Balade à Alger, la ville blanche, à la découverte de son architecture coloniale et des ruelles de la Casbah.
Alger la blanche
La lumière est intense. Elle dévale des hauteurs de la ville jusqu’à la mer. Bâtie en amphithéâtre sur un rocher face à la Méditerranée, Alger est une mosaïque de bâtiments d’une blancheur éblouissante. Une série de gradins disposés les uns au-dessus des autres comme les marches d’un escalier donne à Alger le profil d’une ville qui grimpe du littoral jusqu’à une altitude de plus de 400 mètres. La ville est divisée en deux zones, l’une moderne plongeant sur la côte, l’autre ancienne, la Casbah qui est constituée de la ville coloniale et de la vieille médina qui s’accroche sur une colline.

Capitale de l’Algérie
A deux heures de vol de Paris, Alger n’est pas une ville touristique. Capitale de l’un des pays les plus grands et les plus riches d’Afrique, la ville en pleine renaissance mérite pourtant une halte. Le temps de découvrir son patrimoine exceptionnel tant dans sa partie coloniale bien restaurée que dans la Casbah, le coeur historique de la cité. Je resterai 24 heures à Alger avant de partir pour un circuit de 2000 kilomètres jusqu’à Ghardaïa. (voir mon reportage sur mon Voyage d’Alger à Ghardaïa)

Jardin d’Essai du Hamma
Etant passionnée par les jardins et la botanique, ma première visite à Alger est le Jardin d’Essai du Hamma. Fondé en 1832, c’est l’un des plus anciens jardins d’acclimatation d’Algérie. Je me promène pendant deux heures dans de ce joyau botanique qui rassemble plus de 3000 espèces végétales. Traversé par une majestueuse allée de palmiers Washingtonia, il est considéré comme l’un des plus beaux jardins botaniques au monde

Le Jardin d’Essai du Hamma à Alger
Nous sommes vendredi matin, jour de congé équivalent au dimanche chez nous. Il y a quelques familles avec femme et enfants qui se promènent dans le jardin. Après dix ans d’abandon, le jardin a rouvert ses portes en 2009 offrant une véritable bouffée d’oxygène en plein centre d’Alger. (voir mon reportage sur le Jardin d’Essai du Hamma)

Femmes algériennes dans le Jardin d’Essai du Hamma à Alger
Mémorial du Martyr
Tout près du Jardin d’Essai du Hamma, j’aperçois la silhouette du Mémorial du Martyr. Edifié en 1982, il honore les morts de la guerre d’Algérie qui opposa les indépendantistes à l’armée française de 1954 à 1962, date de l’indépendance de l’Algérie. Haut de 92 mètres, il est composé de trois palmes stylisées symbolisant les trois piliers de l’Algérie nouvelle, l’industrie, l’agriculture et la culture. Surplombant la ville, il repose sur une vaste esplanade où brûle la flamme éternelle.

Alger, Mémorial du Martyr
Hôtel Saint-George
Bâti sur un ancien palais arabo-ottoman, l’hôtel Saint-Georges de la chaîne d’hôtels El-Djazaïr est entouré d’un luxuriant jardin botanique. L’hôtel fut l’adresse préférée de l’aristocratie anglaise attirée par les hivers doux et exotiques d’Alger. Cette halte prestigieuse à Alger a accueilli des clients célèbres comme Simone de Beauvoir, Winston Churchill, André Gide, Jean Gabin ou Edith Piaf.




Quartier français
Direction le port d’Alger, le coeur de la ville coloniale. De 1830 à 1962, Alger fut occupée par les français qui ont rasé les quartiers populaires de la ville basse et les anciennes murailles de la Casbah pour tracer de larges avenues et places bordées de bâtiments coloniaux. Les immeubles haussmanniens d’un blanc immaculé sont rehaussés par le bleu des ferronneries, du ciel et de la mer qu’on ne quitte presque jamais du regard.

La Grande Poste
La Grande Poste est un des bâtiments phare d’Alger. Sa façade de style néomauresque présente de grandes coupoles, escalier de marbre et portes en bois. Un bandeau de faïence verte couronne l’édifice où sont gravées les noms des principales villes d’Algérie. Edifié en 1913, l’édifice est le symbole du courant architectural oriental de l’époque voulu dans un souci de rapprochement entre les colons français et les algériens. La Grande Poste deviendra bientôt un musée des postes.

