En Algérie du Nord, de remarquables mosaïques romaines ont été découvertes dans les sites archéologiques de Cherchell, Tipasa, Djemila et Timgad.
Les fouilles archéologiques
Le Service des Antiquités de l’Algérie a fait pendant près d’un siècle de nombreuses fouilles dans les sites archéologiques romains du nord du pays. Ces fouilles ont permis de dégager un nombre important de mosaïques romaines qui datent du 2e siècle avant J.C. au début du 6e siècle après J.C.. Elles couvraient le sol ou les murs des villas romaines, des thermes, des édifices publics, des lieux de culte et des basiliques paléochrétiennes.

Mosaïque de Djemila
Cherchell, Tipasa, Djemila, Timgad
C’est lors de mon voyage en Algérie du Nord que j’ai visité les sites de Cherchell, Tipasa, Djemila et Timgad, des ruines romaines classées par l’Unesco. Dans les musées situés sur chaque site sont exposées d’étonnantes mosaïques romaines qui reproduisent avec précision le quotidien et les croyances des romains de l’époque. Les mosaïques tapissent pratiquement toutes les surfaces du sol des musées ou elles sont accrochées comme des tentures le long des murs. (voir mon reportage sur mon Carnet de voyage en Algérie)

Mosaïque de Cherchell
Des oeuvres d’art
Les mosaïques romaines donnent l’impression d’oeuvres d’art réalisées sous la direction de grands peintres en mosaïque, de maîtres d’oeuvre venus de Carthage, de Lambèse, de Volubilis ou d’ailleurs qui n’auraient fait que passer pour exécuter un certain nombre de commandes. La grande diversité des influences stylistiques et l’unicité des plus belles oeuvres mettent en valeur les références communes à une culture classique vivante en Afrique du Nord jusqu’à la fin de l’Antiquité.

Mosaïque de Timgad
Assemblage de tesselles
La mosaïque est une technique qui assemble de petits fragments irréguliers ou réguliers de matériaux résistants, pierre, céramique, pâte de verre ou d’autres matériaux, appelés tesselles. Elles sont fixées sur un support par un liant pour former un dessin ou un décor. C’est une technique venue de Grèce qui a été adoptée par les Romains qui la diffuseront dans toute la Mare Nostrum.

Mosaïque de Tipasa
Motifs abstraits ou figuratifs
La plupart des mosaïques romaines d’Afrique du Nord reproduisent des motifs géométriques ou des arabesques.

Mosaïque de Tipasa
D’autres motifs sont figuratifs, représentant des animaux, des oiseaux, des panthères ou des lions.

Mosaïque de Timgad
Les formes végétales dessinent des fleurs et des feuilles généralement entourées d’une bordure géométrique ornée de guirlandes.

Mosaïque de Timgad
Certaines scènes représentent des épisodes mythologiques avec des amours, des dieux et des déesses.

Scène dionysiaque, Djemila
Les scènes marines s’entourent de cortèges marins où une déesse nue est entourée de tritons, de centaures et de montres marins, de petits amours, de dauphins, de poissons et parfois de pêcheurs. On y découvre des barques ou des galères, des fêtes nautiques organisées en l’honneur de Jupiter.

Mosaïque de Timgad
Il y a de nombreuses scènes de la vie quotidienne avec des agriculteurs ou des scènes de vendanges sous la treille. Parmi les travaux champêtres, la vigne a fourni aux mosaïstes africains un de leurs thèmes de prédilection.

Mosaïque de Cherchell
Mosaïques de Cherchell
Les trésors de Cherchell se trouvent rassemblés dans le Musée Public National de Cherchell, un des plus beaux musées d’archéologie du bassin méditerranéen. Second port du Maghreb et capitale de la province, Cherchell nous a livré des oeuvres d’art d’une qualité exceptionnelle. (voir mon reportage sur Cherchell)

Les travaux champêtres, Cherchell
Cherchell, Mosaïque des travaux champêtres
Cette mosaïque qui décorait le sol d’une luxueuse villa date de l’antiquité tardive, 2e ou 3e siècle après J.C. Encadrées d’un rinceau d’acanthe, quatre scènes représentent le travail dans les champs. Dans cette scène, les paysans labourent un champ avec un attelage de boeufs tout en semant. Des oliviers poussent dans les champs. Par son traitement des couleurs et la mise en scène des personnages dans l’espace, cette mosaïque est considérée comme un chef d’oeuvre.

Les travaux champêtres, Cherchell
Cherchell, Mosaïque des Muses
Dans la culture antique gréco-romaine, les muses sont synonymes de connaissance et de savoir-vivre, conditions d’accès au bonheur. Au nombre de neuf médaillons représentant neuf figures féminines, cette mosaïque des Muses trouvée dans une noble villa affichait le prestige social du propriétaire qui était sans doute un homme de profonde culture.

Les Muses, Cherchell
Cherchell, Mosaïque des Trois Grâces
Datant du 4e siècle ap. J.C., ce grand panneau en mosaïque a été trouvé dans le vestibule d’une villa au pied de la colline. Les trois jeunes femmes nues et debout se tiennent par les épaules, celle de droite tenant une guirlande de fleurs. Ces trois grâces personnifient la beauté, la grâce et la poésie. Elles offrent des promesses de richesses et les garanties de la félicité.

