L’Algérie s’ouvre lentement au tourisme. Quelques conseils et recommandations pour réussir votre voyage.
Destination Algérie
« Tu pars seule en Algérie? Quelle idée!! Tu es vraiment courageuse. Il paraît qu’il n’y a rien à visiter et que c’est dangereux. » L’Algérie a mauvaise réputation et ceux qui en parlent n’y ont jamais été. Contrairement au Maroc ou à la Tunisie, le secteur du tourisme est quasi inexistant en Algérie. L’accueil des touristes n’est pas une priorité car le pays regorge de minerais, pétrole et gaz. Les chiffres annoncés pour 2023 sont de 2 millions de touristes étrangers. Mais l’essentiel fait partie de la diaspora algérienne vivant à l’étranger. En réalité, on estime le nombre de touristes étrangers à environ 5000 personnes (*) par an!!! (*) chiffre cité par Michel Pierre, historien, dans la revue Tourisme Magazine n°164 de mai 2024



Agences de voyage
Je suis partie seule en Algérie pour un voyage de onze jours. J’ai choisi de visiter le nord de l’Algérie, Alger, les grands sites archéologiques romains classés par l’Unesco, les montagnes de la Kabylie, Biskra, Bou Saâda et Ghardaïa dans la Vallée du M’Zab, soit un circuit en voiture de près de 2000 kilomètres avec un retour en avion vers Alger. Ce circuit a été organisé par l’agence de voyage locale Détours Algérie partenaire de Nomadays, une agence française. L’offre touristique en Algérie concerne principalement le Grand Sud avec des trecks, méharées et randonnées chamelières dans le désert. Les hôtels et circuits en Algérie sont relativement chers par rapport au Maroc, à l’Egypte ou à la Tunisie. (voir mon Carnet de voyage en Algérie)

Ville romaine de Djemila
Les formalités
L’obtention du visa a été un véritable cauchemar. Le visa est obligatoire pour les ressortissants français, belges et suisses. On peut obtenir le ‘visa touristique ordinaire’ en s’adressant à un consulat algérien de son pays. Il faut fournir des photos d’identité, une preuve d’assurance, de réservation d’hôtel ou de logement en Algérie et payer 120 Euro. Depuis octobre 2023, pour les voyages à destination du grand sud algérien y compris Ghardaïa, l’agence de voyage peut faire les démarches pour vous pour obtenir un ‘visa de régularisation’ à l’arrivée. Au bout de quelques semaines/mois (deux jours avant le départ dans mon cas, imaginez le stress!), vous recevez votre autorisation d’embarquer dans l’avion mais ce n’est pas encore le visa. A l’aéroport d’Alger, moyennant le paiement de 120 Euro, vous obtiendrez enfin le précieux visa après une attente de deux à cinq heures devant le bureau des douanes où vous êtes seul face à une dizaine de douaniers surchargés de travail!




La sécurité et l’accueil
L’Algérie a la réputation d’être un pays dangereux. On a gardé en mémoire le spectre du terrorisme qui a eu lieu il y a près de deux décennies. L’armée est proche du gouvernement algérien. Il y a énormément de policiers et de gendarmes dans les rues et personne n’oserait vous agresser ou vous voler. Je ne me suis jamais sentie en insécurité mais j’étais toujours accompagnée par un guide. Deux règles à respecter, avoir toujours son passeport sur soi et ne jamais photographier un site militaire. Une femme seule attire le regard car l’Algérie est fondé sur le patriarcat. Les hommes sont partout, au café, dans les marchés, à la mosquée ou au foot, les femmes restant à la maison sauf pour faire quelques courses. J’ai trouvé les Algériens très accueillants. Tout d’abord réservés et étonnés de croiser une européenne mais très chaleureux dès qu’on leur fait un sourire et qu’on leur dit bonjour. Ils demandent d’où on vient et veulent souvent qu’on les prenne en photos. Les femmes algériennes sont beaucoup plus réservées. Dans le Sud, la tradition n’autorise pas la femme à se montrer dans l’espace public et on ne peut pas les prendre en photos.




Le coût de la vie
Les richesses de l’Algérie sont gigantesques mais peu redistribuées. Les hôtels sont chers mais la nourriture est très bon marché. On peut facilement manger à midi une soupe et un plat pour 500 dinars, environ 2 Euro. Personne ne mendie dans la rue. A part dans les souks ou pour les courses en taxi, il n’y a pas besoin de marchander. Tout se paie en espèces, le dinar algérien. Il existe deux marchés pour le change, l’officiel à la banque et le parallèle au marché noir. Pour échanger 100 Euro, la banque, les bureaux de change et les distributeurs de billets vous donneront 140.000 dinars au marché officiel. Mais on peut échanger ses devises au marché noir. Les changes en cash à Alger se font ouvertement dans la rue en face de la gare maritime. Pour 100 Euros, vous obtiendrez 250.000 dinars ce qui est évidemment beaucoup plus intéressant. Certaines agences de tourisme vous proposent même de payer votre voyage en cash à l’arrivée, aux taux du marché parallèle! Cela réduit le coût du voyage mais on n’a aucune garantie. L’économie informelle brasse encore près de la moitié de la masse monétaire en circulation. Toléré longtemps par le pouvoir algérien, l’économie informelle est aujourd’hui considérée comme un fléau. Depuis novembre 2024, une directive officielle oblige les touristes qui quittent l’Algérie à montrer la preuve de leur change dans une banque mais elle ne semble pas encore d’application.




