Découverte des ruines de la cité romaine de Timgad surnommée la ‘Pompéi de l’Afrique du Nord’.

 

Thamugadi, au nord de l’Aures

Timgad est situé sur une haute plaine dénudée qui s’étire entre le versant nord du massif de l’Aurès et le djebel Bou Arif, à mille mètres d’altitude au nord-est de l’Algérie. C’est en l’an 100 que l’empereur Trajan fait procéder à la fondation d’une colonie romaine en terre numide qui prend le nom de ‘Colonnia Marciana Trajana Thamugadi’. Marciana est la soeur de Trajan et Thamugadi est le nom berbère du lieu où a été édifié la ville.

Colonie romaine

Timgad fait partie avec Djemila des villes nouvelles créées en Afrique du Nord par Rome pour créer un foyer de vie latine en plein pays berbère. Le site était bien choisi avec l’abondance de pierre de grès et calcaire blanc ou bleu ainsi que la proximité de la forêt. La région était riche en grains, en huile d’olive et en produits d’élevage comme en témoignent de nombreux vestiges d’huileries, de tanneries et d’établissements agricoles. Pour l’eau, il y avait un double réseau d’oueds et des sources proches. (voir mon reportage sur Djemila)

Le règne de Trajan

Créé en l’an 100 après J.C. sur l’ordre de l’empereur Trajan (98-117), Timgad présente une image vivante de la colonisation romaine en Afrique du Nord qui dura trois siècles. A l’origine, les citoyens romains, civils et vétérans, étaient au nombre d’un millier, les femmes berbères ayant joué un rôle essentiel pour former la première génération de colons de la ville. Au début du 3e siècle, la population était estimé à 15.000 habitants.

Ville en damier

La fondation primitive de la cité s’étendait sur une douzaine d’hectares. Tracée au cordeau par les ingénieurs de la 3ème Légion Augusta, la cité est souvent citée comme exemple de ville romaine. Son plan initial orthogonal en damier reflète un profond échange d’idées, de technologies et de traditions exercés par le pouvoir central de Rome sur la colonisation des hautes plaines de l’Algérie antique.

Cardo Maximus

La ville de Timgad est traversé par le Cardo Maximus orienté nord-sud. La voie est pavée de grandes dalles rectangulaires en calcaire bleu. Cette voie principale recèle en son milieu un égout collecteur.

De chaque côté de la voie, des portiques à colonnes protégeaient les passants de la pluie et du soleil. Passé la Porte Nord, une des quatre portes de la cité, le Cardo Maximus bordé de maisons et de bâtiments publics croise six rues secondaires avant d’aboutir au coeur de la cité antique où se trouvent le forum et le théâtre.

Bibliothèque publique

La bibliothèque avait un caractère monumental et luxueux. On accède par un large escalier de cinq marches à une cour carrée entourée de portiques sur trois côtés. Ses murs en briques furent plaqués d’un beau marbre bleu et vert. Cette bibliothèque avec celle d’Ephèse en Asie Mineure sont les deux seules bibliothèques publiques de l’époque romaine à avoir été retrouvées.

Dans le fond de la bibliothèque, on aperçoit une niche entourée de belles colonnes en marbre blanc qui abritait une statue de Minerve.

Decumanus Maximus

Orienté est-ouest, le Decumanus Maximus est le second grand axe de la cité qui mène à l’Arc de Trajan. La chaussée croise perpendiculairement le Cardo Maximus à la limite du Forum.

La voie est pavée de grandes dalles rectangulaires en calcaire bleu. Elle a défié l’usure du temps grâce à la disposition en oblique de son dallage. On peut encore apercevoir les traces laissées par quatre siècles de passage de chariots.

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Le Decumanus Maximus est bordé par les boutiques du Forum. Le quartier nord-ouest était un quartier d’habitations. Les maisons possédaient un atrium, des cours bordées de portiques, des jardins, des fontaines et parfois des bains privés.

 

Forum

Construit sous le règne de Trajan, le Forum est une grande place dallée rectangulaire qui mesure 50×43 mètres. Quatre portiques à colonnades d’ordre corinthien entouraient cette place placée au centre de toute la cité. Le Forum englobait un temple avec sa tribune, la curie qui était le lieu de réunion du sénat et une basilique civile où se rendait la justice romaine.

Des statues aujourd’hui disparues ornaient le Forum. Il ne reste que des dédicaces gravées sur leurs socles. Sur une marche du Forum est gravé: «Venari, lauari, ludere, ridere, occ est uiuere», «chasser, se baigner, jouer, rire, c’est cela vivre!»

Vivre, c’est aussi manger et aller au ‘petit endroit’. Des latrines publiques placées au-dessus d’un égout sont installées en bordure du Forum. Les stalles sont séparées par des appuis représentant des dauphins.

Théâtre

Creusé dans le flanc d’une colline, au sud du Forum, ce théâtre construit en l’an 160 pouvait recevoir 3500 spectateurs. Les 24 gradins étaient disposés autour d’une place dallée, orchestra, accessible par deux couloirs. La scène était surélevée par rapport à l’orchestra. De la scène il ne reste plus que les piliers sur lesquels reposait le plancher. Le théâtre était couvert d’une bâche pour protéger les spectateurs des intempéries. Une partie des pierres des gradins fut prélevée pour construire le fort byzantin.

