La cité antique de Djemila est un des fleurons de l’architecture romaine en Afrique du Nord.

 

Cuicul, cité romaine

Le site de Djémila qui signifie ‘La Belle’ en arabe est une ancienne colonie romaine. Elle est fondée sous le règne de l’empereur Nerva, à la fin du 1er siècle de notre ère pour accueillir des civils romains et des vétérans de l’armée.. Son nom antique Cuicul est celui d’un village ou d’un lieu berbère. La ville romaine occupait un site défensif à la limite naturelle entre la Numidie et la Maurétanie. Les fouilles opérées au début du 20e siècle se sont limitées au déblaiement et au remontage des structures archéologiques selon les procédés de l’époque. La ville est magnifiquement intégrée dans son paysage de haut plateau.

Le Vent à Djemila

«La ville morte est au terme d’une longue route en lacet qui semble la promettre à chacun de ses tournants et paraît d’autant plus longue. Lorsque surgit enfin sur un plateau aux couleurs éteintes, enfoncé entre de hautes montagnes, son squelette jaunâtre comme une forêt d’ossements, Djemila figure alors le symbole de cette leçon d’amour et de patience qui peut seule nous conduire au coeur battant du monde. Là, parmi quelques arbres, de l’herbe sèche, elle se défend de toutes ses montagnes et de toutes ses pierres, contre l’admiration vulgaire, le pittoresque ou les jeux de l’espoir.» (Le vent à Djemila, Albert Camus)

Classé par l’Unesco

La ville de Djemila est bâtie à 900 mètres d’altitude sur un éperon rocheux entre deux oueds montagnards. La cité qui s’étend sur une pente ensoleillée de 8 hectares comprend trois parties: la vieille cité de la fin du 1er siècle et début du 2e siècle au nord, la nouvelle cité qui s’est étendue au sud à la fin du 2e siècle et au 3e siècle et le quartier chrétien au sud-est qui date du 4e et 5e siècle.

Le règne des Antonins

Sous les Antonins, au 2e siècle, la ville de Djemila bénéficie d’un titre de colonie romaine. Elle possède d’importantes ressources agricoles, de céréales, d’arbres fruitiers et de l’élevage de chevaux destinés aux armées romaines. De forme triangulaire, la cité s’embellit d’un forum, d’un capitole, d’une curie, de plusieurs temples et d’une multitude de petites rues où s’installent des Domus, les maisons.

Cardo Maximus

La cité antique de Djemila présente le schéma classique de l’urbanisme romain avec une enceinte et des portes situées aux extrémités de l’artère principale orientée nord-sud, le Cardo Maximus. Le pavage du Cardo est remarquablement conservé. Un alignement de piliers et colonnes bordant le Cardo portait à l’époque une toiture qui abritait les passants.

Maison de Castorius

Cette demeure appartenait au 2e siècle à un haut fonctionnaire, Lucius Claudius Bruto. Elle est appelée Maison de Castorius du fait d’une inscription sur l’une des mosaïques qui l’ornait. D’une superficie de 1600 mètres carré, cette grande maison est ordonnée autour d’un péristyle qui dessert un grand nombre de chambres. Comme toutes les grandes demeures romaines, elle possède de bains privés ainsi que des latrines.

Temple de Vénus Genetrix

Le culte de Vénus génitrice, déesse de la maternité et du foyer, est devenu populaire depuis que Jules César s’était prétendu de sa descendance. La façade du sanctuaire présente trois portes qui mènent à une cour fermée entourée d’un portique sur trois côtés où se déroulait les cérémonies religieuses. Un escalier de douze marches mène à la Cella qui abritait des regards la statue de la divinité.

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webCardo Maximus
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Le règne de Commode

Dernier empereur de la dynastie des Antonins, Commode régna à la fin du 2e siècle. Son règne marque l’extension de la cité qui déborde de son enceinte fortifiée. La chaussée du Cardo est prolongée vers le sud avec de nouvelles rues perpendiculaires, un théâtre à l’est et de grands thermes à l’ouest. De nouveaux quartiers s’organisent où s’installent des maisons avec caves, écuries et ateliers.

Théâtre

Adossé à la colline, le théâtre de Djemila semble dater de la seconde moitié du 2e siècle. Il comprend deux séries de gradins en demi-cercle qui pouvaient accueillir 3000 spectateurs. Les gradins du bas séparés par une balustrade en pierre étaient réservés aux personnalités de la ville. Un espace dallé mène à la scène qui était légèrement surélevée. Le mur de scène très bien conservé comporte trois niches profondes percées d’une porte chacune et qui permettaient le jeu des acteurs.

Grands Thermes

Bâtis sous le règne de l’empereur Commode, les Grands Thermes étaient un lieu de rencontres, de convivialité, de jeux et de soins ouverts aux homme et aux femmes. Les systèmes de chauffage sont très bien conservés avec l’installation de doubles murs dans lesquels circulaient l’air chaud. Dans les sous-sols des Grands Thermes on remarque les fours de chauffage et les cours pour le stockage du combustible. Les Grands Thermes ont conservé certaines mosaïques dans leurs parties voûtées

 

Le règne des Sévères

La cité de Djemila connaît sa période de gloire sous les Sévères, au début du 3e siècle. Septime Sévère est né à Leptis Magna, une ville de la république de Carthage qui passa sous l’autorité de la République romaine. Sa famille est déclarée divine. A Djemila, on aménage un nouveau forum entre la partie nord et la partie sud de la cité. De nouvelles rues sont tracées dotées de fontaines, de latrines publiques et d’un grand égout collecteur.