Chauffeur, accompagnateur, guide
Pour visiter les grandes villes, Alger, Oran, Constantine ou d’autres, il n’est pas indispensable de passer par un guide ou une agence de voyage. Si on aime l’aventure, on peut aussi visiter le pays en backpacker et loger chez l’habitant. Dans Sahara algérien, il ne semble pas possible de voyager sans guide. Idem il faut un guide pour visiter certaines casbahs comme la ville sainte de Beni Isguen. Les routes sont généralement bonnes, avec un nombre incalculable de casses vitesse qui sont souvent mal indiqués et qui ralentissent considérablement la conduite. Pour faire 300 kilomètres, il faut compter parfois dix heures de routes. Il faut bien ralentir au niveau des barrages de police ou de gendarmerie.

L’accueil dans une chambre d’hôtes
Le rôle du chauffeur
Le rôle du chauffeur/accompagnateur est primordial dans la réussite d’un voyage privatif. La plupart des chauffeurs parle très bien le français. Les chauffeurs sont souvent cultivés et font parfois aussi office de guide. Etre accompagné par quelqu’un qui connaît la région permet d’apprendre énormément de choses sur le pays. Car l’essentiel, ce n’est pas ce que l’on voit mais ce que l’on ressent. Avant de partir pour un voyage privatif, il peut être utile de mettre au point avec le chauffeur quelques règles de savoir-vivre. Le chauffeur ne peut pas téléphoner en conduisant et il doit prévenir quand il s’arrête et dire pourquoi. Lors de mon voyage, le chauffeur qui avait aussi une petite entreprise avait tendance à confondre la voiture avec son bureau. Le téléphone sonnait sans arrêt et j’ai du subir un nombre incalculable de coup de téléphone en arabe souvent très bruyants. Un mauvais souvenir qui a gâché une partie de mon voyage.

Mosquée algérienne
Religion et traditions
L’Islam est la religion officielle de l’Algérie. Il faut éviter de porter des tenues trop décontractées dans la rue et porter un foulard autour de sa taille ou de ses épaules si on a une robe ou un short, surtout si l’on se promène près d’une mosquée. Dans la partie nord du pays et les grandes villes près de la Méditerranée, les femmes portent un simple foulard souvent aux couleurs pastel. Le hijab qui couvre la tête et les cheveux en laissant le visage apparent est porté par 80% des femmes dans le nord du pays. Il est souvent accompagné d’une longue robe qui couvre l’intégralité du corps.

Merci à ces deux charmantes dames algériennes qui ont accepté que je les prenne en photo.
Au plus on descend vers le sud, au plus les femmes sont voilées. Le voile intégral, le niqab, est un tissu généralement de couleur noire qui cache le visage et tout le corps avec une fine fente pour les yeux.

Femme portant le niqab
A Ghardaïa, les hommes de la communauté mozabites, des Berbères musulmans, portent une calotte blanche et une sorte de sarouel, un pantalon bouffant plissé.

Homme en sarouel de la communauté mozabite
Les femmes mozabites sont entièrement dissimulées par de longs voiles blancs. Lorsqu’elles sont mariées, elles ne dévoilent qu’un oeil. Lorsqu’elles sont célibataires, les deux yeux sont apparents pour qu’elles puissent trouver un mari. Dans la ville sainte de Beni Izguen, j’ai du porter une longue tunique en coton très légère pour visiter la casbah. Le voile intégral est interdit dans les institutions publiques en Algérie depuis 2018.

Femmes mozabites à Ghardaïa
L’héritage français
La période de l’Algérie française va de la prise d’Alger en 1830 à l’indépendance du pays en 1962. La Guerre d’Algérie, de 1954 à 1962, a opposé le Front de libération nationale (FLN) à l’armée française. Le souvenir des crimes commis pendant cette guerre sanglante est encore présent dans la mémoire collective. La France a pourtant laissé un héritage dont les Algériens sont fiers, tels la langue de Molière et de nombreux bâtiments administratifs construits au 19e siècle.

La Grande Poste à Alger
Cuisine algérienne
La cuisine algérienne est vraiment délicieuse. L’avantage de voyager avec un guide c’est qu’il connaît les petits restos pas cher où on sert une excellente cuisine locale. La chorba est une soupe traditionnelle à base de légumes, de tomates, d’herbes parfumées et de viande de mouton. Mijotée à feu doux pendant plusieurs heures, on y rajoute au dernier moment un peu de vermicelle ou de grains de blé concassé. Le couscous que l’on retrouve dans la gastronomie nord-africaine s’accompagne d’une généreuse sauce rouge à base de légumes, de tomates et d’épices. Chaque région a sa propre version du couscous avec ou sans viande. L’eau est potable dans les grandes villes mais il est préférable d’acheter de l’eau en bouteilles. C’est très rare de trouver de l’alcool au restaurant, sauf dans quelques hôtels internationaux.




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