Palais, madrasas, mausolées, minarets… chaque marche de Khiva est une envolée vers le divin.
Route de la Soie
Les caravaniers qui traversaient le désert rouge du Kysyl Koum étaient guidés par les minarets de Khiva. Jusqu’au 17e siècle, Khiva était une petite bourgade fortifiée au milieu du désert, une oasis située sur des routes commerçantes reliant la Perse, la Russie et les steppes du Kazakhstan. Khiva deviendra la capitale de la région du Khorezm après qu’un changement brusque du cours du fleuve Amou-Daria eut ruiné l’ancienne cité d’Ourghentch. (voir mon reportage sur la Route de la Soie en Ouzbekistan)

Les murailles d’Itchan-Kala
Enserrée de murailles en pisé et briques crues percées de quatre portes, Itchan-Kala, la vieille ville de Khiva, s’étend sur 22 hectares. L’origine de la cité remonte à 2500 ans. La légende raconte que la forteresse fut créée par le fils de Noé. Soumise aux Perses au 5e siècle avant notre ère, Khiva est détruite par la conquête arabe au 8e siècle puis par les Mongols de Gengis Khan au 13e siècle.

La tour Ak Sheik Bobo
Les fondations de la forteresse datent du 4e siècle avant notre ère. La plus ancienne construction encore debout est la Tour Ak Sheik Bobo, «la tour du cheik blanc» datant du 6e au 8e siècle. Son accès se trouve à droite du Palais Kunya Ark. Un escalier mène à une plate-forme qui servait de tour de garde et tour de guet. Les murailles reconstruites au 14e siècle puis au 17e siècle protègent la cité jusqu’à l’invasion des troupes persanes au 18e siècle.




Khiva, ville musée
Classée par l’Unesco, Khiva nous offre un véritable voyage dans le temps. Une multitude de constructions monumentales se croisent et s’alignent, dans une parfaite harmonie. De nombreuses mosquées et écoles coraniques (madrasas ou médersas) datent du 19e siècle. Si les rénovations clinquantes de ces dernières décennies lui ont donné un aspect de décor de cinéma, cette ville musée où l’ocre de la terre et du sable se farde de mille nuances de bleus reste totalement envoûtante.

Saïd Allaouddine, mausolée, 14e siècle
Construit en 1303 en l’honneur d’un cheik soufi, parent du prophète Mahomet, le mausolée Saïd Allaouddine est le plus vénérable mausolée de Khiva. De plan carré, le mausolée est surmonté d’une coupole. Il comporte une sépulture recouverte de majoliques bleues et blanches de la première moitié du 14e siècle qui contient des motifs floraux et des textes en arabe. Une salle de prière a été accolée au monument funéraire au 19e siècle.

Mausolée Saïd Allaouddine
Djuma Masjid, mosquée du Vendredi, 10e au 19e siècle
Un long mur aveugle percé d’une porte à deux battants s’ouvre sur la mosquée du Vendredi. Une grande salle au toit plat repose sur une forêt de 212 colonnes en bois sculpté reposant sur un socle de marbre. Le mihrab est placé au centre de l’immense salle. Cette structure reproduit le style archaïque des mosquées arabes au 7e et 8 siècles. La plupart de ses colonnes datent du 18e et 19e siècle alors que d’autres datent du 10e et 11e siècle. On y découvre des symboles zoroastriens, des représentations de Bouddha, des motifs floraux et végétaux.

Mosquée Djuma-Masjid
Kalta Minor, minaret court, 1855
Entièrement couvert de glaçures turquoises et de majoliques, le Minaret Kalta Minor est le monument le plus célèbre de Khiva. Son diamètre à la base est de 14 mètres pour une hauteur de 29 mètres de haut. Il devait être le minaret le plus élevé du monde musulman, culminant à 80 mètres. Cette hauteur ne fut jamais atteinte à cause des révoltes suite au décès du khan Mohamed Amin.

Minaret Kalta Minor
Mohamed Amin-Khan, madrasa, 1851-1854
Dominée par le minaret Kalta Minor, près de la porte ouest, se dresse la madrasa Mohamed Amin-Khan, la plus grande école coranique d’Asie centrale de son époque. Les 125 cellules réparties sur deux niveaux autour d’une cour carrée accueillaient 260 étudiants jusqu’en 1924. Les Soviétiques en firent une prison dans les années 1930 et 1940. Aujourd’hui la Madrasa est devenue un hôtel.

Madrasa Mohamed Amin Khan
Kunya Ark, palais fortifié, 1804-1806
Ouvert sur une vaste esplanade où se tenaient les parades militaires et les exécutions capitales, le Palais Kunya Ark est entouré d’une muraille qui le protège de l’extérieur comme de l’intérieur de la ville. Le site du palais fut habité dès le 5e siècle. Pendant plus d’un millénaire, plusieurs palais furent détruits puis reconstruits.

