Au coeur d’Alger, le Jardin d’Essai du Hamma se veut un modèle de conservation des plantes, de recherche et d’éducation.
Eden algérois
Entre la baie d’Alger et la colline des Arcades, le Jardin d’Essai du Hamma est un jardin botanique qui s’étend en amphithéâtre au pied du musée national des Beaux-Arts. Offrant une véritable bouffée d’oxygène en plein centre d’Alger, le jardin s’étend sur 32 hectares auxquels viennent s’ajouter les 20 hectares de l’arboretum surplombé par le Monument aux Martyrs. Il est considéré comme l’un des plus beaux jardins botaniques d’Afrique du Nord.

Une pépinière
Conçu en 1832 quand l’Algérie était une colonie française, l’histoire du Jardin d’Essai du Hamma nous plonge dans l’histoire algérienne. Deux ans plus tôt, sur ordre du roi Charles X, les Français envahissent l’Algérie. En créant une pépinière, l’objectif est la fourniture d’arbres aux organismes publics et aux colons d’Alger. La mission du jardin d’essai est aussi de planter de nombreuses espèces végétales, de suivre leur acclimatation dans le sol et le climat d’Afrique du Nord afin de déterminer les espèces végétales susceptibles d’être exploitées en agriculture à grande échelle.

Un jardin d’essai
‘Hamma’ signifie à la fois marais et fièvre. Ce marécage insalubre avait vu débarquer en 1541 l’empereur Charles Quint. Dès 1831, les français entreprennent des travaux d’assèchement du lieu-dit El Hamma, une ancienne bande marécageuse située entre la côte et les premières pentes du Bois des Arcades. En 1832, les colons français y créent une ferme modèle et un jardin d’essai, la Pépinière Centrale du Gouvernement qui s’appellera plus tard le Jardin d’Essai du Hamma.

Allée des dragonniers, Dracaena draco
Un microclimat
Préservé des vents du sud par la colline des Arcades, l’emplacement du parc au fond de la baie d’Alger présente un climat exceptionnel et unique en Afrique du Nord. Ce microclimat quasi tropical associé à un sol profond qui contient une bonne réserve d’eau écarte les risques de sécheresse et favorise l’implantation d’espèces végétales du monde entier qui s’épanouissent, marquant même des records d’adaptabilité et de longévité.

Louis Auguste Hardy
C’est durant la direction du botaniste Louis Auguste Hardy, de 1842 à 1868, que s’affirme la vocation de jardin d’acclimatation du jardin. Elève ouvrier au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, Auguste Hardy devient directeur du Potager du Roi à Versailles. En 1842, il est nommé directeur de la Pépinière Centrale du Gouvernement à Alger puis Président de la Société des Agriculteurs d’Algérie. Très actif, il introduit dans la pépinière le coton d’Amérique du Nord, la chayotte du Mexique, le mandarinier d’Italie et le sapindus du Muséum de Paris.

Un jardin d’acclimatation
A cette époque, la théorie de l’acclimatation connaît un engouement sans pareil. La Pépinière Centrale d’Alger participe au concours de Paris en 1849 puis à celui de Londres en 1851 afin de faire connaître les ressources de l’Algérie. Elle obtient des médailles pour sa collection de lin, chanvre, agave, bananier, pour sa collection de coton et soie avec l’introduction du Bombyx, pour ses plantations d’opium, de céréales et de légumes. La Pépinière Centrale devient un Jardin d’acclimatation en 1861, un nom plus en rapport avec ses activités.

Phytolacca dioica
Un jardin botanique
Sous la direction d’Auguste Hardy, le Jardin d’Essai du Hamma s’agrandit, s’embellit et fleurit pour devenir un véritable jardin botanique. De 5 hectares à sa création, le jardin passe à 18 hectares en 1837 puis à 58 hectares entre 1842 et 1867. On doit à Auguste Hardy la plantation des araucarias en 1844, des grandes allées de platanes et de palmiers en 1845, de dragonniers et de bambous géants en 1847. En 1861, Hardy introduit l’eucalyptus et sème les premières graines ramenées d’Australie par Mr. Ramel. En 1863, il plante l’allée des Ficus. Ces allées délimitaient ainsi les grands secteurs, le jardin à la française, le jardin à l’anglaise avec un lac, la pépinière et les serres.

Un parc abandonné
Au cours de son voyage en Algérie, en 1865, Napoléon III visite le Jardin d’Essai du Hamma. Désirant lui donner encore plus d’importance, il en concède l’exploitation à la jeune Société générale algérienne pour une concession de 49 ans. Auguste Hardy est remplacé en 1867 par un nouveau directeur, Charles Rivière. A cette époque, le parc rassemble plus de 8000 espèces et variétés en culture dont la moitié d’origine tropicale. Malheureusement, l’Algérie connaît un tremblement de terre en 1867 et des épidémies de typhus et de choléra se répandent. Le parc est abandonné.

Un jardin d’agrément
En 1914, le Jardin d’Essai du Hamma devient un jardin public destiné à la promenade. Des travaux d’embellissement et de restauration du jardin sont entrepris sous la houlette des architectes Régnier et Paul Guion à qui l’on doit la perspective des cinq terrasses du jardin à la française avec des miroirs d’eau bordés par un alignement de palmiers Washingtonia débouchant sur la Méditerranée.