Forum Sud

Appelée Forum Sud ou Place des Sévères, cette vaste esplanade est mise en valeur par des monuments très importants qui dominent le paysage. La place est le point de départ de cinq rues. Deux rues traversent la vieille ville vers le nord, la troisième passe sous l’arc de Caracalla pour rejoindre la route de Sétif et la quatrième mène au théâtre. La cinquième rue est la prolongation du Cardo vers le Sud.

Arc de Caracalla

Cet arc de triomphe est dédié en 216 à l’empereur Caracalla, à sa mère Julia Domma et à son père défunt Septime Sévère comme l’atteste la monumentale dédicace. L’Arc de Caracalla est un édifice constitué d’une seule arche et de deux étages, décoré de colonnes corinthiennes en saillies devant deux pilastres. Il était orné de statues dont il ne reste que les bases. L’arc de triomphe faillit être démonté en 1838 pour être envoyé à Paris selon le souhait du Duc d’Orléans qui avait bivouaqué sur le site.

Temple de Sévère

Construit en 229, le Temple de la famille de Septime Sévère domine la plus grande partie de la ville. C’est le temple le mieux conservé de la cité. Un escalier monumental aboutit à une vaste plate-forme flanquée de colonnades. Une seconde volée de marche conduit à un portique encadré de six colonnes de dix mètres de haut. La Cella contenait les statues du couple impérial déifié. Les têtes de ces statues colossales furent retrouvées et sont exposées à l’entrée du musée. L’intérieur du sanctuaire était semble-t-il plaqué de marbre.

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Fontaine Conique

Située le long du Cardo sud, cette fontaine est dans un remarquable état de conservation. Elle est formée d’un bassin circulaire au centre duquel se dresse une pierre monolithe de 5 mètres de haut. Provenant de réservoirs situés à proximité, l’eau était propulsée au sommet grâce à une canalisation de plomb encastrée dans une profonde rainure. Elle s’écoulait sur le cône pour retomber en cascade dans le bassin circulaire.

L’époque paléochrétienne

Au 4e siècle, le Christianisme triomphe comme partout ailleurs dans l’empire. La conversion de la population entraîne la construction au sud de la ville d’un quartier épiscopal avec une basilique, une cathédrale, un baptistère et des logements destinés à l’évêque et aux prêtres. Au 5e siècle, après l’occupation par les Vandales qui persécutent les chrétiens, la ville est reconquise par les Byzantins. Djemila tombe dans l’oubli à la fin du 6e siècle.

Baptistère

Considéré parmi les plus grands de la période paléochrétienne, le Baptistère domine le quartier chrétien par sa vaste coupole. C’est un édifice circulaire aux murs très épais. A l’intérieur, un déambulatoire est creusé de 36 niches sur les côtés. Précédé de deux marches, l’espace circulaire au centre du Baptistère contenait une cuve qui servait à l’immersion dans l’eau baptismale. Elle porte encore une inscription sur mosaïque «Un temps viendra où tous les païens seront purifiés dans cette cuve.»

Cathédrale chrétienne

Situé à la limite de l’espace fouillé à ce jour au sud-est, une grande Cathédrale chrétienne à cinq nefs et longue de 30 mètres était bordée d’une basilique. Datant de la fin du 4e, début du 5e siècle, elles étaient pavées au sol de mosaïques richement décorées de motifs géométriques ou de bestiaires.

Musée de Djemila

En sortant du site archéologique de Djemila on découvre un jardin ombragé peuplé de lapidaires, de stèles votives dédiées au dieu Saturne, le grand dieu africain très vénéré et surtout très craint. Il y a aussi des inscriptions funéraires ou impériales, des bornes militaires, des chapiteaux et de vases.

A l’entrée du musée, une petite cour sous verrière abrite la tête colossale de l’empereur Septime Sévère, seul fragment restant de sa statue qui se trouvait dans la Cella du temple dédié au culte de cet empereur.

Le Musée de Djemila est composé de trois salles qui présentent une remarquable collection de mosaïques ainsi que des sculptures de divinités ou d’empereurs, des objets usuels en terre cuite ou en céramique.

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Satyre

Mosaïques

Les mosaïques romaines et paléochrétiennes occupent pratiquement toutes les surfaces des murs et du sol du musée. Trouvées dans les maisons privées et les édifices publics de la cité antiques, ces petits tableaux composés de tesselles de pierre présentent des motifs géométriques ou illustrent des récits mythologiques ou chrétiens et des scènes de chasse, de pêche et de la vie quotidienne. (voir mon reportage sur les Mosaïques romaines d’Algérie)

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Carnet de route de Djemila

  • Avant de partir: l’Algérie est un pays qui s’ouvre petit à petit au tourisme. Des conseils et recommandations pour voyager en Algérie, le Visa, les agences, les guides, le cange, la religion, la sécurité… https://laterreestunjardin.com/algerie-tourisme/
  • Y aller: Djemila est une cité antique située dans la wilaya de Setif en Algérie, à 350 km d’Alger et 125 km de Constantine. Le site archéologique est ouvert toute l’année. https://whc.unesco.org/fr/list/191/
  • Climat: étés chauds et secs, hivers doux et humides. Il faut éviter la période de juillet et août où la température peut atteindre 40°C.
  • A lire:  ‘Djemila’, Collection musées à ciel ouvert, Araja Editions et ‘ Universelle Algérie, les sites inscrits au Patrimoine Mondial’, Zaki Bouzid Editions

Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Afrique, pour découvrir mon Guide sur le Tourisme en Algérie, mon Carnet de voyage en Algérie, le City-guide d’Alger, le Jardin botanique d’Alger, les sites archéologiques de Cherchell, Tipasa et Timgad, les Mosaïques romaines de l’Algérie, les casbahs de Ghardaïa, de El Hamel, de Beni Isguen et de El Atteuf ou cliquez sur les liens.

 

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