce qu’il faut à tout prix éviter, ce sont les éclaboussures des jets d’une fontaine car les gouttes d’eau font loupe sous les rayons du soleil et grillent le feuillage. Les poissons sont tolérés mais pas en trop grand nombre. La présence des nénuphars contribue au bon fonctionnement biologique de l’étang. Les fleurs parfumées attirent les abeilles par leur nectar. Les larges feuilles forment une ombre bienfaisante à la surface du bassin. En maintenant une certaine fraîcheur de l’eau, elles diminuent la croissance des algues.

Panier de plantation

On installe les nénuphars dans des contenants individuels pour leur fournir un peu plus de terre et avoir une meilleure maîtrise de leur développement. Ces récipients peuvent être très variés, du bac maçonné directement au fond du bassin aux paniers ajourés, ronds ou rectangulaires de 3,5 à 10 litres selon la taille adulte du nénuphar. Les paniers doivent être doublés d’une toile de jute pour maintenir le substrat. Comptez un panier de 25x25cm de haut et de large pour les petites variétés, et 30x40cm pour les grandes.

Profondeur de plantation

Le bassin idéal pour les nénuphars doit être pourvu de différentes zones de profondeur. Si le bassin est trop profond, le panier de plantation peut être posé sur un bloc de béton ou quelques briques pour être placé au bon niveau. Le haut du panier doit être recouvert de 20cm d’eau au minimum. Prévoyez un quart du bassin peu profond, 30cm environ pour les variétés naines. L’eau s’y réchauffe vite au printemps de sorte que les boutons floraux se hâtent de remonter à la surface. Deux quarts du bassin sont à une profondeur moyenne de 50 à 60cm ce qui convient à la plupart des nénuphars.

Pour les grandes variétés, le dernier quart du bassin doit être de 80 à 100cm de profondeur. Ces plantes vigoureuses sont réservées aux larges bassins car, pour bien se développer, chaque nénuphar doit disposer en moyenne d’un mètre carré de surface d’eau. Lorsque le bassin est trop profond, l’eau a du mal à se réchauffer et les nénuphars mettent plus de temps à fleurir. Pour hâter la floraison, on peut poser le panier d’abord à faible profondeur. Puis il est enfoncé par paliers, au fur et à mesure de l’allongement des tiges jusqu’à sa profondeur adulte conseillée.

Terre de plantation

Le substrat de plantation doit contenir assez de matières organiques pour la reprise des plantes et être suffisamment aéré pour empêcher l’asphyxie des racines. Comptez un mélange d’un tiers de substrat pour plantes aquatiques que l’on trouve en jardinerie et deux tiers de terre de jardin dite franche (argilo-limoneuse) un peu collante. Ce mélange proche des alluvions d’étang peut être amélioré d’un engrais à diffusion lente qui va encourager la floraison. Un excès d’engrais favorise la formation du feuillage au détriment de la floraison.

Nymphaea ‘Falconer’

Planter le nénuphar

On plante les nénuphars au début de leur période de végétation, d’avril à juin, lorsque l’eau s’est réchauffée. Installez le nénuphar dans un conteneur ou un panier de plantation ajouré doublé d’une toile afin d’éviter que la plante ne colonise toute la surface de l’eau. Placez le rhizome du nénuphar bien à plat sur la terre en s’assurant que le bourgeon de croissance des feuilles affleure juste à la surface du bac de plantation. Recouvrez de 3cm de terre et de quelques galets ou gravillons pour tasser et maintenir le mélange de terre. Plongez lentement le panier dans l’eau afin de ne pas troubler l’eau.

Nymphaea ‘Paul Harriot’

La vie du nénuphar

Un nénuphar s’exprime vraiment pleinement une fois que ses racines sortent du panier pour s’installer dans les dépôts vaseux au fond du bassin. Il vaut donc mieux le déranger le moins possible et laisser se former quelques centimètres de vase. Il y a une première pousse de feuilles au printemps. Ces feuilles se tachent et jaunissent en juin et doivent dès lors être enlevées pour ne pas causer trop de déchets. Arrive simultanément une seconde poussée de feuilles et de fleurs jusqu’à fin juillet à mi-septembre selon la variété, hâtive ou tardive.