Une école d’horticulture
En 1918, l’Ecole d’horticulture et l’Ecole ménagère agricole s’implantent dans l’enceinte du jardin. Par la suite, le jardin d’essai accueille une université agricole, un laboratoire d’agronomie, d’entomologie et un insectarium dans un rôle de vulgarisation scientifique. De nombreuses espèces végétales sont introduites et font l’objet de nombreux essais dans les domaines de l’agriculture, de l’horticulture et de la recherche botanique.

Un centre de recherche
On pratique des études sur des plantes alimentaires et médicinales, céréales, plantes vivrières et industrielles, tinctoriales, textiles, oléagineuses, à parfum, à cire ou à gomme. Il y a aussi des sélections de vers à soie et des élevages d’animaux exotiques ou nord-africains, des chèvres et moutons destinés à améliorer le cheptel algérien. A côté des productions végétales ou animales, l’industrie de transformation et les études technologiques sur la soie, le coton, le sucre de canne, l’alcool de tubercules, l’huile d’olive… occupe un important personnel.

Un jardin d’agrément
Entre 1923 et 1924, la colline des Arcades est aménagée en parc paysager. Le Musée National des Beaux Arts qui surplombe le jardin est créé en 1930.

Au moment du centenaire de la colonisation, le Jardin d’Essai du Hamma est achevé et il n’a pratiquement pas changé depuis. Son architecture soignée avec des perspectives ouvertes débouchant sur la Méditerranée, ses différentes zones, ses belles allées bordées de dragonniers, de palmiers, de platanes, de ficus ou de bambous, ont fait du Jardin d’Essai du Hamma le bonheur de promeneurs célèbres tels Karl Marx, Auguste Renoir, André Gide ou Albert Camus.

De l’indépendance à nos jours
Occupé par les troupes alliées et fortement endommagé suite aux bombardements aériens allemands de la deuxième guerre mondiale, le Jardin d’Essai du Hamma est repris en charge par les autorités algériennes après l’indépendance de 1962. De 1995 à 2005, il connaît une longue période de déclin avec une fermeture au public à partir de 1999. En 2003, un accord de coopération passé entre la Wilaya d’Alger et la Ville de Paris permet la mise en oeuvre d’un vaste projet de restauration et de réhabilitation. Le jardin rouvre ses portes aux visiteurs en 2009.

Livistonia chinensis
Mission de conservation
Désormais, le Jardin d’Essai du Hamma a ouvert une nouvelle page de son histoire avec près d’un million de visiteurs par an. Tous les Algériens le connaissent et viennent s’y promener en famille. Ils viennent admirer les 1200 espèces de plantes cultivées, conservées et étudiées dans le jardin.




Selon la légende, le magnifique bosquet de Ficus aux lianes tentaculaires aurait abrité Tarzan en 1932 lors du film tourné par la Metro-Goldwyn-Mayer avec Johnny Weissmuller.

Mission scientifique
Le Jardin d’Essai du Hamma abrite les locaux de l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie. Le jardin botanique qui accueillait toutes les plantes du monde a dorénavant une mission scientifique essentielle: la conservation de la flore algérienne et la mise en valeur de sa biodiversité et de son intérêt paysager, médicinal ou économique.

Leucaena leucocephala
Mission éducative
L’école de l’environnement permet à près de 20.000 enfants par an de s’initier à la protection de la biodiversité de la flore mais aussi à la faune mal connue et en danger.

Parmi les animaux menacés en Algérie figurent l’hyène rayée, le fennec ou le mouflon à manchette que l’on retrouve dans le jardin zoologique créé en 1900. Farid, le vieux roi lion que la légende disait le dernier lion de l’Atlas, a laissé un grand vide après sa disparition en 2009.









Quelques plantes du Jardin d’Essai du Hamma
- Brachychiton populneus
- Cedrus atlantica, Cèdre de l’Atlas
- Celtis australis, Micocoulier
- Cercis siliquastrum, Arbre de Judée
- Dracaena draco, Dragonnier des Canaries
- Erica arborea, Bruyère arborescente
- Erythrina crista-galli, Erytrine crête de coq
- Ficus carica, Figuier
- Gleditsia triacanthos
- Laurus nobilis, Laurier-sauce
- Leucaena leucocephala, Faux Mimosa
- Livistona chinensis, Latanier de Chine
- Livistonia humilis, Palmier des sables
- Olea europea, Olivier
- Phytolacca dioica, Belombra
- Pinus halepensis, Pin d’Alep
- Quercus coccifera, Chêne kermès
- Quercus ilex, Chêne vert
- Quercus suber, Chêne liège
- Robinia pseudoacacia, Robinier
- Vachellia horrida, Gommier du Cap
- Washingtonia, Palmier de Californie

Jardin d’Essai du Hamma
- Jardin botanique dans le quartier Belouizdad, à l’est du centre d’Alger, entrées par la rue Mohamed Belouizdad et la rue Hassiba Ben Bouali. Ouvert toute l’année.
- Plus d’infos: https://jardinsdessai.wixsite.com/accueil/jardin-botanique-du-hamma
- Guide illustré sur la flore algérienne: https://www.bgci.org/files/JBF/images/livre-guideIllustreDeLaFloreAlgerienne.pdf
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