Le Mont Nébo est l’un des principaux lieux saints de la Jordanie. Un lieu de pèlerinage pour le judaïsme, le christianisme et l’Islam.

 

La colline du monastère

Le Mont Nébo est l’endroit d’où Moïse a aperçu la Terre Promise avant de mourir. Il se situait dans le royaume de Moab, dans le Djebel Siyagha qui se traduit de l’araméen d’origine par ‘colline du monastère’. Dans ce paysage aride, sur le point le plus haut de la montagne à 800 mètres d’altitude, le site offre une vue sur toute la vallée du Jourdain jusqu’à la Mer Morte. Au loin, par temps dégagé, on observe les terres de l’autre rive jusqu’à Bethléem et Jérusalem. Surplombant la ‘Terre Promise’, le Mont Nébo est l’un des lieux les plus émouvants de Jordanie.

Moïse, le prophète

Dans la Bible, Moïse est le premier prophète du judaïsme. Il préfigure Jésus-Christ pour les chrétiens. Dans le Coran, il fait partie de grands prophètes qui précèdent le prophète Mahomet pour l’Islam. Le Livre de l’Exode évoque la fuite des Hébreux hors d’Egypte sous la conduite de Moïse et leur long périple vers le pays de Canaan. C’est sur le Mont Nébo que mourut Moïse, serviteur de Dieu, en terre de Moab, le lieu exact de sa sépulture restant inconnu.

La Terre Promise

«Le Seigneur dit à Moïse: monte sur cette montagne des Abarim, sur le mont Nébo, au pays de Moab, face à Jéricho et regarde le pays de Canaan que je donne pour domaine aux enfants d’Israël.» (DT 32)

«Moïse monta des steppes de Moa au mont Nébo, au sommet du Pisga, qui est en face de Jéricho. Le Seigneur lui fit voir tout le pays: Galaad jusqu’à Dane, tout Nephtali, le pays d’Ephraïm et de Manassé, tout le pays de Juda jusqu’à la Méditerranée, le Néguev, la région du Jourdain, la vallée de Jéricho ville des Palmiers, jusqu’à Soar. Le Seigneur lui dit: «Voici le pays que j’ai promis par serment à Abraham, Isaac et Jacob de le donner à leur descendance. Je te l’ai fait voir de tes yeux mais tu n’y passeras pas.» (Dt 34)

Le sanctuaire du Mont Nébo

Le Mont Nébo est l’un des sites archéologiques et bibliques les plus visités de Jordanie. Il fut habité dès la plus haute antiquité comme en témoignent des dolmens et des menhirs, mais c’est avant tout le souvenir de la mort de Moïse raconté par la Bible qu’il doit sa notoriété. Les vestiges les plus anciens du sanctuaire chrétien primitif du Mont Nébo érigé en l’honneur de Moïse, datent de la fin du 4e siècle ap. J.C.

«Tous les habitants de cette région se hâtèrent de porter les matériaux et de construire ce sanctuaire. Consacré au grand prophète et législateur, il en proclame publiquement et clairement la bonté et la puissance, aux moyens de signes, prodiges, et guérisons, qui depuis ce temps se succèdent sans interruption. En effet c’est un lieu de guérison pour l’âme comme pour le corps, un lieu de refuge pour ceux qui viennent de partout, affligés dans leur âme ou dans leur corps de toute sorte de souffrances.» (Extrait de Vie de Pierre l’Ibère, 5e siècle ap. J.C.)

Un monastère byzantin

Les ruines d’un vaste monastère byzantin ont été mises au jour à partir de 1933 par les frères franciscains de la Terre Sainte. Seuls restent aujourd’hui les soubassements de l’église primitive, de la salle du diakonikon, de la basilique et des bâtiments conventuels. Un grand disque de pierre jadis inclus dans la porte du monastère byzantin est placé aujourd’hui à l’endroit où il fut donné à Moïse de contempler la Terre Promise qu’il n’atteignit jamais.

L’église primitive

Le presbytère à trois absides en forme de trèfle, la Cella trichora, est la partie la plus ancienne du sanctuaire. Datant probablement de l’époque pré-chrétienne, il pourrait s’agir d’une chapelle funéraire, d’une construction païenne, tout autant que d’un mémorial juif ou samaritain en l’honneur de Moïse. Dans le vestibule rajouté au 4e siècle après J.C. se trouvait une croix tressée en mosaïque.

Le baptistère byzantin

Situé en contrebas de l’église, la salle du diakonikon occupée par les fonts baptismaux est couverte de merveilleuses mosaïques datant du 6e siècle. Un premier panneau est orné de croix et de fleurs. Un motif à écailles et à fleurs encadre les fonts baptismaux. Une décoration faite de petits panneaux à losanges et de croix occupe les espaces entre les piliers.