La Grande Poste à Alger
Basilique Notre-Dame d’Afrique
Perchée au sommet d’une falaise, la Basilique Notre-Dame d’Afrique domine l’immensité bleue de la Méditerranée. Sur le mur de l’abside, une inscription en français, en arabe et en berbère «Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les Musulmans». Survivance de la présence chrétienne en Algérie, la basilique construite au milieu du 19e siècle est la petite soeur de l’église marseillaise Notre-Dame-de-la-Garde. Flamboyante depuis sa rénovation, la basilique est accessible par un téléphérique.

Alger, Notre-Dame d’Afrique
La cité berbère
Fondée au 4e siècle avant J.C., Alger devint un important comptoir phénicien. Elle fut occupée par les Romains, les Byzantins, les Arabes et les tribus berbères. Au début du 8e siècle, la conquête musulmane introduit l’Islam en Afrique du Nord. La Casbah d’El Djezaïr est fondée au milieu du 10e siècle sur les ruines d’une ancienne ville romaine par un berbère, Bologhine ibn Ziri. Construite sur une colline qui dévale vers le port, la Casbah s’étendait sur 45 hectares. Elle était ceinte de murs qui formaient une muraille descendant jusqu’à la mer. La cité était dotée de cinq portes colossales qui permettaient au sud l’accès aux caravanes venant de l’intérieur du pays et au nord qui s’ouvrait sur le quartier des affaires et le port de la Méditerranée.

Le port d’Alger
Mosquée El-Kebir
C’est près du port, au pied de la Casbah d’Alger, que je découvre la plus ancienne mosquée d’Alger. La construction de la ‘Grande Mosquée’ Djamaa El-Kebir remonte au début du 11e siècle avec un minaret qui date de 1324. Son plan est emblématique de l’architecture religieuse des Almoravides. L’élégante galerie extérieure avec des arcades reposant sur des colonnes de marbre provenant d’une ancienne mosquée a été ajoutée au 19e siècle.

Alger, Mosquée El-Kebir
L’Empire ottoman
Au 16e siècle, Alger est une des cités les plus importantes de la mer Méditerranée. Elle accueille les Juifs et les Maures chassés d’Andalousie après la chute de Grenade. Le corsaire turc Arudj Reïs, dit Baba-Oruç ou Barberousse, fut proclamé sultan d’Alger. Au début du 16e siècle, il chassa d’Alger la flotte espagnole de Charles-Quint. Cela lui valu le surnom de Baba Arudj, père Arudj, qui se transforma en Barberousse. Etat vassal de l’Empire ottoman, la régence d’Alger dura trois siècles, jusqu’en 1830, date de la conquête française.

Mosquée El-Djedid
La ‘Nouvelle Mosquée’ Djamaâ El-Djedid est située sur la place des Martyrs en face du port. Construite en 1660 par le Dey Mustapha Pacha, c’est l’un des édifices les plus importants de la période ottomane. Son plan basilical avec un transept évoque une croix latine. La coupole repose aux quatre angles sur un tambour octogonal et quatre pendentifs qui évoquent les coupoles byzantines d’Istanbul. La mosquée est flanquée d’un minaret carré couronnée d’une frise de céramique. (voir mon reportage sur les mosquées d’Istanbul)

Alger, Mosquée El-Djedid
Bastion 23
Connu sous le nom de Bastion 23, c’est l’un des derniers vestiges de la médina d’Alger situés en bord de mer. Datant de l’époque ottomane, entre le 16e et le 18e siècle, c’est un ensemble de trois palais et de maisons de pêcheurs. L’ensemble qui était fort dégradé fut sauvé de la destruction dans les années 1980 pour accueillir un Centre des Arts et de la Culture.

Alger, Bastion 23
Palais des Raïs
Le Palais des Raïs est le joyau du Bastion 23 et probablement de toute la ville. Construit vers 1750 par le Raïs Mami Arnaout, il est orné de carreaux de faïence, de colonnes en marbre, de balustrades en bois ouvragés et de plafonds richement ornés. Sous l’occupation française, le palais devint la demeure du contre-amiral en charge de la gestion du port puis la résidence du Duc d’Aumale.

