Surnommée la Ville Rose, Pétra est le trésor le plus précieux de Jordanie. Une beauté sauvage sculptée dans un chaos de roches.
Pétra, cité vermeille
«A moins que tu n’y viennes, tu ne sauras jamais à quoi ressemble Pétra. Sache seulement que tant que tu ne l’auras pas vu, tu n’auras pas la plus petite idée de la beauté que peut revêtir un lieu.» (Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie) Pétra fascine voyageurs, touristes et archéologues. Peu d’endroits au monde suscitent autant d’émotion que cette «cité vermeille moitié vieille comme le temps.»

Le Sîq, la voie sacrée
Entre mer Morte et mer Rouge, Pétra se situe dans la région montagneuse du pays d’Edom, près du petit village de Wadi Musa, le «torrent de Moïse». A 800 mètres environ après le Centre des Visiteurs, une profonde entaille découpe la paroi rocheuse. C’est le Sîq, une gorge formée d’impressionnantes falaises de grès aux couleurs rose, jaunâtre ou gris bleu.

Le cours sinueux du Sîq s’étire sur près de 2km. Dallée dès l’antiquité, la voie d’accès à la cité nabatéenne est parcourue de canaux d’irrigations, de quelques bas-reliefs et des niches votives érodées qui ornent les parois. L’étroitesse du canyon et les falaises qui atteignent parfois une centaine de mètres de hauteur donnent une impression mystérieuse de «voie sacrée».

Al-Khazneh, le Trésor
Au fond du défilé du Sîq, une fine ouverture entre les parois dévoile un fragment du célèbre mausolée de Pétra qui se révèle sous les yeux émerveillés des visiteurs. Taillé profondément dans le grès, Al-Khaznet est le monument le plus connu de Pétra. Protégé de l’érosion des vents par de hautes parois rocheuses, sa façade en remarquable état de conservation pourrait dater du 1er siècle avant ou après J.C.

Al-Khazneh fut sans doute le tombeau d’un roi ou d’une reine. L’étage est ornée d’un petit temple circulaire surmonté d’une urne. Elle est criblée d’impacts de balles car on a longtemps cru qu’elle renfermait un trésor.

L’architecture composite du sanctuaire est influencée par l’art d’Alexandrie avec un pronao à six colonnes surmonté d’un fronton triangulaire, de deux chambres latérales et d’un double ordre corinthien assez élaboré.

Cité des caravaniers
Pétra est appelée Raqmu, qui signifie la Bariolée. C’était la capitale des Nabatéens, les habitants de «la Roche», en grec ancien, Pétra. L’arrivée des Nabatéens en pays d’Edom remonte probablement au 6e siècle av. J.C., date à laquelle ils prennent le contrôle de la région occupée par les Edomites. Au départ, il s’agit d’un site refuge naturellement fortifié au coeur d’une montagne choisi par un groupe de nomades caravaniers venu de la péninsule arabique ou des confins de la Mésopotamie pour entreposer les richesses acquises par leur commerce.

Vers la fin du 4e siècle av. J.C., ce peuple de nomades devient riche et puissant grâce au commerce caravanier. Ils utilisent l’araméen, langue des échanges commerciaux dans tout le Proche-Orient. Les caravanes des Nabatéens partaient vers le sud chercher l’encens, la myrrhe et certains aromates que produisaient les tribus de l’Arabie Heureuse (le Yemen), ainsi que des épices qui arrivaient de l’Inde jusqu’aux ports de la mer Rouge et du Golfe Arabo-Persique. Ils étaient maîtres des pistes de Pétra vers la Syrie du Sud et vers les ports de Gaza et Alexandrie, le principal port de commerce des denrées vers la Méditerranée, la Grèce et l’Empire romain.

Capitale des Nabathéens
Le royaume nabatéen s’étendait du Sinaï jusqu’à la région de Damas. La cité antique de Pétra abritait des installations cultuelles et funéraires avant de se transformer en une véritable ville. La métropole est décrire vers le tournant de l’ère chrétienne comme une cité avec de l’eau en abondance, des jardins et de coûteuses maisons en pierre couvertes de sucs peints. L’eau de source de l’Aïn Musa ainsi que la collecte des eaux pluviales ruisselant des montagnes dans la cuvette de la rivière alimentaient les citernes et les fontaines de la ville.




La cité antique
Juste après le Trésor, la gorge s’élargit et descend vers le centre de la cité antique. Si l’on arrive tôt sur le site, on ne croise que des familles de bédouins qui installent leurs boutiques de souvenirs le long des hautes parois de grès rose. Les enfants trottinent sur des ânes. Quelques dromadaires et chevaux se faufilent dans le canyon. Les bédouins ont installé leur campement dans les anciennes habitations troglodytiques.

Rue des façades
Formant une arène naturelle le long du lit asséché de l’ancien torrent Musa, le site s’ouvre à la lumière. Dans les falaises rocheuses sont creusés des tombeaux et des habitations rupestres où se mêlent des influences orientales, hellénistiques et romaines. Certains tombeaux sont des grottes naturelles qui ont servi d’habitation troglodytiques à l’époque assyrienne, soit au 2e millénaire avant Jésus-Christ.




Les tombeaux creusés dans la roche sont parfois sculptés sur plusieurs niveaux avec des frises, des corniches, des pilastres et des frontons triangulaires. Endommagés par l’érosion, ils datent de la fin du 1er siècle av. J.C. et de la première moitié du 1er siècle.

Pour sculpter les sanctuaires et les tombeaux, les rois nabatéens ont probablement fait venir des architectes et des sculpteurs d’Alexandrie qui ont créé une école locale qui a perduré jusqu’au 2e siècle de notre ère.