Règne des Sevères

Dès le milieu du 2e siècle, sous le règne des Sévères, la colonie romaine de Timgad connaît son âge d’or. Pour donner une image saisissante de la grandeur romaine en terre numide, la cité s’agrandit hors des remparts pour couvrir 70 hectares. On édifie dans les quartiers neufs le Capitole, des temples, des marchés et 14 thermes publics. Ni cirque, ni amphithéâtre ne semblent y avoir été érigés.

Arc de Trajan

L’Arc de Trajan est le monument le mieux conservé de la ville. Construit vers la fin du 2e siècle, il ouvre la voie à l’ouest vers Lambaesis (Lambèse-Tazoult), la ville de garnison romaine située à 20 kilomètres de là. L’arc de triomphe comporte une arche centrale pour les charrettes et deux portes latérales pour les piétons. Au-dessus des portes, des niches abritaient des statues de Mars et de la Concorde, aujourd’hui disparues.

Capitole

Reconnaissable à ses deux colonnes majestueuses qui entourait la Cella, le Capitole était le plus grand monument de Timgad. On date sa construction autour du 2e siècle et sa restauration au 4e siècle. Le Capitole est situé dans les faubourg de l’ouest, loin du centre. Sa place à portique constituait un second forum dans la ville. Le temple s’élevait sur une plate-forme précédée d’un escalier de 38 marches. Sa façade comportait un portique de douze colonnes. Les colonnes sont coiffées de chapiteaux corinthiens.

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L’époque chrétienne et byzantine

A l’époque chrétienne, Timgad est le siège d’un évêché célèbre. A la périphérie de la ville, on construit durant le 4e siècle un complexe épiscopal et trois Basiliques et une nécropole. Au 5e siècle, la cité romaine subit l’invasion des Vandales puis des tribus Maures de l’Aurès. La conquête byzantine redonne quelque activité à la cité qui est défendue par une nouvelle forteresse construite au 6e siècle en arrachant des blocs de pierre aux monuments de la cité romaine, principalement le forum et le théâtre.

Les fouilles archéologiques

Au 8ème siècle, la cité abandonnée de Timgad est lentement recouverte de terre. La conduite des fouilles archéologiques de 1881 à 1960 a épargné le site de toutes modifications et nouvelles constructions qui auraient bouleversé les anciens sites antiques. Par contre, les techniques de fouilles pour mettre à jour la cité romaine ont éliminé les couches d’occupation plus tardives, effaçant tout une tranche du passé. Il est ainsi impossible de décrire ce qu’était Timgad lors de la conquête musulmane du Maghreb.

 

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Musée de Timgad

A l’entrée du site archéologique de Timgad, un jardin est orné de stèle votives dédiées à Saturne, dieu souverain de l’Afrique romaine, maître de la vie et de l’au-delà. Une vaste esplanade précède l’entrée du Musée construit en 1930. Elle est encadrée de statues en marbre blanc et de portiques dont les colonnes ont été prélevées sur le site.

Collection de mosaïques

Le Musée a été conçu pour assurer la préservation de la remarquable collection de mosaïques qui pavaient le sol des thermes, des temples et des résidences privées de Timgad. Leur somptueux décor de mosaïques au sol était destiné à pallier l’absence de marbres précieux. L’ensemble des mosaïques à décor géométrique, floral ou à scènes mythologiques a probablement été créé dans un atelier de Timgad vers le début du 3e siècle. Les mosaïques des églises byzantines sont datées entre le 4e et le 6e siècle. (voir mon reportage sur les Mosaïques romaines d’Algérie)

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Carnet de route de Timgad

  • Avant de partir:  l’Algérie est un pays qui s’ouvre petit à petit au tourisme. Des conseils et recommandations pour voyager en Algérie, le Visa, les agences, les guides, le change, la religion, la sécurité… https://laterreestunjardin.com/algerie-tourisme/
  • Y aller: Timgad est une cité antique située dans la wilaya de Batna en Algérie, à 120 km au sud de Constantine et à 450 km au sud-est d’Alger. Le site archéologique est ouvert toute l’année. https://whc.unesco.org/fr/list/194/
  • Climat: étés chauds et secs, hivers doux et humides. Il faut éviter la période de juillet et août où la température peut atteindre 40°C.
  • A lire: «Timgad», Collection musées à ciel ouvert, Araja Editions et «Universelle Algérie, les sites inscrits au Patrimoine Mondial», Zaki Bouzid Editions

Rendez-vous dans la rubrique Voyages, Afrique, pour découvrir mon Guide sur le Tourisme en Algérie, mon Carnet de voyage en Algérie, le City-guide d’Alger, le Jardin botanique d’Alger, les sites archéologiques de Cherchell, Tipasa et Djemila, les Mosaïques romaines de l’Algérie, les casbahs de Ghardaïa, de Ben Isguen , de El Hamel et de El Atteuf ou cliquez sur les liens.

 

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