Nymphaea ‘Whisper’

Entretien

Les feuilles sont indispensables pour la fonction chlorophyllienne de la plante, pour l’assimilation des nutriments et le stockage de réserves hivernales. Mais lorsque le bassin n’est pas assez profond ou qu’il y a trop de plantes, les feuilles trop nombreuses s’élèvent au-dessus du niveau de l’eau. Elles doivent être supprimées pour ne garder que trois ou quatre feuilles par fleur ce qui permet une floraison plus abondante.

Nymphaea ‘Little Sue’

Pour lutter contre les pucerons qui se développent en colonies durant l’été, il suffit de les noyer en lavant les feuilles au jet d’eau en début de soirée. En novembre, il faut enlever toutes les matières mortes, feuilles et tiges, même au fond du bassin. Au bout de quelques années, on peut effectuer un apport d’engrais, de préférence de la corne broyée qui se présente sous la forme de carottes que l’on pique dans le bac de plantation.

Nymphaea ‘Gruss an Potsdam’

Pendant l’hiver

Un nénuphar supporte de rester durant l’hiver dans l’eau d’un bassin. Les nénuphars placés à faible profondeur, moins 30cm, peuvent être descendus plus bas pour éviter d’être pris par le gel et remontés au printemps. Si le bassin n’a pas 40cm de profondeur, il est recommandé de placer dès octobre les nénuphars en situation fraîche, mi-obscure, dans un bac d’eau ou de les conserver dans une pièce froide, une serre ou une cave, enfouis dans du sable maintenu humide.

Nymphaea ‘Gloire du Temple-sur-Lot’

Division des souches

Le nénuphar est une plante robuste aux racines charnues. Prévoyez de rempoter les nénuphars les plus vigoureux tous les deux ou trois ans. La division des souches s’effectue au mois d’avril en vidant en partie le bassin car la souche est très lourde, surtout si elle s’est enracinée dans la vase environnante. Ne conservez que les pousses les plus jeunes et les plus vigoureuses. Le morceau de rhizome allongé et ramifié d’une quinzaine de centimètres est muni d’un bourgeon terminal et parfois de bourgeons secondaires que l’on peut détacher facilement si l’on désire multiplier une belle variété.

 

Un mini bassin

Véritables bijoux en minature, les nénuphars nains peuvent très bien tenir dans des bacs très réduits. Rien ne vous empêche de créer un mini bassin dans une simple vasque ou un tonneau coupé en deux que vous poserez sur la terrasse ou le balcon. Les meilleurs cultivars sont ‘Aurora’, ‘Odorata Pumila’, ‘Chrysantha’, ‘Pygmaea Helvola’, ‘Walter Pagels’ ou ‘Graziella’. Il suffit d’associer les nénuphars à des laitues d’eau, des iris d’eau et quelques plantes oxygénantes pour créer une scène pleine de fraîcheur.

Nymphaea ‘Perry’s Magnificent’

Nymphaea ‘Sunny Pink’

Nymphaea ‘Postlingberg’

Quelques valeurs sûres

  • Nymphaea ‘Pol’s Pink Glory’, sa floraison est abondante dans des nuances délicates de rose et de grenat.
  • Nymphaea ‘Sunny Pink’, la fleur jaune rosé teinté de pêche s’épanouit un peu hors de l’eau.
  • Nymphaea ‘Potslingberg’, un classique qui est apprécié pour ses grandes fleurs blanc pur.
  • Nymphaea ‘Black Princess’, sa fleur en coupe est d’un rouge intense très foncé, étonnant.
  • Nymphaea ‘Little Sue’, il porte de petites fleurs orangées aux reflets bronze et cuivre, pour petits bassins.
  • Nymphaea ‘Escarboucle’, il se repère à sa fleur rouge rubi clair très vif, intense et lumineux.
  • Nymphaea ‘Purple Queen’, ses fleurs mêlent le rose carminé au pourpre foncé dans des dégradés délicats.
  • Nymphaea ‘James Brydon’, il développe de très nombreux pétales rose fuchsia ce qui lui donne une forme de boule. Il s’ouvre toujours, même par temps nuageux.
  • Nymphaea ‘Colonel A.J. Welch’, sa fleur étoilée est jaune canari et jaune citron aux extrémités.
  • Nymphaea ‘Marliacea Chromatella’, puissant et très florifère, il offre de grandes corolles d’un parfait jaune tendre.
  • Nymphaea ‘Froebeli’, il produit des fleurs de taille moyenne d’un superbe rouge rosé avec un coeur d’étamines jaune d’or bien visible.
  • Nymphaea ‘Colorado’, il ouvre des fleurs rose clair à l’extérieur virant à la couleur pêche vers l’intérieur.
  • Nymphaea ‘Hermine’, il se couvre de fleurs simples d’un blanc pur aussi bien dans une exposition ensoleillée que mi-ombragée.