Alger, Palais des Raïs



La Basse Casbah
La Casbah d’Alger est divisée en deux, la ville Haute et la ville Basse. La plupart des visiteurs l’abordent par le haut, la partie la plus ancienne, pour descendre vers le port. Préférant monter que descendre, je vais démarrer mon exploration de la Casbah à partir du bord de mer. Durant la période ottomane, la Basse Casbah était la zone la plus riche et la plus proche du pouvoir. Elle est l’expression de trois écritures, berbère, ottomane et française qui se sont tantôt succédées tantôt juxtaposées.

Alger, la Basse Casbah
Mosquée Ketchaoua
Etrange bâtiment que cette mosquée située dans la Basse Casbah. Les cultes musulman et chrétien ont bouleversé son apparence au cours des siècles. Flanquée de deux minarets, la mosquée Djamaâ Ketchaoua fut construite au 15e siècle, lorsque les dynasties berbères régnaient sur la ville. Elle fut fortement remaniée à l’époque de la Régence au 18e siècle. Durant la période coloniale, elle fut reconstruite pour être affectée au culte catholique avec deux tours en façade. En 1962, elle redevient une mosquée.

Alger, Mosquée Ketchaoua
Héritage français
Bordée d’immeubles à appartements, la Basse Casbah est une zone animée avec de nombreuses boutiques. C’est ici que se concentre la majeure partie des immeubles de style européens réalisés au 19e siècle durant la colonisation française. Les façades des appartements haussmanniens aux balcons ouvragés drapés de linge font partie de l’histoire et du patrimoine de la Casbah.



Un monde d’hommes
L’Algérie est un pays d’hommes. Le vendredi est le jour sacré pour les musulmans où la prière à la mosquée est un rendez-vous à ne pas manquer. Comme les mosquées de la Casbah sont trop petites pour accueillir tous les croyants, les hommes se regroupent à midi dans les rues, assis sur le trottoir pour prier. Seule femme présente dans cette foule d’hommes, je me sens un peu gênée et je n’ose pas photographier. Quand la prière est finie, la vie reprend et la rue s’anime. Les hommes se réunissent dans les cafés, les places ou les boutiques. Les femmes brillent par leur absence, sans doute à la maison en train de préparer le repas pour accueillir la famille.




Un escalier qui monte
Décrite comme «un escalier dans lequel on monte» par Le Corbusier, la Casbah d’Alger escalade la colline. Entre les immeubles de la Casbah, les escaliers appelés ‘Akba’ permettent «de monter vers la rue d’en haut». Il faut du souffle et de bonnes jambes ou bien prendre son temps ce que j’ai fait pour affronter tous ces escaliers et atteindre le point culminant de la Casbah à 118 mètres d’altitude.

La Casbah d’Alger
Certains escaliers sont droits et raides, d’autres présentent des paliers qui adoucissent la pente. D’autres enfin forment un zigzag typique de l’architecture d’Alger. Ces escaliers relient les axes routiers parallèles et nivelés qui traversent la Casbah.

La Casbah d’Alger
Café Malakoff
Je pousse la porte du Café Malakoff situé dans la Basse Casbah, dans une petite rue de Bab El Oued. Orné d’instruments de musique et de vieilles photos de chanteurs, c’est un café populaire, un peu hors du temps. Ce café était le rendez-vous des intellectuels, des artistes et des amoureux du Chaâbi, la musique dérivée de la musique arabo-andalouse.




La Haute Casbah
La Haute Casbah, ‘El Djebel’, est le premier noyau de la ville berbère. Cette partie compte le plus grand nombre de maisons dont la construction est antérieur au 10e siècle. Bien que classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco depuis 1992 pour son architecture islamique traditionnelle, la Casbah d’Alger offre encore une image de désolation. L’état de délabrement de la plupart des bâtiments de la Casbah est fortement avancé, menaçant de nombreux bâtiments d’effondrement.





Un labyrinthe de ruelles
La Casbah est un labyrinthe de ruelles étroites, de palais ottomans, de mosquées, de medersas, de mausolées, de hammams et de demeures pittoresques. L’étroitesse et la sinuosité des rues sillonnée par un réseau d’impasses et de passages voûtés coupés de volées de marches en font une zone piétonnière dont le ravitaillement ou le ramassage des ordures se fait encore traditionnellement à dos d’âne.