Scènes pastorales

Un grand tapis central présente des scènes de chasse et des scènes pastorales remontant à l’an 531 comme l’indique une longue inscription qui évoque l’évêque Elia ainsi que les artisans mosaïstes Saul, Kaiomos et Elia. Enfermé dans une tresse, le panneau est divisé en quatre registres où les compositions sont savamment orchestrées. Le fond blanc uni est animé par des arbrisseaux et des fleurs stylisées. La palette des couleurs utilisées pour ces mosaïques est réduite à quelques tons essentiels, ceux des matériaux existant dans la région et aux lignes noires des contours qui enferment les figures dans une fixité immobile en dépit du mouvement. Il s’agit là d’une technique caractéristique des mosaïques de l’école de Madaba dont ce travail est l’une des oeuvres les plus anciennes et les plus belles.

Dans la frise du haut, un jeune pasteur protège un zébu attaché à un arbre de l’attaque d’un lion. Un soldat coiffé d’un bonnet phrygien, armé d’une lance et d’un bouclier, abat une lionne bondissant sur lui. Dans le second rang, deux cavaliers accompagnés de chiens transpercent de leurs lances un ours et un sanglier. Le troisième registre montre une scène pastorale avec un berger qui garde son troupeau de chèvres et de moutons. Sur le quatrième rang, un noir mène une autruche prise au lasso. Un jeune homme vêtu d’un manteau et d’un bonnet phrygien tient en laisse un zèbre et un dromadaire.

La basilique des 6e et 7e siècle

Dans la seconde moitié du 6e siècle, les moines décident d’agrandir le sanctuaire. L’Eglise primitive devient le choeur de la basilique à trois nef qui est élevée à la place de l’ancien narthex et de la cour. L’église mesurait alors 30 x 37 mètres. Les colonnes et chapiteaux qui développent des formes rappelant des rameaux de mimosa sont originaux.

Une mosaïque décorait la basilique. Seuls subsistent les motifs géométriques des deux nefs latérales et des espaces entre les colonnes ainsi qu’un fragment, l’arrière d’un fauve, de la nef centrale.

 

Baptistère sud

Un nouveau baptistère fut réalisé en 597 au sud de la basilique à la place d’une chapelle funéraire primitive. Les fonts baptismaux ornés d’une croix et de deux inscriptions furent placés dans une abside. Ils étaient entourés de panneaux décorés de gazelles, de rinceaux de vigne et d’oiseaux.

Chapelle de la Vierge

Dans le prolongement du baptistère fut construit, au début du 7e siècle, la chapelle de Théotokos (Mère de Dieu). Dans l’abside, un panneau de mosaïque présente des gazelles séparés par des végétaux et de jeunes taureaux. Il s’agit de l’illustration d’un psaume de la Bible dont le texte «Ils sacrifièrent deux taureaux sur Ton autel» est inscrit au dessus du panneau.

Ecole de mosaïque de Madaba

Placées à la verticale pour les différencier des pavements originaux de la basilique, de très belles mosaïques de l’école de mosaïque de Madaba proviennent d’autres édifices de la région. Certains d’entre eux sont de la fin du 7e et du 8e siècle. A cette époque, la région était aux mains des musulmans ce qui explique que les décors sont non figuratifs.

 

Le mémorial du Mont Nébo

Les ruines de la basilique du Mont Nébo ont été enserrées en 2016 dans une nouvelle construction qui fait fonction de sanctuaire, musée et abri pour les antiquités. Elle protège les colonnes et les chapiteaux sculptés en bas-relief et les précieuses mosaïques des intempéries et des milliers de visiteurs, pèlerins et touristes qui se rendent sur le site. Les Franciscains de Terre Sainte veillent sur le lieu depuis 1933. Lieu de culte pour les chrétiens, le Mont Nébo attire aussi des fidèles musulmans et juifs qui retrouvent dans les pas de Moïse une part de leur Histoire.

Monument du Jubilé de l’an 2000

Une pierre commémorative de 6 mètres de haut a été érigé en 2000 à l’occasion de la visite du pape Jean Jean-Paul II au Mont Nébo, lors de son voyage apostolique en Terre sainte. Il s’agit d’un monolithe du sculpteur Vincenzo Bianchi intitulé «Livre en pierre de l’Amour». On lit en latin «Un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous». Sur le côté figurent les prophètes de l’Ancien Testament qui voyaient l’avenir, mais encore d’une façon voilée. Sur les autres faces, il est écrit en arabe et en grec «Dieu est amour».

Mont Nébo

Le site avec sa nouvelle basilique et les ruines du vaste monastère byzantin est confié aux soins de la Custodie de Terre Sainte. Ras Siyagha, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Madaba, Jordanie. A lire: «Le Mont Nébo», Michele Piccirillo, Studium Biblicum Franciscanum Guide, Custodia Terra Santa, 2011. https://www.custodia.org/fr/sanctuaries/le-mont-nebo

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