Dans la Vallée du M’Zab, la ville sainte de Beni Isguen est la gardienne du dogme de l’ibadisme.
Ksar du M’Zab
Beni Isguen est un ksar, une ville fortifiée qui se situe dans la vallée du M’Zab, une région au nord du Sahara algérien. La vallée a servi de refuge aux musulmans Ibadites qui y édifièrent cinq ksour (la Pentapole) du 11e au 14e siècle, El-Atteuf, Bou Noura, Melika, Ghardaïa et Beni Isguen. Toutes ces cités qui se distinguent par leur architecture mozabite sont classées au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. (voir mes reportages sur Ghardaïa et El-Atteuf)

Ville fortifiée
Beni Isguen est fondé vers 1347 sur le flanc d’une colline qui domine le confluent des oueds M’Zab et M’Tissa. Le ksar s’entoure de remparts percés de trois portes qui, jusqu’à très récemment, étaient fermées la nuit. La cité présente un plan pyramidal. Son tracé concentrique s’organise autour de la mosquée et son minaret. Le point culminant est la tour Boulila qui sert de nos jours de belvédère aux touristes.

Visite guidée
L’office du tourisme et du développement se trouve dans la mairie, à côté de la Porte Est gardienne de la cité. La ville sainte ne peut se visiter qu’accompagné par un guide local. J’enfile une djellaba blanche car ma tenue n’est pas assez correcte. Un puritanisme très particulier interdit également aux hommes de fumer dans les rues.




Il y a peu de monde dans les ruelles étroites de la cité fortifiée, aucun commerce ni aucune échoppe. L’atmosphère de cette cité est un peu fantomatique et beaucoup moins animée que Ghardaïa. Je croise un homme et son âne qui transporte des matériaux, deux touristes accompagnés d’un guide et une femme qui se faufile furtivement couverte de voiles blancs. Pour préserver la paix des habitants, on me demandera de ne pas les photographier.






Architecture mozabite
Au fil des ruelles se dévoile l’architecture mozabite avec ses maisons ocres serrées les unes contre les autres. Les portes des maisons ne se font jamais face et les fenêtres sont très étroites afin de préserver l’intimité des familles. Il y a souvent deux portes, une pour les membres de la famille et l’autre pour les invités. Des sortes de moucharabieh, petites fentes aménagées au-dessus de la porte, permettent aux femmes de voir qui frappe à la porte sans être vue.




Les ruelles qui se transforment en escalier escaladent la colline. Il y quelques puits gardés par un palmier. Par sa parfaite adaptation au milieu, par la simplicité des formes et l’utilisation de matériaux locaux, l’architecture vernaculaire des cités mozabites garde une valeur d’exemple pour l’architecture et l’urbanisme contemporain.

Ville sainte
Le nom de Beni Isguen signifie «les fils de ceux qui détiennent la foi». Modeste ksar au départ, Beni Isguen prend de l’importance à partir du 16e siècle. La cité devient le foyer intellectuel et la ville sainte et savante de l’ibadisme, branche rigoriste de l’Islam. La nature isolée de la région a préservé l’ibadisme qui continue de rythmer la vie sociale. La doctrine mozabite exige une solidarité sans faille. Tout ne relève que de Dieu, du partage de l’eau au code moral.

La halka des azzaba
Le garant de la permanence de la culture mozabite est la halka des azzaba, le conseil des reclus qui constitue l’instance religieuse et morale suprême. Ce conseil se compose de douze membres choisis parmi les meilleurs, les plus âgés, les plus érudits et les plus savants de la communauté. C’est de ce conseil dont l’action se situe dans et à partir de la mosquée que dépendent l’instruction et l’éducation, l’enseignement du Coran, celui de la doctrine et sa diffusion parmi la société mozabite, l’observance du puritanisme rigoureux et l’organisation sociale.

La doctrine ibadite
La société ibadite est encore plus ségrégationniste que les autres sociétés musulmanes sunnites ou chiites. Les habitants de Beni Isguen sont musulmans de rite ibadite, pieux et très conservateurs, soucieux de préserver un mode de vie ancestral. La halka est dépositaire du respect de l’application stricte des préceptes religieux, moraux, sociaux et matériels, conformément à la doctrine ibadite.

Les femmes mozabites
Lorsqu’elles sortent dans l’espace public, les femmes mozabites se dissimulent sous de longs voiles blancs. Les femmes mariées ne dévoilent qu’un oeil. Lorsqu’elles sont célibataires, les deux yeux sont apparents pour qu’elles puissent trouver un conjoint. Elles utilisent couramment la langue zanatiyya au sein de la famille. Elles ont également leur propre répertoire de chansons.

Medersa
Après avoir gravi de nombreux escaliers et passé sous de multiples arches et traboules, j’arrive à la medersa, l’école coranique et sa bibliothèque où sont conservés de nombreux manuscrits et ouvrages.




Tour Boulila
Au sommet du ksar, une terrasse conduit à la tour Boulila, une tour de gué qui protège la cité. Du haut de cette tour, la vue panoramique s’étend sur presque toute la vallée du M’Zab.

Place du Marché
La Place du Marché est appelée Lalla Achou. Lors de la dernière extension de la ville de Beni Isguen, au 19e siècle, la place a été aménagée sur un nouvel emplacement. La vente à la criée se fait tous les jours en fin d’après midi, avant le couché du soleil.

Chaque famille a son propre local qui représente un lieu de rencontre et d’échanges pour tous les membres de la communauté. Les femmes mozabites n’ont pas le droit de traverser la place.

Musée de Beni Isguen
Avant de quitter Beni Isguen et après avoir rendu ma djellaba blanche qui était très confortable, je visite dans l’enceinte de l’Office du tourisme et de Développement un modeste musée qui expose des produits de tissage traditionnel comme des tapis aux différents motifs et couleurs, des châles et des objets en ferronnerie et de cuisine utilisés autrefois.

Carnet de route de Beni Isguen
- Avant de partir: l’Algérie est un pays qui s’ouvre petit à petit au tourisme. Des conseils et recommandations pour voyager en Algérie, le Visa, les agences, les guides, le change, la religion, la sécurité… https://laterreestunjardin.com/algerie-tourisme/
- Y aller: Beni Isguen se trouve dans la Vallée du M’Zab, entre le ksar de Melika et celui de Bou Noura, à 8 km de Ghardaïa et à 600 km d’Alger, dans la wilaya de Ghardaïa. Un aéroport national (GHA) relie Ghardaïa aux principales villes d’Algérie. https://whc.unesco.org/fr/list/188/
- Visiter Beni Isguen: les visites de la ville sainte doivent se faire avec un guide local avec une réservation au bureau de l’Office du tourisme et de Développement de Beni Isguen. Les visites sont suspendues pendant la prière et les jours de fêtes religieuses. Se couvrir les bras et les jambes pour visiter la ville sainte, ne pas fumer et ne pas photographier les passants. https://beni-isguen.org/
- A lire: «Universelle Algérie, les sites inscrits au Patrimoine Mondial», Zaki Bouzid Editions et «Beni Isguen» et « Le M’Zab, une leçon d’architecture », André Ravéreau, Editions Parenthèses et Y. Bonnête, https://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/1676
Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Afrique, pour découvrir mon Guide sur le Tourisme en Algérie, mon Carnet de voyage en Algérie, le City-guide d’Alger, le Jardin botanique d’Alger, les sites archéologiques de Cherchell, Tipasa, Timgad et Djemila, les Mosaïques romaines de l’Algérie, les casbahs de Ghardaïa, de El Atteuf et de El Hamel ou cliquez sur les liens.