Les Trois Grâces, Cherchell
Cherchell, Mosaïque du triomphe bachique
Cette grande mosaïque romaine pavait la pièce de réception d’une vaste demeure. L’encadrement est fait du motif courant de la double tresse décoré de rosaces, coquilles, palmettes et volutes délimités par des arcs cercles donnant l’illusion d’un tapis richement colorié. Le tableau central représente un triomphe bachique. Sur un char traîné par des tigres et conduit par Satyre se dresse un personnage, Ariane ou Dionysos.

Triomphe bachique, Cherchell
Mosaïques de Tipasa
Situé au coeur du village, à une trentaine de mètres de l’entrée du site archéologique, le musée de Tipasa expose une partie des objets trouvés dans les ruines de la cité romaine. Le sol de la première salle est couvert d’une mosaïque à motifs géométriques qui a été prélevée dans la basilique chrétienne d’Alexandre. (voir mon reportage sur Tipasa)

Mosaïques Des Captifs, Tipasa
Tipasa, Mosaïque Des Captifs
Eclairée par un toit en verrière, une mosaïque exposée sur le mur du fond du musée frappe par le réalisme de son sujet et les couleurs des tesselles de marbres, terre cuite et pierre calcaire. Datée entre le 2e et le 3e siècle après J.C., la mosaïque ‘Des Captifs’ décorait le sol de l’abside de la basilique civile de Tipasa qui faisait office de tribunal. Le thème ‘Des Captifs’ est courant dans l’imagerie impériale du 3e siècle. Le centre de la mosaïque présente un couple de captifs accompagné de leur enfant, vaincus et enchaînés.

Mosaïques Des Captifs, Tipasa
Douze médaillons en losanges représentent des portraits très réalistes d’Africains, soit des habitants de Tipasa ou d’autres groupes ethniques. La scène symbolise la suprématie romaine sur les populations, un avertissement pour toute insurrection dans l’empire.






Tipasa, Mosaïque Pax Et Concordia
Trouvée dans la nécropole de Tipasa, cette mosaïque date du 4e siècle après J.C. De forme carrée, elle est encadrée de bandes entrelacées. A l’intérieur, bordé de poissons de la Méditerranée, un texte écrit «En dieu, que la paix et la concorde règne sur notre repas.» Cette mosaïque était posée en couverture d’une table funéraire. Les Romains prenaient souvent un repas sur la tombe d’un défunt croyant que son âme au ciel recevait le même honneur.

Mosaïque Pax Et Concordia, Tipasa
Mosaïques de Djemila
En sortant du site archéologique de Djemila, un jardin ombragé est peuplé de lapidaires. Le Musée de Djemila est composé de trois salles qui présentent une collection remarquable de mosaïques romaines. Les principales sont la toilette de Vénus, la mosaïque de la Grande Chasse et l’âne vainqueur. (voir mon reportage sur Djemila)

Asinus Nica, ‘L’âne vainqueur’, Djemila
Djemila, Mosaïque de l’Asinus Nica, ‘L’âne vainqueur’
Détail de la grande mosaïque de l’Asinus Nica, ‘L’âne vainqueur’, étrange association entre Asinus en latin et Nica en grec. L’âne chez les chrétiens est le symbole d’humilité tandis que chez les Romains utiliser un âne est un signe de basse extraction. Cette mosaïque serait l’oeuvre d’un païen qui tourne en dérision le christianisme triomphant. Cette oeuvre ressemble beaucoup aux pavements orientaux du 6e siècle. Elle est unique dans toute l’Afrique romaine.

La toilette de Vénus, Djemila
Djemila, Mosaïque de La toilette de Vénus
Une mosaïque en marbre de la fin du 4e siècle représente la toilette de Vénus, déesse de l’amour, de la sexualité, de la fertilité et de la beauté, qui fut assimilée à la déesse grecque Aphrodite. Née de l’écume des flots, elle serait la fille de Zeus. Vénus est assise sur une conque marine portée par deux tritons cornus. Un petit amour porte un miroir qui reflète le visage de la déesse.

les Néréïdes, filles de Nérée et de Doris, Djemila
Aux quatre angles de la mosaïque sont représentées les Néréïdes, filles de Nérée et de Doris. Bienveillantes, elles accompagnent le voyage des marins, montées sur des dauphins ou des chevaux marins.

Bordure de La toilette de Vénus, Djemila
Une bordure de la mosaïque représente une barque à deux rames avec à son bord une femme et trois hommes. Ils viennent de s’amarrer devant un palais situé sur un piton rocheux. La femme debout tient une coupe de vin qu’elle élève dans un geste rituel. A l’arrière, un homme souffle dans une flûte de pan. Un danseur sautille au milieu de la barque.