Nymphaea ‘Wanvisa’

Nymphaea ‘Black Princess’

Nymphaea ‘Hollandia’

Quelques variétés insolites

  • Nymphaea ‘Black Princess’, il développe une fleur d’un magnifique rouge foncé nuancé et brillant.
  • Nymphaea ‘Wanvisa’ , les fleurs composées d’un mélange d’or, de rouge et de cuivre offrent un feu d’artifice ensoleillé.
  • Nymphaea ‘Siam Purple 1’, sa fleur dans les tons bleus violacé, très exotiques d’aspect, s’approche du bleu.
  • Nymphaea ‘Lily Pons’, il produit des fleurs très double d’un rose soutenu et délicat en pompons qui ressemblent à des houppettes à poudre.
  • Nymphaea ‘Perry’s Baby Red’, ses pétales rouge foncé ardent se combinent joliment avec les étamines jaune orangé et les stigmates rouge orangé.
  • Nymphaea ‘Sunny Pink’, une pure merveille aux pétales jaune rosé avec des nuances pêches à l’extérieur.
  • Nymphaea ‘Joey Tomorick’ et ‘Texas Dawn’, ils développent des fleurs jaunes très émergées ce qui leur donne un aspect tropical.

Nymphaea ‘Denver’

Nhymphaea ‘Mayla’

Nymphaea ‘Perry’s White Star’

Quelques cultivars modernes

  • Nymphaea ‘Martha’ , le rose tendre des pétales s’estompe légèrement vers le haut et le revers est rayé de vert olive.
  • Nymphaea ‘Mayla’, il porte des fleurs couleur fuchsia flashy avec un coloris plus prononcé à la base. Le coeur est constitué d’étamines orange feu
  • Nymphaea ‘Perry’s Fire Opal’, il arbore des fleurs doubles qui restent longtemps ouvertes. Le pétales rose foncé sont parcourus de rayures plus foncées.
  • Nymphaea ‘Burgundy Princess’, ses pétales rouge cerise, les quatre de l’extérieur étant rouge pâle.
  • Nymphaea ‘Doll-House’, ses pétales sont rose très pâle, plus clairs vers la pointe et les anthères jaune pâle.
  • Nymphaea ‘Denver’, ses fleurs blanc tendre sont légèrement teintées de jaune avec des étamines et des anthères jaune clair.
  • Nymphaea ‘Texas Dawn’, ce nénuphar à fleurs jaune en forme d’étoile fleurit aussi bien quand il y un peu d’ombre.
  • Nymphaea ‘Bravo’, sa fleur étoilée aux pétales pointus offre des nuances délicates de rose.

Le nymphéas de Giverny

«J’ai mis du temps à comprendre mes nymphéas… Je les avais planté pour le plaisir. Je les cultivais sans songer à les peindre. Et puis, tout d’un coup, j’ai eu la révélation des féeries de mon étang. J’ai pris ma palette. Depuis ce temps, je n’ai guère eu d’autre modèle» Claude Monet. (voir mon reportage sur le Jardin de Giverny)

Nymphaea ‘Red Blazze’, Sunny Pink’ ‘Denver’

Plus d’infos :

A lire : «Les Nymphéas rustiques», Pol Detienne, Collection Passion partagée aux éditions Jardins et décors aquatiques, 2005.

Crédit photos : Agnès Pirlot, Deposit Photos, Pol Detienne

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