Chaque quartier a sa fontaine. Elle était à l’origine souvent un puits alimenté par les aqueducs ou les nappes phréatiques ou bien une citerne qui permettait la récupération de l’eau de pluie récoltée sur les terrasses. Sur 150 fontaines qui furent en fonction dans la médina, il n’en reste qu’une dizaine. Ce lieu public est souvent le point de ralliement de la communauté.

Fontaine dans la Casbah d’Alger
Les maisons algéroises ne présentent pas de belles façades. Les hauts murs sont percés aux étages de quelques rares ouvertures, étroites et grillagées qui permet de maintenir la fraîcheur dans la rue et dans les maisons. Les portes ne se font jamais face dans la rue afin de préserver l’intimité du foyer.

Porte d’une maison de la Casbah d’Alger
Les étages des maisons sont soutenus par des encorbellements saillants supportés par des rondins de bois, généralement du thuya. Flexibles, elles jouent un rôle parasismique. Les façades se rejoignent parfois formant en hauteur un passage couvert.

Encorbellement des maisons de la Casbah d’Alger
Je n’ai pas pu visiter l’intérieur d’une maison de la Casbah d’Alger car il y a très peu de demeures traditionnelles qui sont ouvertes au public. C’est dommage car ce n’est qu’en entrant dans la cour intérieure que l’on découvre vraiment la maison. Dans une noble habitation, une cour pavée de marbre est entourée de galeries avec arcades soutenues par des colonnes. Les étages supérieurs sont ceinturés par des balustrades en bois ajouré. Le soleil n’y rentre que très peu afin de garder la fraîcheur. Les murs sont recouverts de carreaux de faïences locales ou importés de Delft, d’Italie, d’Espagne ou de Tunisie.

Faïence dans la Casbah d’Alger
Les terrasses ensoleillées qui surmontent les maisons ont souvent vue sur la mer. C’est un lieu essentiellement réservé aux femmes. Les terrasses permettent de circuler facilement d’une maison à l’autre en escaladant un petit muret, ou d’un quartier à l’autre. Ainsi, la femme musulmane peut rendre visite à ses voisines, sa famille ou ses amies sans devoir se couvrir et se voiler pour descendre dans la rue.

Casbah d’Alger
La citadelle
Une citadelle est installée tout en haut de la Casbah d’Alger. Entourée d’une épaisse muraille, elle fut bâtie en 1516 sur l’emplacement du palais du prince berbère Bologhine Ibn Ziri, fondateur de la cité. La Citadelle que je n’ai pas pu visiter car elle était fermée l’après-midi abritait la garnison de janissaires ottomans du corsaire turc Baba Aroudj, le palais du dey, des mosquées, une poudrière et les résidences des beys de Constantine, d’Oran et Médea.

Bologhine ibn Ziri, fondateur de la Casbah d’Alger au 10e siècle

Muraille d’Alger
Carnet de route d’Alger
- Avant de partir: l’Algérie est un pays qui s’ouvre petit à petit au tourisme. Des conseils et recommandations pour voyager en Algérie, l’obtention du Visa, les agences, les guides, la religion, le change, la sécurité,… sur mon guide Algérie Tourisme, le guide pratique https://laterreestunjardin.com/algerie-tourisme/
- Y aller: l’aéroport international d’Alger Houari-Boumédiène (ALG) situé à 16km d’Alger est desservi par la plupart des lignes aériennes, y compris les low-cost. https://alger.mta.gov.dz/fr/
- Climat: étés chauds et secs, hivers doux et humides. Toutes les saisons sont bonnes pour visiter Alger mais il faut éviter la période de juillet et août où la température peut atteindre 40°C.
- Y loger: l’hôtel Saint-Georges, une halte prestigieuse dans un ancien palais arabo-ottoman, https://chaineeldjazair.com/hotel-el-djazair/ ou l’hôtel El Aurassi un hôtel moderne 5 étoiles avec jardins et piscine offrant une vue panoramique sur la baie.. https://elaurassi.dz/
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