Kunya Ark Palais fortifié
C’est au début du 19e siècle, sous le règne d’Altuzar-Khan que fut entamé la construction du palais actuel, résidence officielle des khans de Khiva de 1806 à 1840. Le palais comprenait plusieurs cours intérieures où se trouvaient la salle du trône, la cour des audiences, la mosquée, l’arsenal, la cour de la monnaie et le harem.

Kunya Ark Palais fortifié
La Salle du trône est une longue pièce aux hauts plafonds. Des panneaux en bois sculptés et dorés décorent les murs. Le plafond est lui aussi richement orné de motifs géométriques polychromes.

Kunya Ark Palais fortifié
Le khan recevait ses hôtes de marque dans un iwan (salle fermée de trois côtés et ouverte sur une cour) porté par deux colonnes de bois. Les murs sont couverts de majoliques aux couleurs froides dans les tons bleus et verts. Le plafond est à l’inverse décoré de couleurs chaudes, jaune et rouge.




Les portes de bois sont entièrement sculptées ainsi que les colonnes qui reposent sur un socle de marbre gravé. Dans la cour, une estrade de briques accueillait une yourte pour recevoir ses invités.

La Mosquée d’Eté date de 1838. Son immense iwan est porté par six colonnes de bois. Ses murs recouverts de majoliques bleues sont d’une époustouflante beauté. Les carreaux vernissés aux arabesques végétales et dessins géométriques ont été réalisés par des maîtres artisans renommés du 19e siècle. Dans la salle de prière, une alcôve appelée mihrab est orientée vers la Mecque. C’est là que se tient l’imam lorsqu’il dirige la prière collective.

Kunya Ark, Mihrab
A droite du mihrab, un petit escalier appelé le minbar sert d’estrade de prédication où le guide spirituel prononce le sermon lors de la grande prière du vendredi.

Kunya Ark, Minbar
Située au fond de la cour intérieure du palais, la Cour de la Monnaie est aujourd’hui transformée en musée. C’est ici que l’on frappait la monnaie en or, argent ou cuivre.

Kunya Ark Salle de la Monnaie
Mohamed Rakhim-Khan, madrasa, 1871-1876
En face du Palais Kunya Ark, la vaste esplanade conduit au portail monumental (le pishtak) décoré de motifs de majolique bleue de la madrasa Mohamed Akhim-Khan. La madrasa est constituée de deux cours et de 76 cellules recouvertes de coupoles qui accueillaient les étudiants en sciences coraniques. La madrasa est aujourd’hui un musée sur l’histoire des khans de Khiva.

Madrasa Mohamed Rakhim-Khan
Mohamed Rakhim-Khan II (1845-1910) était un monarque cultivé, philosophe et un poète. Il a régné de 1864 à 1910. C’est le dernier khan indépendant du Khorezm qui passera sous protectorat russe. Le tsar Nicolas II lui octroie en 1902 le privilège de porter le titre d’altesse sérénissime. Plus de vingt madrasas, mosquées et minarets ainsi que la plupart des bâtiments de la ville furent construits durant son règne.

Mohamed Rakhim-Khan II entouré de dignitaires
Tash Khauli, palais de pierre, 1830-1838
Citadelle au coeur de la ville, le palais Tash Khauli devient la résidence principale des khans de Khiva de 1840 à 1880. Le palais fut construit par le khan Alla Kouli (1794-1842) dont le règne coïncide avec l’âge d’or de Khiva grâce aux liens diplomatiques et commerciaux avec l’Empire russe, l’Empire ottoman et l’Afghanistan.

Tash Khauli, palais de pierre
Le palais comprend plus de 260 pièces autour de trois cours élégantes, celle de la salle d’audience, du harem et de la cour de justice. Un labyrinthe de longs couloirs et de pièces sinueuses reliaient les différentes parties du palais, le rendant à la fois impressionnant et mystérieux.

Tash Khauli, palais de pierre
Les iwan aux colonnes ombragées et loggias sont l’illustration de la parfaite maîtrise des artisans du Khorezm réputés pour la qualité de leurs décorations des murs en majolique et mosaïques de faïence bleue et blanche, des peintures en arabesques des plafonds et leur travail finement ciselé des colonnes et des portes en bois et des socles des piliers du marbre.




Le khan de Khiva recevait parfois les visiteurs et les chefs des tribus nomades dans une yourte en feutre placée sur une élévation ronde en brique au milieu de la cour de la salle des audiences.

Tash Khauli, palais de pierre
Le palais expose une collection d’armures en cottes de mailles, des vêtements et bijoux de Khorezm et des colonnes du 16e siècle récupérées dans plusieurs monuments de Khiva.