Le théâtre de Pétra
Creusé dans une ancienne nécropole, le théâtre remonte dans son premier état au 1er siècle de notre ère, peut-être au règne d’Arétas IV. Les 33 gradins pouvaient accueillir selon les sources 3000 à 8000 mille spectateurs ou fidèles pour des fêtes religieuses. La scène et le mur du fond étaient richement décorés de colonnes et, à l’époque romaine, de statues de marbre importées.

Les tombeaux royaux
Sur le versant ouest du cirque du wadi Musa se dressent les façades des tombeaux royaux ainsi appelés en raison de leur grandeur. Sculptés dans la montagne, ce sont les plus imposants tombeaux de la cité antique.

La tombe de l’Urne réalisée probablement pour le roi Malichos II autour de l’an 70 frappe par sa hauteur et sa profondeur. La façade est constituée d’un pronao formé de quatre colonnes adossées, surmontées d’un entablement, un attique, à présent très érodé, un deuxième entablement et un fronton triangulaire terminé par une urne.

Ville romaine
C’est dans la ville basse que l’on découvre les monuments édifiés à l’époque romaine. En 106 après J.C., Rome crée la province d’Arabie englobant le royaume nabatéen. Pétra qui reçoit le titre honorifique de métropole (métropolis) devient au début du 3e siècle une colonie romaine (Petra colonia). Suivant le cours du wadi Musa, l’axe principal de la ville romaine est une rue à colonnades, le cardo, présent dans pratiquement toues les villes romaines du Proche-Orient.

Voie dallée
Remaniée à plusieurs reprises, la rue à colonnades reçut peu avant ou après l’annexion romaine un aménagement monumental avec un pavement régulier sur une chaussée large de six mètres. La voie dallée donnait accès à des sanctuaires consacrés à diverses divinités.

Marqué par une porte monumentale, le cardo est bordée de deux files de colonnes. La voie était animée de rangées de boutiques, d’un Nymphée, d’un établissement de bains et de grands édifices publics et religieux étagés sur la pente.

Grand Temple
Etagé sur une succession de trois plateaux rocheux, cet immense monument était séparé de la voie dallée par un propylée. Ce n’était peut être pas un temple mais un immense lieu de réception avec des bains et des jardins. Le temple qui était orné de stucs, de fresques et de mosaïques a été construit sur plusieurs siècles, de la fin du 1er siècle av. J.C. au 2ème siècle de notre ère.


Temple du Qasr Al Bint
La rue à colonnades mène au Qasr Al Bint. Dressant sa structure imposante, ce temple est construit en grès revêtu de stucs au 1er siècle av. J.C.. Au fond du temple, une plate-forme accessible par deux escaliers supportait une idole qui reposait sur un socle doré. On lui offrait des sacrifices et on lui versait le sang des victimes pour célébrer la naissance le 6 janvier de l’idole enfanté par une vierge.





Monastère Al Deir
Il faut grimper près de 800 marches taillées dans la roche pour découvrir une vaste esplanade où se dresse la façade du Deir, le plus imposant de tous les monuments de la cité antique de Pétra. Construit au 1er siècle ap. J.C., il s’agit probablement d’un oratoire lié à un culte funéraire, peut être celui du monarque nabatéen Obodas Ier divinisé. Si l’édifice ressemble à Al-Khazneh, son ornementation est plus sobre. Au 4e siècle, l’édifice est utilisé par les chrétiens comme monastère.

Epoque byzantine
Avec l’avènement du christianisme au début du 4e siècle ap. J.C., Pétra devient le siège d’un évêché. Un tremblement de terre détruit une grande partie de la ville en 363 ap. J.C. Combiné avec le changement des route commerciales, le séisme a contribué à la chute de la ville qui fut progressivement abandonnée.

Une église byzantine a été mise à jour au nord de la rue à colonnade. Le plan est celui d’une basilique à trois nefs précédées d’un atrium à portique. La construction de l’église byzantine réutilise de nombreux éléments nabatéens et romains.

Les mosaïques bien conservées présentent des végétaux, des animaux et des figures symboliques.




Conquête musulmane
Le 7e siècle marque la conquête musulmane de la région. On a peu d’informations sur ce que devient Pétra au moment de la conquête musulmane puis sous les Omeyyades. Restée à l’écart de la «Renaissance» de cette époque, la cité a été progressivement vidée de ses habitants par les séïsmes, notamment celui de 747 qui détruisit principalement les édifices de l’époque romaine qui n’étaient pas creusés dans le rocher. A la fin du 11e siècle, les croisés occupent la cité qui tombe ensuite dans l’oubli. Une cité désertée et perdue pour tous, sauf pour les bédouins de la région.

Pétra, Jordanie
Pétra se trouve 200 km au sud d’Amman. C’est le site le plus visité de Jordanie. Envahi par des groupes de touristes, il se visite à pied. La première partie dans le Sîq jusqu’au Trésor peut se faire en petite voiturette électrique. Ensuite, des bédouins proposent des visites en calèche ou à dos d’âne, de cheval ou de chameau. Quelques restaurants sont installés au bout du site. Pétra est menacé par l’érosion naturelle, par l’action des eaux et la fréquentation touristique. Le site classé par l’Unesco renferme probablement beaucoup d’autres trésors car seul un dixième du site a été fouillé par les archéologues. https://www.visitpetra.jo/
A lire: « Pétra », Christian Augé et Jean-Marie Dentzer, Col. Découvertes Gallimard.
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