La Grande Chasse, Djemila
Djemila, Mosaïque de la Grande Chasse
Dans la partie supérieure de la mosaïque de la Grande Chasse, le cavalier frappe à mort un sanglier. Un chien regarde la scène. Dans la seconde scène, un chasseur, un filet sur l’épaule, tient à la main un lièvre. La partie inférieure évoque une chasse au gros gibier avec deux vénators, des gladiateurs qui combattent des animaux sauvages. Le premier agenouillé attend que le lion vienne s’empaler sur la lance qu’il tient à la main. Une lionne tente de retirer une lance de son flanc. Une panthère semble observer la scène avec nervosité. Dans la dernière scène, le second vénator semble encourager deux lions placides.

La Grande Chasse, Djemila
Mosaïques de Timgad
Précédé d’une esplanade flanquée de portiques, le Musée de Timgad a été conçu pour assurer la préservation des nombreuses mosaïques romaines qui pavaient le sol des thermes et des résidences privées ou des églises. Leur somptueux décor de mosaïque au sol était destiné à pallier l’absence de marbres précieux. (voir mon reportage sur Timgad)




L’ensemble des mosaïques géométriques et florales a probablement été créé dans un atelier de Timgad vers le début du 3e siècle. Les mosaïques des églises byzantines sont datées entre le 4e et le 6e siècle. Cette collection de mosaïques donne une idée de la prospérité de Timgad, de sa vivacité intellectuelle et du degré d’achèvement que pouvaient atteindre l’art romano-africain, en particulier celui puissamment original de la mosaïque.

Les Monstres Marins, Timgad
Timgad, Mosaïque des Monstres Marins
La grande mosaïque des Monstres Marins qui mesure 4,25 sur 2,5 mètres est une pure merveille. Elle est réalisée avec des tesselles de pierre et de pâte de verre. La mosaïque représente trois déesses portées par des monstres marins et servies par des enfants ailés. Elle a été découverte à Lambèse, une ville romaine toute proche de Timgad.

Les Monstres Marins, Timgad
Les mosaïques romaines sont ornées de motifs végétaux, de rinceaux, de guirlandes, d’acanthes ou de bouquets qui courent et se combinent avec une maîtrise inégalée, dans des espaces bien définis. Les motifs sont vivants et les combinaisons savantes et élégantes. Les couleurs sont tendres et délicates, des roses et des gris surtout, sur des fonds blancs. A l’intérieur du schéma, les fleurs sont autant de gracieuses fantaisies, les couleurs éclatent, les rouges surtout, et les jaunes.

Les Monstres Marins,Timgad
Mosaïques de l’Afrique romaine
Même si elles reprennent des thèmes connus dans la Rome antique, les mosaïques romaines d’Algérie ont fait preuve d’originalité faisant de l’art de la mosaïque un art vivant dans l’Afrique du Nord. On imagine qu’elles sont l’oeuvre de bons artisans de la mosaïque géométrique romaine traditionnelle, plus colorée en Afrique qu’en Italie. Quelques artistes itinérants de renom à qui certains amateurs ont fait appel pour enrichir leurs maisons de tableaux figurés ont pu s’imposer. Peut être aussi un artiste local de talent qui, à l’intérieur des techniques et des schémas, a réussi à s’affirmer, à réinterpréter les motifs et les sujets, à reprendre les thèmes, à leur rendre une vie nouvelle.

Une protection qui griffe!
Pour éviter que le public ne piétine les mosaïques romaines exposées sur le sol dans les musées, le service des antiquités algérien n’a pas trouvé mieux que d’installer sur le pourtour quelques plots en métal. Déposés sur les mosaïques et bousculés par le public, ces plots métalliques griffent la mosaïque au lieu de la protéger! Je retrouverai malheureusement ces plots déposés sur les mosaïques au sol dans presque tous les musées que j’ai visité dans les sites archéologiques dans le nord de l’Algérie.



Carnet de route des Mosaïques romaines d’Algérie
- Avant de partir: l’Algérie est un pays qui s’ouvre petit à petit au tourisme. Des conseils et recommandations pour voyager en Algérie, le Visa, les agences, les guides, le change, la religion, la sécurité… https://laterreestunjardin.com/algerie-tourisme/
- Y aller: Cherchell, Tipasa, Djemila et Timgad sont des sites archéologiques romains classés par l’Unesco. Ils se trouvent dans le nord de l’Algérie et sont ouverts toute l’année. Timgad https://whc.unesco.org/fr/list/194/ et Cherchell https://www.musee-cherchell.dz/ et Tipasa https://whc.unesco.org/fr/list/193/ et Djemila https://whc.unesco.org/fr/list/191/
- A lire: Cherchell, Tipasa, Djemila et Timgad, Collection musées à ciel ouvert, Araja Editions et Universelle Algérie, les sites inscrits au Patrimoine Mondial, Zaki Bouzid Editions
Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Afrique, pour découvrir mon Guide sur le Tourisme en Algérie, mon Carnet de voyage en Algérie, le City-guide d’Alger, le Jardin botanique d’Alger, les sites archéologiques de Cherchell, Tipasa, Timgad et Djemila, les casbahs de Ghardaïa, de Beni Isguen, de El Atteuf et de El Hamel ou cliquez sur les liens.