Tash Khauli, palais de pierre
Islam Khodja, minaret, 1910
Dominant la ville du haut de ses 45 mètres, le minaret Islam Khodja pointe vers le ciel tel un phare de l’Islam. C’est le plus haut minaret de Khiva et l’une des dernières réalisations architecturales islamiques en Asie centrale. Ses anneaux colorés de mosaïques bleues, blanches et vertes en brique glaçurée rétrécissant vers le sommet le font paraître encore plus grand. Poste d’observation et point de repère pour les visiteurs venus du désert, il sert pour l’appel à la prière du muezzin. On peut gravir ses 120 marches pour avoir Khiva à ses pieds.

Minaret Islam Khodja
Islam Khodja, madrasa, 1908
La petite madrasa Islam Khodja se tient au pied du minaret. Seule la façade couverte de majoliques bleues et blanches présente deux niveaux afin de s’harmoniser avec le puissant minaret. La cour de la madrasa est bordée de 42 cellules. Le vizir Islam Khodja était un réformateur. Il a ouvert à Khiva une raffinerie de coton, une poste et télégraphe ainsi qu’une école laïque. La madrasa abrite aujourd’hui le musée des Arts appliqués où sont exposés boiseries, tapis et tentures.

Madrasa Islam Khodja Musée
Mohamed Amin Inaq, madrasa, 1765
La madrasa Mohhamed Amin Inaq date de la seconde moitié du 18e siècle. A l’intérieur de l’iwan, dans la cour, il y a une sépulture qui est attribuée au khan Mohamed Amin Inaq ou à son fils mineur. Le bâtiment est aujourd’hui le Musée des Erudits, Museum of Scholars. Il met en avant des savants, mathématiciens et philosophes célèbres de la région.

Madrasa Mohamed Amin Inaq
Pakhlavan-Makmoud, mausolée, 19e siècle
Considéré comme le fondateur spirituel de la dynastie, le poète Pakhlavan-Makmoud (1247-1326) est le saint protecteur de Khiva. A l’endroit où il fut enterré s’est formé un cimetière aux 14e et 17e siècle. Le mausolée abrite les tombes du saint et des khans de Khiva.

Mausolée Pakhlavan-Makmoud
Reconstruit en 1810 par Mohamed Rakhim-Khan, le nouveau mausolée comprend l’ancienne sépulture et une khanaka de style persan (lieu de prière pour les lecteurs du Coran associé à une mosquée) surmontées d’une double coupole bleu turquoise.

Mausolée Pakhlavan-Makmoud
Des majoliques décorent l’intérieur du mausolée. Les parois et la coupole sont entièrement revêtues d’arabesques végétales bleues et blanches dans lesquelles sont insérées des poésies de Pakhlavan-Makmoud.

Mausolée Pakhlavan-Makmoud
Alla-Kouli-Khan, madrasa, 1835
Bâtie en 1835 sur une ancienne madrasa du 17e siècle et sur une partie du rempart de Khiva, la madrasa Alla-Kouli-Khan dresse un imposant pishtak (portail monumental), le plus élevé de Khiva. Il est couvert de majoliques de types khorézmien aux tons bleus, blancs et noirs.

Madrasa Alla-Quli-Khan
La cour englobait une salle de cours, 99 cellules réparties sur deux niveaux ainsi qu’une mosquée. La bibliothèque était ouverte à tous les étudiants des différentes madrasas de la ville.

Itchan-Kala Khiva
Carnet de route de Khiva
- Y aller: Khiva est la capitale de Khorezm, une petite région située au sud-ouest de l’Ouzbékistan. L’aéroport international UGC et la gare ferroviaire d’Ourguentch sont à 35 km de Khiva. Un train à grande vitesse relie Khiva à Boukhara, Samarcande et Tachkent.
- Circuit: mon voyage a été réservé sur le site d’Evaneos et organisé par l’agence locale Karavan Travel. https://www.evaneos.fr/ouzbekistan/ et https://karavan-travel.com/
- Quand partir: la saison touristique s’étend sur deux mois au printemps (avril-mai) et deux mois en automne (septembre-octobre). Les étés sont torrides et les hivers très froids.
- Où loger: l’idéal est de choisir un hôtel à l’intérieur de la vieille ville. Mon hôtel était le Khiva Hôtel Minor, https://fr.planetofhotels.com/ouzbekistan/khiva/khiva-minor
- Visite: l’entrée de la ville fortifiée se fait par les «Portes du Père», Ota Darvoza, où l’on peut acheter les billets qui donnent accès à l’ensemble des monuments. La ville se visite à pieds en une journée.
- A lire: « Ouzbékistan, Au coeur des Routes de la Soie », Didier Labouche, Sergio Cozzi, Géorama, 2025.
Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Asie, pour découvrir mes reportages sur la Route de la Soie en Ouzbekistan, le Guide d’Ouzbekistan, Boukhara, Samaracande et le Jardin botanique de Tachkent, ou cliquez sur les liens.

